WONG Brice

Par Michel Rousselot

Né le 28 novembre 1932 à Fort-Bayard, maintenant Zhanjiang (Kouang-Tchéou-Wan, Chine) ; ingénieur à EDF ; membre de l’équipe nationale de la JEC (1955-1957) ; militant CFDT, membre du Conseil de l’Union départementale CFDT de Savoie, responsable de la Commission économique (1965-1970) ; membre du Comité d’expansion économique de la Savoie ; président fondateur d’« Hydraulique sans frontières » (1990-2005).

Deuxième fils d’André Wong et de Jacqueline Mo, Brice Wong naquit dans la concession française du Kouang-Tchéou-Wan au sud de la Chine, au sein d’une famille dont le père, fils d’agriculteur, converti par un missionnaire catholique, poursuivit des études de médecine, fut naturalisé français pour son travail de médecin lors d’une épidémie de peste, puis devint responsable de l’hôpital de la mission catholique franco-chinoise de Hoihow, dans l’île de Hainan. Il vécut une enfance heureuse, pendant laquelle son père lui apprit la langue française, jusqu’à l’invasion de la Chine et l’occupation japonaise de l’île en 1939.

Envoyé par ses parents en Indochine française, en 1941, il étudia à Haïphong en pension chez les Frères des écoles chrétiennes, puis à Dalat et Saïgon. Il obtint le baccalauréat au lycée de Dalat (Indochine) en 1950. Durant cette période, il connut l’occupation japonaise de l’Indochine, les bombardements des Alliés et les camps de regroupement avec l’expérience de la faim et des privations jusqu’à la libération par la 2e DB du général Leclerc. Marqué par les injustices de la colonisation, il s’engagea dans les mouvements de jeunesse catholiques : il fut responsable du mouvement « Cœurs vaillants », puis membre actif de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) qui soutenait le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

À partir de 1950, ayant obtenu une bourse, Brice Wong poursuivit ses études en France en classes préparatoires à Sainte-Geneviève à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines) où il contribua à implanter la JEC – malgré les réticences des pères jésuites responsables de l’établissement –, puis à l’École centrale des arts et manufactures de Paris dont il obtint le diplôme d’ingénieur en 1958. Il s’occupa alors des « cadets » de la JEC (jeunes de 11-14 ans) aux côtés de Michel de la Fournière, milita à l’UNEF et participa à des activités de l’aumônerie des jeunes délinquants (AJD), fondée par le père Michel Jaouen et devenue « amis de jeudi dimanche ». Il devint membre de l’équipe nationale de la JEC en 1955 et prit part aux débats qui conduisirent à la disparition de l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) et à la démission de l’équipe nationale de la JEC en 1957. Il participa alors à la fondation de l’Action catholique des grandes écoles (ACGE) et milita à l’Union des grandes écoles (UGE), syndicat associé à l’UNEF.

Envoyé en Algérie en pleine guerre pour son service militaire (1958-1960), il s’investit dans le service de formation des jeunes (SFJA) pour la construction et le démarrage d’un foyer de jeunes (garçons et filles) dans la cité d’urgence d’Orléansville (Algérie). Il milita également au sein du Mouvement des ingénieurs et chefs d’industrie d’action catholique (MICIAC) tout en agissant avec des jeunes du contingent et des civils contre les tortures et les répressions collectives.

