Né le 27 mai 1920 à Soncourt-sur-Marne (Haute Marne), mort le 20 février 1987 à La Verrière (Yvelines) ; instituteur en Haute-Marne ; secrétaire de la section de la Haute Marne du SNI ; secrétaire national du SNI ; secrétaire général de la FEN de 1966 à 1974 ; militant mutualiste ; militant socialiste.

James Marangé
Communiqué par Guy Putfin
Son père, Marcel, était artisan boulanger, sa mère, née Suzanne Laurent, tenait la boulangerie tout en étant couturière à domicile. Plusieurs instituteurs dans sa famille eurent une influence décisive sur la vocation du jeune James, fils unique : sa tante Julienne, son oncle Louis notamment. Sans doute son père ayant été reconnu victime de la Grande Guerre, il devint pupille de la Nation en 1932. Après l’école primaire supérieure à Joinville où il fut interne, il entra à l’école normale d’instituteurs de Chaumont où il fit sa scolarité de 1936 à juillet 1939. En 1937, il adhéra aux Jeunesses socialistes SFIO. Ancien éclaireur de France, il participa au mouvement des auberges de jeunesse.
Devenu instituteur, James Marangé fut nommé en octobre 1939 à Daillancourt, puis, presque aussitôt, à titre provisoire dans son village de Soncourt, où il avait fait son stage pratique. Il exerça par la suite ses fonctions d’instituteur dans plusieurs communes de Haute-Marne, dont en janvier 1941 dans une école à quatre classes à Bologne. Il fut dispensé du Service du travail obligatoire pour raisons de santé.
En octobre 1944, James Marangé adhéra au Syndicat national des Instituteurs et en 1945, il s’engagea dans le Parti socialiste SFIO.
James Marangé fut élu au bureau de la section départementale du SNI au printemps 1945 et devint responsable de la commission des jeunes. Il devint secrétaire de la section en 1947 et le resta jusqu’au début des années 1960. Il cumulait alors ces fonctions avec celles de responsable de la Fédération des œuvres laïques dans le département. Il organisa notamment au nom de la FOL une souscription pour acheter la colonie de vacances de Xonrupt à partir de 1947. Animateur des Francs et franches camarades, il fut détaché en 1952 comme délégué régional du mouvement et s’occupa aussi des œuvres post et périscolaires. Élu au conseil départemental de l’enseignement primaire en 1951, il démissionna collectivement à la demande du SNI pour protester contre la politique répressive du gouvernement et sa politique antilaïque à la fin de 1953. Il fut réélu en janvier 1954, avec moins de voix qu’en 1951. Il intervint notamment pour défendre l’inspecteur d’Académie Jean Guille en 1950-1951.
Le 9 janvier 1952, James Marangé, désigné par le bureau national du SNI dirigé par Denis Forestier, fut adjoint d’Henri Baude* pour le secrétariat de la commission nationale des jeunes. Sa première intervention dans un congrès national du SNI, prononcée au congrès de Pau, le 17 juillet 1953, porta sur les jeunes. En 17e position sur la liste « Pour un syndicalisme indépendant et constructif », il ne fut pas élu au BN en décembre 1952 mais il le fut, en 11e position, lors de la réunion du conseil national, le 26 décembre 1953.
En janvier 1954, réélu membre du bureau national en neuvième position sur la liste majoritaire, entré au secrétariat permanent, il fut désigné comme secrétaire de la commission de jeunes. Après avoir été réélu au bureau national par le conseil national en 1954 et en 1955, lors de la réunion du BN, le 12 janvier 1956, il fut chargé de la propagande syndicale interne, des questions des jeunes, de l’éducation populaire, de la formation syndicale, de la liaison avec les œuvres post et périscolaires. Membre de la commission corporative, il s’occupa aussi des jeunes, des œuvres et des réalisations sociales. En outre au congrès national du SNI de Bordeaux, en juillet 1955, il fut désigné comme membre de la commission des résolutions, responsabilité qu’il conserva par la suite. Lors du congrès national du SNI, le 8 juillet 1954, il présenta un rapport sur la culture populaire.
Pour la première fois, pendant l’été 1954, James Marangé participa à des réunions internationales pour représenter le SNI aux congrès de la Fédération internationale des associations d’instituteurs et de la Confédération mondiale des organisations de la profession enseignante à Oslo.
