MEÏ Roger

Par Gérard Leidet

Né le 3 mai 1935 à Hyères (Var) ; instituteur dans les Bouches-du-Rhône ; militant syndicaliste ; militant communiste, maire de Gardanne depuis 1977, conseiller général du canton de Gardanne (1976-1998) et député de la Xe circonscription des Bouches-du-Rhône (1996-2002).

Roger Meï
Roger Meï

Son grand-père, toscan, était venu en France pour travailler aux chantiers navals de La Ciotat. Son père, Joseph, fut marin puis garde-pêche, (« un métier qui n’existe plus, difficile à définir » selon Roger Meï). Née en Suisse, sa mère Lina Schneuvly, était infirmière. Erreur ou excès de zèle d’un fonctionnaire de l’État civil, lors de l’enregistrement de sa naissance, le patronyme se retrouva affublé d’un curieux tréma inexistant en italien.

Après avoir commencé des études de mathématiques à la faculté des sciences de Marseille (mathématiques supérieures), Roger Meï choisit le métier d’instituteur, refusant d’enseigner à un niveau supérieur, même dans un cours complémentaire et de devenir directeur d’école, illustration du « refus de parvenir », morale issue du syndicalisme révolutionnaire. Il enseigna d’abord, en 1955, à La Roque-d’Anthéron puis dans plusieurs écoles de Marseille (l’Estaque, boulevard de Strasbourg, Arenc Bachas) avant d’être nommé en 1958 à Gardanne.

Militant au Syndicat national des instituteurs, Roger Meï devint secrétaire de la sous-section du SNI de Gardanne. Au sein de la section départementale du syndicat, il faisait partie de la commission des jeunes en compagnie d’autres militants tels Jean Tardito* et Georges Thorrand*. Dans le même temps, investi dans les mouvements d’éducation populaires, il animait des centres aérés et des colonies de vacances. Percevant les « limites », selon lui, de l’action associative, il s’intéressa de plus en plus aux questions politiques, d’autant qu’il avait été fortement marqué par une double influence. Celle d’abord de son oncle Paul Meï, ouvrier mécanicien aux chantiers de la Société provençale de constructions navales à La Ciotat, mutilé de guerre (avant-bras gauche amputé en 1917), « ardent pacifiste » et un des militants les plus en vue du groupe anarchiste local. Il fut en 1938, trésorier de la Fédération anarchiste provençale qui s’efforçait de coordonner l’activité de tous les militants de la région qu’ils soient ou non membres d’une organisation nationale. L’autre influence était celle d’un prêtre-ouvrier, membre du Parti communiste français et président du Mouvement de la paix dans les Bouches-du-Rhône, ce qui expliqua les liens étroits noués ensuite entre l’élu communiste et les milieux chrétiens de sa commune. À ce titre, Roger Meï, bien qu’athée lui-même, fut plus tard l’un des organisateurs des journées d’études sur la Bible. Il travailla avec les Compagnons d’Emmaüs et le Secours catholique : « nous, les communistes, sommes des hommes de foi. Sur mon chemin, j’ai rencontré d’autres hommes de foi… ».

Séduit par l’engagement et les luttes du PCF en faveur de la paix en Algérie, Roger Meï adhéra au PCF en 1961. À Gardanne, cœur historique du bassin minier de Provence, alors vieux bastion socialiste animé par le maire SFIO Victor Savine, Meï dynamisa la section communiste locale en compagnie de militants aguerris tels Norbert Vitrac, Menfi, Alcantara…Il devint secrétaire de la section trois mois après avoir adhéré, fut membre du bureau de la section, puis à nouveau responsable de l’organisation dans son secrétariat. Il commença à se présenter aux élections à une époque où l’affrontement SFIO-PCF était vif. Il fut le suppléant du député communiste René Rieubon*, réélu en 1973 dans la dixième circonscription (Salon).

Après avoir été battu en mars 1970, Roger Méï fut élu en 1976 conseiller général du canton de Gardanne, mandat qu’il retrouva lors des scrutins de 1982, 1988 et 1994. Lors des élections municipales de 1977, au sommet de l’élan unitaire de l’Union de la Gauche, Roger Meï devint maire de Gardanne, mettant ainsi un terme à la période d’administration municipale socialiste (Victor Savine, entre 1929 et 1941 puis de 1944 à 1971 ; Philémon Lieutaud de 1971 à 1977). Son grand regret fut de devoir quitter son poste d’instituteur, en 1978, et « ne plus faire la classe ». Le contexte politique de l’époque permit par ailleurs à d’autres villages du bassin minier de Gardanne de se doter de municipalités communistes ainsi Mimet avec Albert Gauche, Gréasque avec Robert Albarède. Disposant déjà des mairies de Roquevaire (avec le sénateur Léon David), Auriol (Lucienne Martin), La Bouilladisse (Francis Pelissier*) et des communes « limitrophes » d’Aubagne à l’est du bassin (avec le député Edmond Garcin) et de Septèmes-les-Vallons à l’ouest (avec Marc Ferrandi*), le PCF voyait son influence dans le bassin minier atteindre un sommet historique.

