MASSEBOEUF Pierre

Par Alain Dalançon

Né le 25 juillet 1920 à Calais (Pas-de-Calais), mort le 2 février 1991 à Romans-sur-Isère (Drôme) ; professeur ; Résistant ; militant communiste à Romans ; militant syndicaliste du SNET puis du SNES, co-secrétaire puis secrétaire adjoint de la section académique de Grenoble.

Meeting syndical le 19 octobre 1979 à Grenoble. De gauche à droite : P. Masseboeuf, J.-L. Pousseur, C. Bon.

Pierre Masseboeuf était le fils cadet de Maurice Masseboeuf (1882-1962), professeur d’école normale devenu inspecteur de l’enseignement primaire qui occupa différents postes en métropole et en Algérie, et d’Angèle Lacore, institutrice. Ses parents étaient des militants laïques, athées, qui se marièrent uniquement civilement en 1906 ; son père était membre du Parti socialiste SFIO avant-guerre puis se rapprocha du Parti communiste français vers la fin de sa vie. Sa mère, institutrice, décéda en 1929 alors qu’il était encore très jeune. Sa tante maternelle, Suzanne Lacore (1875-1975), militante socialiste et féministe dans la Dordogne, fut sous-secrétaire d’État à la protection de l’enfance dans le premier cabinet de Léon Blum en 1936. Son frère aîné, Jean Masseboeuf (1908-1985), était beaucoup plus âgé que lui.

Dans ce milieu familial, Pierre Masseboeuf reçut une éducation fondée sur les valeurs laïques et républicaines. Il effectua ses études secondaires dans différentes villes et les termina comme interne au lycée du Parc à Lyon alors que son père était affecté en Algérie et s’était remarié. Bachelier à 17 ans, il entama des études supérieures d’allemand à la Faculté des Lettres de Grenoble et fut d’abord membre de la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) de 1937 à 1939.

Selon son autobiographie rédigée pour le PCF en 1958, il participa à un groupe de résistance des étudiants de la Faculté des Lettres de Grenoble rattaché à Combat de 1940 à octobre 1942. Affecté d’octobre 1942 à juin 1943 aux Chantiers de Jeunesse comme infirmier, il diffusa des nouvelles et fournit du matériel aux jeunes réfractaires au STO. Requis lui-même pour partir en Allemagne en juin 1943, il déserta et partit au maquis en Bretagne. À Ploermel (Morbihan), sous le nom de Mathieu Paul, il fut membre d’un groupe qui fut décimé en janvier 1944. Il partit alors pour Paris, fut surveillant au collège Chaptal, adhéra au Front national universitaire en février 1944 puis au Parti communiste français en mars, et participa aux combats de la libération de Paris.

Pierre Masseboeuf épousa le 17 juillet 1944 Marie-Antoinette Berchoux, également militante communiste, avec laquelle il eut trois fils, Michel né le 29 août 1947 à Ténès (Algérie), Jean-Louis, né le 17 novembre 1949 à Romans, et Alain, né le 8 mai 1951.

À la Libération, il adhéra au SNCM (Syndicat national des collèges modernes) et fut responsable des surveillants. À la Toussaint 1945, il fut nommé professeur, enseignant les lettres et l’allemand au collège technique (futur lycée technique) de Romans-sur-Isère, ville où enseignait son épouse comme professeur de lettres au collège de filles depuis 1942 et qui fut alors nommée au lycée Albert Triboulet de cette ville. Il milita dès lors au Syndicat national de l’enseignement technique et fut secrétaire de la section locale (S1) à partir de 1946. En 1948, il envoya une motion de son S1 désapprouvant « toute scission de la classe ouvrière » et affirmant l’attachement à la CGT dont il était en même temps membre de la CA de l’union locale. Après la scission syndicale, il milita à la FEN-CGT puis dans le courant UASE (Union pour une action syndicale efficace) au SNET. Il resta toujours très proche de ses camarades de la CGT, notamment des ouvriers de l’industrie de la chaussure.

Militant communiste, Pierre Masseboeuf suivit une école de section en décembre 1944 puis une école fédérale à Romans en 1949. Adhérent à l’UJRF en 1947, secrétaire de cellule et membre du comité de section du PCF de Romans et responsable du travail idéologique, il fut candidat (non élu) aux élections cantonales de 1951 dans le canton de la Chapelle-en-Vercors (Drôme) et conseiller municipal de Romans à partir de 1953, tandis que sa femme, surnommée « Mab », était membre du bureau de l’Union des femmes françaises. En 1955, un rapport des Renseignements généraux portait l’appréciation suivante : « Doit être considéré comme l’un des intellectuels les plus actifs du PCF. Joue un rôle néfaste parmi les élèves du collège technique et les enseignants du département. »

