MARCHAIS Jean, André, Pierre, Marie, Georges

Par Alain Dalançon

Né le 11 décembre 1913 au Mans (Sarthe), mort le 16 janvier 2009 à Itxassou (Pyrénées-Atlantiques) ; professeur agrégé des Lettres ; militant syndicaliste, président de la Société des agrégés (1956-1960), secrétaire pédagogique du SNES (1960-1964).

Jean Marchais
Jean Marchais
congrès SNES 1960 (coll. IRHSES)

Son père Georges, Joseph, André et sa mère Marie Dejeu étaient tous deux fonctionnaires dans l’administration des Postes, télégraphe, téléphone, tout comme ses grands-parents paternels, tandis que ses grands-parents maternels étaient agriculteurs. Jean Marchais avait un frère, deux demi-frères et une demi-sœur. Baptisé, il fit sa première communion. Après l’école primaire, il passa le concours des bourses et fit ses études secondaires au collège de garçons du Blanc (Indre) où il obtint le baccalauréat. Brillant élève, il entra en khâgne au chef-lieu de l’académie, au lycée Henri IV de Poitiers (Vienne), où il fut le condisciple d’André Dufour. Parallèlement à la préparation du concours à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, auquel il fut admissible, il obtint à la faculté des Lettres de Poitiers la licence ès lettres et le diplôme d’études supérieures.

En 1938, Marchais fut nommé professeur licencié de lettres au lycée de garçons d’Amiens (Somme) et, tout en assurant son service d’enseignement, poursuivit la préparation de l’agrégation des lettres à laquelle il fut reçu à la session de 1938 au 38e rang.

Le 4 novembre 1938, Marchais fut incorporé dans un bataillon du 8e Régiment du Génie cantonné au fort de Suresnes pour y effectuer son service militaire dans les transmissions. Il devait rester sous les drapeaux durant sept années. En effet, en 1940, il refusa la défaite et s’embarqua le 25 juin à Saint-Jean-de-Luz pour l’Angleterre. Le 1er juillet, il s’engagea dans les Forces aériennes françaises libres où il allait être observateur météorologique. Après l’échec en septembre 1940 de l’opération sur Dakar à laquelle il participa, il se retrouva au Tchad à Fort-Lamy et fut intégré au « groupe Bretagne » des FAFL créé le 1er janvier 1942 pour soutenir la colonne du colonel de Hautecloque dans sa campagne du Fezzan, groupe dont il allait suivre le parcours jusqu’à la Libération, ce qui lui valut la médaille Coloniale avec agrafes, la médaille de la Résistance française et la Légion d’honneur au titre du Groupe.

Sous-lieutenant en 1941, promu lieutenant en 1943, Marchais participa donc aux opérations aériennes de soutien des forces françaises du général Leclerc en Cyrénaïque permettant leur jonction avec les troupes britanniques à Tripoli en janvier 1943 pour libérer la Tunisie en avril-mai 1943. Il séjourna à Sebbah (Fezzan), à Ben Gardane (Tunisie) puis à Rayak (Syrie) et au Liban, enfin en Algérie où le groupe fut transformé en « Groupe de bombardement moyen II/20 Bretagne ». Marchais stationna ensuite de mai à octobre 1944 en Sardaigne d’où le GBM II/20, rattaché au 42e Wing américain, effectua de nombreuses opérations sur l’Italie. En août 1944, le Groupe opéra différentes opérations de bombardement pour préparer le débarquement allié en Provence ; il fut basé ensuite à Istres puis à Bron, d’où il participa à la libération de l’Alsace et à la rupture de la ligne Siegfried.

Jean Marchais se retrouva au début de l’année 1945 à Toulouse, épousa le 8 février à Beaumont (Tarn-et-Garonne) Paulette, Rose Rey, sans profession, avec laquelle il eut un fils. Démobilisé le 13 juillet 1945, il partit enseigner durant trois années à l’université de Bratislava (Tchécoslovaquie) en tant que chef de mission universitaire. Après le « coup de Prague », il revint en France, affecté au lycée Pierre de Fermat de Toulouse, où il demeura durant quatre années avant d’être nommé dans la région parisienne, d’abord au lycée de Suresnes puis au lycée Marcel Roby de Saint-Germain-en-Laye. A la rentrée 1956, sa nomination au lycée Henri IV de Paris couronnait sa carrière.