En octobre 1996, lors d’élections législatives partielles, Roger Meï, homme de terrain au fort ancrage local, fut élu, succédant ainsi à Bernard Tapie dans le fauteuil de député de la dixième circonscription des Bouches-du-Rhône. Il devança largement au premier tour Bernard Kouchner avec 15 390 voix (37,9 % des suffrages exprimés) contre 5 400 (13,3 %) et battit confortablement au second tour le représentant du Front national Damien Bariller avec 28 646 voix (60,3 %) contre 18 844 (39,7 %). Le nouvel élu communiste, entrant dans l’hémicycle, posa sa première question au gouvernement sur la mine : « je l’avais promis, je l’ai fait, mais le ministre a répondu à côté, ça m’a choqué... » confiait-t-il, étonné aussi d’avoir été « hué par la droite avant d’avoir parlé ». Son premier geste de nouveau député fut d’aller saluer les mineurs à la sortie du puits. Lors des élections législatives de mai-juin 1997, Roger Meï fut réélu, toujours devant Damien Bariller candidat du FN avec 38 418 voix (60,6 %) contre 24 983 (39,4 %.). Très présent à l’Assemblée, président d’une mission Énergie au sein de laquelle il ne manqua pas de prendre la défense des mineurs dont le proche avenir était menacé, il participa aussi à une mission de réflexion sur les lois bioéthiques.

Fort de son enracinement local, Roger Meï afficha constamment ses convictions de militant et d’élu autour de la défense du bassin minier. Après 1981 et l’échec de Georges Marchais à l’élection présidentielle, il entra lentement dans sa période de « communiste critique » au cours de laquelle les rapports se tendirent avec la section de Gardanne. Il déclara à ce sujet : « au parti, il y a toujours une phase de foi où l’on adhère à tout sans réfléchir… ». S’il n’épousa pas les vagues successives de dissidences au sein du PCF (rénovateurs, reconstructeurs, refondateurs), il s’opposa à plusieurs reprises à la direction nationale : « en décembre 1983, les mineurs défilaient sur la Canebière, à Marseille, et un camarade du comité central m’interdit d’y aller parce qu’on était au gouvernement... Je suis allé manifester quand même. ». En 1993, lors de la campagne de l’élection législative remportée par Bernard Tapie, au second tour, malgré les consignes de la direction du PCF, Roger Meï refusa d’appeler à voter pour ce dernier. Le « passage éclair de la comète Tapie » avait échaudé l’homme de terrain patient et scrupuleux. Après 1995, désormais partisan de Robert Hue et de la « mutation » engagée au sein du parti, il souhaita articuler « humanisme et communisme ».

Ses différents mandats d’élu profondément ancrés dans une culture et une mémoire ouvrière ne purent empêcher des évolutions irréversibles. Les effectifs du bassin minier qui atteignaient un maximum de 8 500 salariés en 1949, décrurent ensuite régulièrement jusqu’à l’arrêt de l’extraction en février 2003. La ville dut entamer alors une nouvelle mutation dont le point de départ fut l’installation du centre microélectronique de Provence (CMP) de l’École nationale supérieure des mines de Saint-Étienne. Autour de 2002, la reconversion du bassin minier permit la création de deux mille emplois en quatre ans. Mais ce dont Roger Meï demeurait le plus fier fut la création, fin 1992, par la ville, de Gardanne de la maison de soins palliatifs dans un contexte de refus d’accueil par les communes voisines. Maire durant près de quatre décennies d’une ville de 21 000 habitants, la présence au quotidien de 1 500 bénévoles actifs dans le tissu associatif témoignait, selon Roger Meï, de l’héritage maintenu de la solidarité vécue dans l’ancien bassin minier de Provence. En cela résidait l’autre fierté de celui qui rappelait souvent qu’en chinois, son nom signifiait « charbon ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140451, notice MEÏ Roger par Gérard Leidet, version mise en ligne le 1er mai 2012, dernière modification le 29 avril 2013.

Par Gérard Leidet

Roger Meï
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SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/10812. — Archives de la section des Bouches-du-Rhône du SNI. — Archives du comité national du PCF et de la fédération des Bouches-du-Rhône. — Le Libertaire, 29 avril 1937. — Témoignage de M. Pracchia. — Notice de Paul Meï, René Bianco, DBMOF. — Presse locale et nationale (Libération , 29 octobre 1996). — Entretien avec le militant, 24 avril 2012 et ses réponses au questionnaire. — Divers sites Internet. — Notes de Jacques Girault.

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