En 1961, à son retour en France, Brice Wong fut embauché comme ingénieur par la Région d’équipement hydraulique « Alpes II » d’EDF au chantier du barrage de Roselend (Savoie) avec la responsabilité de la construction de la centrale des Sauces. De 1962 à 1965, il exerça, pour EDF, la responsabilité des travaux de reconnaissance puis du démarrage du barrage du Mont-Cenis (Savoie). Il avait adhéré à la CFTC dès son embauche, ce qui l’avait conduit à rappeler aux directions des entreprises, qui voulaient empêcher toute présence syndicale, les « accords grands barrages » signés par les entreprises de travaux publics sous le patronage d’EDF, après les grèves qu’avaient connues les chantiers du barrage de Tignes (1951) et de l’aménagement Isère-Arc (1954). À la suite de l’action conduite par Jean Bérard, permanent à l’Union départementale Savoie, et à l’adhésion à la CFTC de la majorité des 550 ouvriers du Mont-Cenis, une grève fut déclenchée pour la reconnaissance de la section syndicale en juillet 1964. La direction d’EDF voulut alors écarter Brice Wong de son poste, ce qui provoqua une nouvelle grève dans les entreprises jusqu’à sa réintégration. Parallèlement, il militait à l’Union locale CFTC de Modane (Savoie), particulièrement pour les droits des travailleurs immigrés et pour la transformation de la CFTC en CFDT. Il prit ainsi part avec les délégués des syndicats de Savoie au congrès d’évolution CFTC/CFDT de 1964.

De 1965 à 1987, Brice Wong travailla comme ingénieur au service des études de la Région d’équipement hydraulique EDF de Chambéry (Savoie) avec la mise en eau du barrage de Roselend (Savoie), la construction des barrages de la Gittaz, du Freney (Savoie) et de Vouglans (Jura) et les études du barrage de Villerest (Loire). Il conduisit également les études d’une quinzaine de projets de grands barrages équipés en stations de transfert d’énergie par pompage. Il prit part enfin à plusieurs missions de coopération avec le Japon et la Chine.

Pendant cette période, il apporta son expertise et son militantisme à l’Union départementale CFDT de Savoie. Membre de la commission politique de l’UD, il fut responsable de la commission économique et siégea au conseil de l’UD qu’il représenta au Comité d’expansion économique de la Savoie jusqu’en 1970. Il participa activement à Chambéry au mouvement de Mai 68, au soutien de la lutte LIP en 1973 contribuant à mettre en sécurité le « trésor de guerre » des stocks de montres, puis au soutien de la grève au « comptoir pharmaceutique de Savoie » en 1975. Lorsqu’à la suite de la grève des ouvriers immigrés du chantier de la ZUP de Chambéry en 1970, soutenue par la CFDT, le Comité de solidarité avec les travailleurs immigrés de Savoie (CSTIS) fut créé, il le présida jusqu’en 1981, avec notamment l’ouverture d’un foyer-refuge pour les jeunes maghrébines qui refusaient les mariages forcés.

En novembre 1987, constatant le peu de soutien de la direction générale d’EDF pour les projets hydrauliques et de sa nouvelle direction locale pour une coopération à long terme avec la Chine, il prit une retraite anticipée. Il fonda alors en 1988 l’Association franco-chinoise pour le développement de l’hydraulique qui devint en 1990 « Hydraulique sans frontières ». Il en fut le président jusqu’en 2005, en élargissant son champ d’intervention et en conduisant des projets hydrauliques et hydroélectriques dans plus de vingt pays des divers continents.

Brice Wong avait adhéré au PSU (1966 à 1975), militant notamment contre la guerre au Vietnam puis, après 1975, il avait participé au développement de la Ligue des droits de l’homme en Savoie. En 2002, il adhéra au PS. À la suite de la catastrophe de Fukushima (Japon) en 2011, il participa aux débats politiques sur le rôle de l’hydraulique et la contribution des stations de pompage pour sortir du « tout nucléaire » électrique en France. Il fut appelé par le Centre d’ingénierie hydraulique CIH-EDF de Chambéry à participer à la formation des jeunes ingénieurs.

Brice Wong s’était marié en 1959 avec Michèle Degand, diplômée HEC-JF, puis professeur. Leur couple donna naissance de 1960 à 1972 à sept enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140264, notice WONG Brice par Michel Rousselot, version mise en ligne le 6 avril 2012, dernière modification le 16 décembre 2014.

Par Michel Rousselot

SOURCES : Cadres CFDT, 378-379, juin-juillet 1997. — Entretiens avec Brice Wong (2011 et 2012). — Renseignements recueillis par Lucien Duguey.

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