Cette même année, il fut élu le 25 mars, président de la Société des agrégés, dont il était membre du bureau et rédacteur en chef du bulletin L’Agrégation depuis 1953. Marchais succédait à son ami Pierre Sénécat->173060], devenu secrétaire pédagogique du Syndicat national de l’enseignement secondaire avec lequel la Société travaillait à cette époque en étroite collaboration. Les deux hommes et leurs organisations allaient mener une vigoureuse bataille pour la défense de la qualité de l’enseignement secondaire contre le projet de réforme Billères en 1956-1957. Ce projet de mise en place d’établissements uniques du 1er cycle du second degré avec un tronc commun les deux premières années, sans que la qualité des maîtres qui y enseigneraient soit définie, suscita une opposition très forte chez la grande majorité des professeurs et fut génératrice d’un profond clivage à l’intérieur de la Fédération de l’Education nationale entre le SNES et le Syndicat national des instituteurs. En tant que président de la Société des agrégés, Jean Marchais s’attacha à analyser les différentes versions du projet de réforme pour montrer les dangers du tronc commun et le caractère illusoire de la démocratisation qu’il était sensé promouvoir. En tant que militant du SNES, il précisa sa position dans l’Université syndicaliste, en soulignant que la réforme renforcerait les privilèges sociaux en ne donnant pas les possibilités de réussir des études longues aux enfants du peuple ayant les aptitudes requises ; la démocratisation dépendait, selon lui, d’abord de facteurs économiques et sociaux et non de réformes de structures de l’Université ; « ce qu’il faut, concluait-il, c’est que toutes les familles, délivrées par l’État de la contrainte des nécessités matérielles, aient à leur disposition, près de leur domicile, des établissements où elles puissent trouver tous les types d’enseignement correspondant à la diversité des aptitudes ».

Cet attachement à l’objectif de démocratisation n’était sans doute pas totalement partagé par la majorité des adhérents de la Société des agrégés qui adopta lors d’un référendum qu’il organisa sur la place de l’agrégé dans l’enseignement, une position différente de celle qu’il défendait. En 1960, Jean Marchais laissa la présidence à Guy Bayet qu’il avait fait entrer au bureau en 1956 et avec lequel il avait procédé à la réorganisation administrative de la Société dont il devint président d’honneur jusqu’à la fin de sa vie.

Il se consacra dès lors au militantisme syndical et fut élu secrétaire de la catégorie des agrégés sur la liste A des « Autonomes » aux élections à la CA nationale du SNES de 1960. Il retrouva dans la direction, Pierre Dhombres, secrétaire général, Ghouti Benmerah, Emile Hombourger, secrétaires généraux adjoints et Sénécat, secrétaire pédagogique, tous membres de la Société des agrégés. Il ne tarda pas à remplacer ce dernier devenu secrétaire général adjoint, à la tête de la commission pédagogique.

Au printemps 1963, alors que la réforme Fouchet était en préparation, Marchais, qui siégeait comme suppléant à la CA nationale de la FEN (1962-1964), s’employa à ce que SNES trouve un terrain d’entente avec le SNI dans la FEN, tout en maintenant ses exigences de qualité de l’enseignement secondaire. Il menait la même bataille à l’intérieur du Parti socialiste unifié dont il fut membre quelque temps, comme nombre de responsables autonomes du SNES et de la FEN. Avec Sénécat et Jean Simon, qui allait lui succéder comme secrétaire pédagogique du SNES l’année suivante, il défendit une motion à la fédération de Paris du PSU avant le congrès national de Toulouse de 1963, visant à maintenir l’unité de l’enseignement secondaire. Dans le même temps, il expliqua dans son rapport préparatoire au congrès national du SNES du printemps que, chargé de négocier dans la FEN, il s’était engagé dans la voie de l’application du Plan Langevin-Wallon dont tout le monde se réclamait, ce qui signifiait « la révision de notre position sur les 6e et 5e ». Pour ce faire, la direction du SNES soumit aux syndiqués un référendum comportant deux questions : « 1- Acceptez-vous, dans le cadre des établissements polyvalents du plan Langevin-Wallon et avec le personnel licencié prévu par ce Plan : 6e avec enseignement commun, 5e avec enseignement partiellement différencié ; 2- Au cas d’un oui à la première question, acceptez-vous de reporter l’enseignement du latin en 5e sous forme de banc d’essai ? » Appelaient à voter « oui » à la première question à la fois Marchais et Simon ainsi qu’André Drubay et Jean Petite, responsables de la liste B, tandis que les militants des tendances C (Marie-Louise Bergeret), D (Jeanne Harding), « École émancipée » (Pierre Broué) mais aussi Sénécat se prononçaient pour le » non ». Les syndiqués répondirent « oui » à une faible majorité mais « non » à la deuxième question. Marchais conclut cependant au congrès sur la position « neuve et cohérente du SNES : enseignement commun en 6e avec initiation au latin et avec des maîtres licenciés ».