James Marangé, réélu en sixième position sur la « Liste pour un syndicalisme indépendant, réaliste et constructif » en décembre 1957, lors de la nouvelle répartition des responsabilités par le BN, le 16 janvier 1958, devint secrétaire de la commission chargée d’examiner le problème posé par l’existence et l’activité d’organisations catégorielles. Puis il fut nommé dans les commissions de propagande syndicale interne, des jeunes, de l’éducation populaire, de liaison avec le secteur post-scolaire et les mouvements de jeunes.
En décembre 1958, il prenait place en troisième position sur la liste. En décembre 1959, pour les élections du BN, il figurait en sixième position. Lors de la répartition du BN en janvier 1960, il fut désigné pour les commissions corporative, pédagogique, des finances, et le secrétariat de celles de la presse et de L’École libératrice. Après le décès de Jean Le Pemp*, le BN, le 17 avril 1959, le désigna comme directeur rédacteur en chef de L’École libératrice, fonction qu’il conserva jusqu’au 12 janvier 1962. Le BN l’avait en effet désigné comme l’adjoint du nouveau secrétaire général Pierre Desvalois. Il fut chargé des questions corporatives et des questions extra-métropolitaines et désigné pour participer aux commissions sociale, administrative, des jeunes, de l’organisation, de la propagande, des finances et des relations internationales. Il effectua en 1962 plusieurs voyages en Algérie et participa à la préparation des accords de coopération culturelle avec l’Algérie qui accédait à l’indépendance, en relation avec Charles Koenig, directeur de collège et maire de Saïda, membre de l’Exécutif provisoire algérien.
Comme en mars 1958, en quatorzième position sur la liste « Pour la défense et la promotion de l’école laïque » présentée par la SNI, James Marangé fut élu, le 14 mars 1961, à la commission administrative paritaire centrale. Il fut à nouveau candidat en avril 1965. Il devint en même temps responsable des questions corporatives de la Fédération de l’Éducation nationale. A la suite de la démission, quelques mois avant la fin de son mandat, de Georges Lauré, il fut élu secrétaire général de la FEN, à la commission administrative du 18 septembre 1966, mais sans les voix des élus majoritaires du nouveau SNES. C’était la première fois qu’un instituteur accédait à la direction de la FEN.
En tant que secrétaire général de la FEN, James Marangé eut un rôle particulièrement important à jouer pendant les événements de mai 1968, servant d’intermédiaire entre le ministère de l’Éducation nationale et les dirigeants du SNESup et de l’UNEF, cherchant à éviter l’escalade de la violence, et recherchant l’appui des confédérations ouvrières en faveur du mouvement étudiant. Si le 16 mai, la commission administrative de la FEN le suivit pour ne pas provoquer une grève afin de pouvoir assurer les examens, seule, elle lança, le 20 mai, un mot d’ordre de grève générale à partir du 22 mai. Il imposa la présence de la FEN aux négociations de Grenelle des 25-27 mai, aux côtés des confédérations, et obtint des négociations spécifiques pour la Fonction publique qui se conclurent par l’accord Oudinot (28-30 mai 1968), point de départ de ce qu’on appellera plus tard la politique contractuelle dans la Fonction publique, avec l’ouverture de négociations sur des sujets spécifiques (reclassement des catégories C et D en 1969, réforme de la catégorie B en 1972, droit syndical...), et de négociations annuelles sur l’évolution des salaires des fonctionnaires et assimilés. Après l’ouverture le 4 juin des négociations avec le ministère de l’Éducation nationale, la FEN annonça la convocation d’états généraux de l’Université nouvelle, qui se tinrent les 26 et 27 octobre 1968. La CA de la FEN, réunie le 6 juin, vota l’arrêt de la grève pour le lendemain, 7 juin.
James Marangé fut élu président du Comité syndical européen de l’enseignement, à sa constitution, à Bruxelles, les 23 et 24 janvier 1970.
James Marangé appela à participer à la campagne du Comité national d’action laïque pour riposter à la loi Pompidou sur l’enseignement privé. Le colloque du CNAL des 13 et 14 mai 1972 se conclut par un appel à l’opinion publique, présenté par Marangé, pour une autre politique de l’éducation nationale.
