MANCEAU Henri [MANCEAU Jean, François, Henri]

Par Didier Bigorgne, Jacques Girault

Né le 9 décembre 1907 à Marquigny (Ardennes), mort le 30 décembre 1985 à Cannes-La Bocca (Alpes-Maritimes) ; professeur et historien ; militant syndicaliste ; militant communiste ; secrétaire, puis président du comité des Ardennes du Mouvement de la Paix (1961-1968).

Henri Manceau
Henri Manceau

Fils d’un cultivateur, conducteur de chevaux et d’une mère au foyer, Henri Manceau fut réfugié dans le département de l’Aube pendant la Première Guerre mondiale. Il fréquenta successivement l’école communale de Marquigny, l’école primaire supérieure de Mézières de 1920 à 1923, l’École normale d’instituteurs de Charleville de 1923 à 1926. Il passa en quatrième année à l’EN de Nancy et intégra à l’École normale supérieure de Saint-Cloud (1927-1929). Il obtint la première partie du professorat en 1927 et fut admissible pour la deuxième partie. Il obtint une licence ès-lettres à la Sorbonne (certificats de géographie en 1928, puis en 1929 les certificats d’histoire moderne et contemporaine pour lesquels il suivit les cours d’Albert Mathiez sur Robespierre, de géographie coloniale et de psychologie).

Délégué comme professeur à l’École normale d’instituteurs de Mirecourt (1930), Manceau effectua son service militaire en 1930-1932 à Oberhoffen (Bas-Rhin), à Saint-Cyr puis au 106e régiment d’infanterie de Reims avec le grade de sous-lieutenant. En 1932, nommé professeur de Lettres et d’Histoire-Géographie à l’École normale d’instituteurs de garçons de Charleville, il y enseigna « beaucoup plus de littérature ».

Secrétaire de l’amicale des anciens élèves des écoles normales, membre du syndicat CGT des professeurs d’écoles normales (deux membres dans l’EN de Charleville), Manceau suivait de près la vie de la section départementale du Syndicat national des instituteurs. Il continua après la guerre et écrivit alors de nombreux articles pédagogiques ou d’histoire locale dans le bulletin de la section. Non gréviste en 1934 et en 1938, il participa à certaines actions et manifestations syndicales et politiques sous le Front populaire. Il se définissait, dans son témoignage sur ces années, comme un républicain, électeur radical-socialiste, pacifiste, antimilitariste, bien qu’assidu à partir de 1936 aux réunions des officiers de réserve républicains, antifasciste, défenseur de la laïcité, critique à l’égard de certains parlementaires, « plutôt soulagé » par les accords de Munich. Il ajoutait que, sur le plan social, il était « marxiste sans le savoir ».

Fréquentant d’une façon assidue les Archives départementales des Ardennes, Manceau publia une série d’articles d’histoire locale dans le journal Le Petit Ardennais, hostile au Front populaire. En 1933, parut sa première étude sur le mouvement socialiste et les luttes ouvrières. Il écrivit en 1935, une Histoire des Ardennes en 1937 une Histoire des Ardennes par les textes et une Géographie des Ardennes. Selon un rapport d’inspection, ses élèves participaient à l’élaboration de ces ouvrages destinés aux classes des écoles primaires et des cours complémentaires. Plus tard, il reconnaissait avoir découvert la lutte des classes dans ces recherches historiques lorsqu’il évoquait, après la guerre, son appartenance au Parti communiste. Sa maison à Charleville fut saccagée en mai 1940 et une partie de sa documentation disparut.