Au congrès de la FEN de novembre 1963, suivant la parution du décret d’août instituant les collèges d’enseignement secondaire, la fracture entre le SNI et le SNES se réduisit. Mais au congrès du SNES du printemps 1964, la motion présentée conjointement par Jean Simon, Drubay et Petite et soutenue par Marchais, concernant les CES et les classes de 6e-5e, fut battue par une coalition hétéroclite, (comprenant y compris des militants de la tendance B, dont Maurice Loi), qui préféra voter la motion de Sénécat s’en tenant au statu quo de la motion de l’année précédente. Après le colloque du Comité national d’action laïque des 18 et 19 avril 1964, reprenant les principales dispositions du Plan Langevin-Wallon et se prononçant pour un cycle d’orientation de 11 à 15 ans, dont la première année serait entièrement commune, la deuxième différenciée seulement par la présence de bancs d’essai dans certaines disciplines, Marchais pouvait se féliciter, en janvier 1965, qu’un terme ait été mis à un « dialogue de sourds », « à une querelle byzantine qui avait empoisonné les rapports entre les syndicats » et qu’il « n’y avait qu’un vainqueur : l’enseignement public démocratique et laïque ».

Sa position d’ouverture, à un moment où la direction « autonome » du SNES était de plus en plus en difficulté pour conserver la majorité, n’avait sans doute pas été étrangère à sa perte du secrétariat de la catégorie des agrégés au profit de la candidate de la liste B, Suzanne Cheinet, lors des élections à la CA nationale en juin 1964. Il était alors partisan d’une classification fonctionnelle des catégories du second degré (premier et second cycles, classes préparatoires) dont l’idée fut reprise par la majorité du S3 de Paris dirigée alors par Louis-Paul Letonturier mais qui fut combattue par les militants de la liste B (Drubay et Gérard Alaphilippe) et refusée au congrès académique. Marchais resta ensuite membre du bureau national mais sans responsabilité particulière et ne se représenta pas aux élections de mai-juin 1966 propres au SNES classique et moderne, après le congrès de fusion avec le Syndicat national de l’enseignement technique.

Jean Marchais disparut alors de la scène militante du syndicalisme. En 1971, il obtint sa mutation pour le lycée de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) où il prit sa retraite en 1978. Il resta adhérent du SNES jusqu’à cette date et demeura fidèle à la Société des agrégés, tant que sa santé le lui permit, assistant encore à l’assemblée générale extraordinaire du 23 novembre 1998.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140386, notice MARCHAIS Jean, André, Pierre, Marie, Georges par Alain Dalançon , version mise en ligne le 20 avril 2012, dernière modification le 30 décembre 2018.

Par Alain Dalançon

Jean Marchais
Jean Marchais
congrès SNES 1960 (coll. IRHSES)

SOURCES : Arch. de l’IRHSES. — Bureau des Archives de la Réserve de l’Armée de l’Air (Dijon), divers sites internet sur les Forces aériennes françaises libres, Revue Icare n° 202 sur le Groupe Bretagne. — Collection de L’Agrégation, nécrologie de Jean Marchais par Geneviève Zehringer. — Fehrat Ismael, « Le PSU de la région parisienne et le monde enseignant, 1961-1967 ». — Renseignements fournis par son épouse.

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