Pierre Masseboeuf s’engagea tout de suite dans le combat contre la guerre d’Algérie d’autant que son frère aîné, alors admiré par lui, médecin en Algérie, était un militant très engagé du Parti communiste algérien. Au printemps 1956, les militants communistes de la région se signalèrent par des opérations de blocages de trains transportant des rappelés ou du matériel militaire et furent arrêtés (Louis Seyve et quatre camarades à Beaurepaire (Drôme) le 2 mai, Marcel Berge et trois camarades à Aubenas (Ardèche)). Le 22 juin 1956, Masseboeuf fut arrêté avec quatre autres militants communistes (Roland Métayer, Roger Moulin, Guy Moineau et Paul Claude) pour avoir retenu en gare de Romans, durant un quart d’heure, le 13 juin précédent, un train, au motif qu’il transportait du « matériel participant à la Défense nationale ». Emprisonnés au fort Montluc, puis à la prison Saint-Paul de Lyon, ils furent libérés le 14 juillet, suscitant un mouvement de solidarité considérable. Ils comparurent devant le tribunal militaire de Lyon les 30 et 31 janvier 1957 ; leurs avocats ayant réussi à convaincre les juges que le train ne transportait que des voyageurs et non du matériel militaire, prouvant ainsi que la Défense nationale n’était pas en cause, ils furent renvoyés devant le tribunal correctionnel de Valence, le 22 décembre 1957, qui les condamna à 4 000 F d’amende avec sursis.

Dans le même temps son frère, Jean, fut également emprisonné en 1956 et condamné à 20 ans de travaux forcés par un tribunal militaire français en 1957 ; il fut incarcéré à Alger puis à la prison des Baumettes à Marseille jusqu’aux accords d’Evian en 1962. Il se détacha du PCA pendant sa détention et rejoignit le FLN. Retourné en Algérie après sa libération, il prit la nationalité algérienne et occupa d’importantes fonctions dans les services de santé à Constantine. Les deux frères rompirent toutes relations à partir de 1962, pour des raisons complexes, s’expliquant sans doute pour partie par des désaccords sur la politique du PCF à l’égard de la question algérienne. Les appréciations politiques du PCF sur Pierre Masseboeuf étaient cependant marquées par une certaine réserve en 1958 : « Camarade attaché au Parti, dévoué mais un peu nonchalant. » Il semble avoir été choqué par l’intervention soviétique en Hongrie en 1956 et encore plus par l’écrasement du printemps de Prague en 1968. Il continua néanmoins de représenter son parti aux élections cantonales, toujours dans le canton de La Chapelle-en-Vercors en 1958, en 1964 (70 voix sur 1 044 suffrages exprimés), et en 1970.

Pierre Masseboeuf continuait par ailleurs à militer au plan syndical. Après la fusion du SNES et du SNET en 1966, il devint co-secrétaire de la section académique (S3) de Grenoble du nouveau Syndicat national des enseignements de second degré, au titre de l’ancien SNET avec Maurice Duny (autonome) pour l’ancien SNES et il fut élu membre de la CA nationale au titre d’Unité et Action en 1966-1967. Il poursuivit la collaboration dans la direction du S3 avec Jean-Marie Pousseur (autonome) qui remplaça Duny en 1967-1968. Puis il devint secrétaire adjoint du S3 auprès de Jean-Jacques Kirkyacharian et de Paul Montillet, quand la section devint à majorité U&A à partir de 1969. Une brouille intervint alors avec son fils Jean-Louis devenu trotskiste, qui se présenta sur la liste du FUO aux élections académiques de 1973. Il resta ensuite membre de la CA et du bureau académiques.

Après sa prise de retraite, il était secrétaire de la section départementale des retraités du SNES de la Drôme en 1985. Il était resté fidèle à son parti et continuait d’écrire des poèmes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140520, notice MASSEBOEUF Pierre par Alain Dalançon, version mise en ligne le 8 mai 2012, dernière modification le 2 février 2018.

Par Alain Dalançon

Meeting syndical le 19 octobre 1979 à Grenoble. De gauche à droite : P. Masseboeuf, J.-L. Pousseur, C. Bon.

ŒUVRE : Sous le pseudonyme de Pierre Berma, à compte d’auteur à La Pensée Universelle, La nuit obscure, 4 recueils de poèmes en 1 vol., 1971 ; La nuit de Sarajevo (roman), 1973 ; Pierre Masseboeuf, Journal écrit entre le 14 avril et le 13 septembre 1979, récit autobiographique publié à la Librairie Notre temps de Valence en 1980. Co-auteur d’un livre de poésie : Poésies en Ardèche et d’autres lieux, La Villedieu Candide, 1987. Préfacier de Armand Marcel, Histoire de la bourse du travail de Romans et de ceux qui l’ont faite : un militant parle, UL CGT, 1982.

SOURCES : Archives du comité national du PCF.– Arch. IRHSES, dont brochure de l’ACREN, Le Travailleur de l’enseignement technique, L’Université syndicaliste.– Renseignements transmis par Alain Chaffel, Les communistes de la Drôme, de la Libération au printemps 1981 (thèse soutenue en 1997), par Denis Brunet et par son fils Jean-Louis Masseboeuf.

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