Henri Manceau, « sans conviction religieuse », épousa à l’église, Juliette, Geneviève Andt (voir Geneviève Manceau), institutrice, le 16 avril 1938 à Charleville. Mobilisé en septembre 1939, avec le grade de lieutenant au 291e régiment d’infanterie, il garda la frontière sur la Meuse dans les Ardennes. Le 25 juin 1940, il prenait la direction de la Lorraine avec la 52e division dans laquelle il servait. Démobilisé à Châtellerault (Vienne) après la défaite en juillet 1940, il reprit son enseignement à l’école normale repliée dans celle de Parthenay (Deux-Sèvres), puis, lors de la suppression des écoles normales, fut nommé pour des suppléances au collège de Parthenay (Deux-Sèvres) en février 1941 puis au collège de Mézières, avant de retrouver son poste à l’École normale de Charleville à la Libération où il assuma les fonctions de directeur pédagogique de la 4e année pendant un an de réouverture, Par la suite, il y enseigna la psychologie, la pédagogie, les lettres et l’histoire-géographie.

À la Libération, Henri Manceau, membre du Front national, fut désigné à ce titre comme conseiller municipal de Charleville en septembre 1944. Il siégea à l’assemblée communale jusqu’aux élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945 auxquelles il ne se présenta pas. Adhérent du Syndicat des professeurs d’écoles normales, il en devint le secrétaire départemental le 30 septembre 1955 en remplacement de Georges Benoit* muté à Creil (Oise). Élu sur la liste cégétiste minoritaire aux élections du 22 décembre 1955 pour le renouvellement de la commission administrative de la section des Ardennes de la Fédération de l’Éducation nationale, il remplit son mandat jusqu’au 30 janvier 1958.

Adhérent de l’Union française universitaire, Henri Manceau s’engagea dans le Mouvement de la paix. Membre du bureau départemental depuis 1953, il milita contre le réarmement allemand et lutta contre les guerres coloniales. Élu secrétaire du comité des Ardennes du Mouvement de la paix en 1961, il le présida de 1964 à 1968.

Entre temps, Henri Manceau avait rejoint son épouse au Parti communiste français en 1956. Il représenta d’abord son parti aux élections des 19 et 26 avril 1958 pour le conseil général dans le canton rural de Chaumont-Porcien ; il échoua au premier tour en recueillant 241 voix sur 2 480 inscrits et 1 832 votants. Membre du comité de la section communiste de Charleville, il fut ensuite membre du comité fédéral du PCF des Ardennes du 31 juin 1959 au 20 juin 1965.

Parallèlement à ses engagements politiques et syndicaux, Manceau mena une activité d’historien. Il écrivit de nombreux articles dans des revues départementales, régionales et nationales (Présence Ardennaise, L’Automobilisme ardennais, Les Cahiers internationaux, etc...). Il publia plusieurs brochures et ouvrages : Gens et métiers d’autrefois en 1957, Les Ardennes en 1960, La Manufacture d’armes de Charleville en 1962, Témoins du passé en 1967, Des Luttes ardennaises en 1969. Il collabora à la rédaction du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français sous la direction de Jean Maitron*.

À la retraite en 1968, Henri Manceau se retira à Auribeau-sur-Siagne (Alpes-Maritimes). Au milieu des années 1970, il écrivit un chapitre sur 1947-1948 pour une histoire du syndicalisme enseignant dirigée par Paul Delanoue qui ne fut pas publiée. Il livra un dernier ouvrage en 1985, Auribeau, village provençal. Il resta membre du PCF jusqu’à sa mort.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140353, notice MANCEAU Henri [MANCEAU Jean, François, Henri] par Didier Bigorgne, Jacques Girault, version mise en ligne le 19 avril 2012, dernière modification le 27 avril 2013.

Par Didier Bigorgne, Jacques Girault

Henri Manceau
Henri Manceau

SOURCES : Arch. Nat., F17 29218. — Arch. Dép. Ardennes, 3M 7, 8 et 9. — Archives du comité national du PCF. — Bulletin de la section ardennaise du Syndicat national des instituteurs, 1955 à 1958. — l’Humanité-Dimanche, du 4 octobre 1953. — Presse locale. — Entretien avec l’intéressé à Auribeau-sur-Siagne en août 1984. — Renseignements fournis en 1975.

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