James Marangé développa l’action de la FEN dans le domaine de la défense des droits et libertés, en France et dans le monde, en participant, notamment, à la constitution du collectif national pour les libertés (24 avril 1970), en lançant, avec la Ligue des droits de l’Homme, l’appel pour la Tchécoslovaquie (mai 1972), en créant le comité Solidarité-Chili, après l’assassinat de Salvador Allende le 11 septembre 1973, en participant aux campagnes contre la guerre au Vietnam, contre les dictatures en Espagne et en Grèce, contre la répression en URSS...
James Marangé dut faire face à des difficultés internes à la FEN liées à la perte régulière d’influence de l’orientation de la majorité fédérale, au profit de la tendance « ex-cégétiste », devenue « Unité et Action », qui, en mai 1967, avait pris le contrôle du nouveau SNES, puis, à partir de 1969 de plusieurs syndicats nationaux (SNEsup, SNCS, SNEP). Les difficultés culminèrent au congrès de novembre 1973 qui se conclut par l’adoption d’un « Manifeste pour l’unité et la responsabilité de la FEN ». Soucieux du renforcement des structures internes de la FEN, il inaugura le premier stage de formation à La Verrière, le 14 mai 1971.
Le 12 décembre 1974, James Marangé, ayant atteint l’âge du départ en retraite, remit son mandat de secrétaire général. André Henry lui succéda.
Pendant son mandat, James Marangé fut secondé par plusieurs permanents : Charles Martial*, puis Robert Chéramy*, pour les questions économiques, Louis Astre, pour la laïcité et les droits et libertés, Jean Gouzy, pour les publications, Guy Delage pour le secteur des affaires culturelles et la formation syndicale, et, à partir de septembre 1971, François Malcourant*, pour les affaires corporatives, Albert Guillot pour les affaires internationales et l’éducation. Pierre Bertelet, employé de la FEN depuis 1948, assurait toute la logistique, le trésorier, Jean Desvergnes, n’étant pas permanent.
James Marangé occupa ensuite plusieurs fonctions politiques, administratives, associatives, et sociales : président de l’Association pour adultes et jeunes handicapés (APAJH) de 1975 à 1979, conseiller technique auprès du président du Conseil économique et social, Gabriel Ventejol de 1975 à 1981, président du Comité interministériel des services sociaux de l’Etat de 1978 à 1981, président du Comité de coordination des œuvres mutualistes et coopératives de l’Éducation nationale de 1978 à 1984, président de l’Office national d’information sur les enseignements et les professions (ONISEP), président du Centre d’études et de recherches sur l’emploi et les qualifications (CEREQ) de 1982 à 1985. Conseiller d’État en service extraordinaire de 1978 à 1982, il se pencha sur la question de l’immigration et l’insertion des jeunes d’origine étrangère (rapports publiés à la Documentation française en 1981 et 1982). De 1967 à 1979, il fut administrateur national de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, membre de son bureau national et vice-président de la mutuelle.
James Marangé adhéra au Parti socialiste dès sa création en 1970-1971 et fut membre de son comité directeur de 1975 à 1977.
James Marangé se maria le 7 avril 1942 à Bologne avec Marcelle, Louise Geoffroy. Ils eurent un fils, Jean-Claude. Divorcé en 1966, il épousa en secondes noces, le 2 août 1966 à Paris (XVe arr.), Aurore Quillot, médecin, qui avait une fille, Marie-Christine, de son premier mariage.
James Marangé était Chevalier de la Légion d’honneur, commandeur des palmes académiques. Il reçut la médaille de bronze de la jeunesse et des sports et la médaille d’argent de l’Éducation nationale.
Décédé dans le centre de soins de la MGEN à La Verrière, il fut enterré dans son village natal, à Soncourt-sur-Marne, le 26 février 1987. La FEN et le SNI-PEGC lui rendirent un hommage solennel à la maison de la Mutualité, à Paris, le 15 mars 1987.

ŒUVRE : Articles dans L’École libératrice. — Éditoriaux dans L’Enseignement public. — De Jules Ferry à Ivan Illich, Paris, Stock, 1976, 299 p., « La FEN en mai 68 », conférence dans le cadre du groupe de recherches sur l’histoire du syndicalisme enseignant (FEN-CRHMSS), le 11 janvier 1984, Supplément à FEN-Hebdo, avril 1988, 32 p. et enregistrement audio et vidéo.

SOURCES : James Marangé, 1920-1987, plaquette réalisée par la FEN, Paris, 1987. — Robert Chéramy, La Fédération de l’Éducation nationale. 25 ans d’unité syndicale, Paris, Épi, 1974, 159 p. — Who’s who in France, 1983-1984, p. 939. — Documentation MGEN. — Notes de Gilles Alvès, de René Crozet et de Jacques Girault.

Guy Putfin

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