MAZELIN Lucienne, Louise [née WOUTERS, puis CHAPPEY Lucienne]

Par Marc Giovaninetti

Née le 16 février 1918 à Paris (XIXe arr.), morte le 28 février 2005 au Relecq-Kerhuon (Finistère) ; employée de la fonction publique ; militante du PCF et de l’UFF ; membre du bureau de la Fédération de la Seine puis de Paris ; membre du comité central (1954-1964) ; secrétaire nationale de l’UFF ; conseillère municipale de Paris.

Lucienne Wouters était fille d’une ouvrière mécanicienne qui habitait à proximité de la Porte des Lilas à la même adresse qu’une mère et une tante blanchisseuse. Son père, François Chappey, plombier, ne la reconnut qu’un mois après sa naissance. L’enfant grandit dans cette famille ouvrière de très modeste condition. Le père n’était pas politisé, la mère non plus, sa sœur et son frère ne devaient pas l’être davantage. Elle vécut une enfance miséreuse, et ne continua pas ses études au-delà du certificat d’études.

Elle se maria au début de la guerre, en décembre 1939, avec un instituteur, René Mazelin ; mais l’engagement communiste du couple semble n’avoir débuté qu’après la Libération. Entre-temps, elle avait vécu l’exode vers le centre de la France, et lui exerça un certain temps dans la région de Limoges. Un fils, Claude, naquit en 1941. Un accouchement difficile, puis l’engagement militant dissuadèrent Lucienne Mazelin d’avoir d’autres enfants. La période de guerre ne laissa pas de traces d’engagement dans la Résistance, ni à la Libération aux Jeunesses communistes quand elles devinrent UJRF.

En 1947, Lucienne Mazelin fit son entrée au conseil municipal de Paris, troisième et dernière conseillère élue de sa liste du 6e secteur, le XVIIIe arrondissement où elle résidait, représenté par neuf conseillers. Pour toute la ville, les listes d’Union républicaine et résistante formées par le PCF comptaient 25 élus sur 90 conseillers, partout deuxièmes derrière les listes gaullistes. Lucienne Mazelin se déclarait alors comme employée au Ministère des finances. Elle avait obtenu près de 36 % des voix. Aux élections de 1953, placée en deuxième position derrière Louis Baillot, elle améliorait son score à 39 % et sa liste passait en tête dans son arrondissement avec quatre élus sur neuf. En 1959, les résultats communistes baissaient dans son secteur, la liste communiste n’obtenait plus que trois élus. Lucienne Mazelin avait participé à la campagne, mais ne s’était pas représentée.

Son intervention la plus remarquable au conseil parisien eut lieu le 19 novembre 1956. Tandis que la majorité y votait une proposition condamnant l’intervention militaire soviétique contre la Hongrie insurgée, elle essaya d’expliquer la position opposée de son parti. Le tumulte fut tel qu’il fallut interrompre la séance, et, fait rarissime, le conseil décida ensuite que son intervention ne figurerait pas au Bulletin municipal officiel. Au titre de conseillère, elle présida aussi de nombreuses réunions de quartier ; par exemple en 1958, quand le PCF se décida à promouvoir le refus de certains jeunes communistes à combattre en Algérie, elle soutint l’un d’eux qui habitait son arrondissement.

En décembre 1951, le nom de Lucienne Mazelin apparaît parmi les dix-huit membres du bureau de la fédération de la Seine du PCF élus à sa 5e conférence à Montreuil, sous la direction de Raymond Guyot. Son mari l’avait précédé au comité fédéral dès la 3e Conférence, en mars 1949, mais ne s’était pas attardé dans cette instance ; pour elle, ce fut le contraire. Lors de sa promotion en 1951, elles n’étaient que quatre femmes au bureau, sur dix-huit membres, dont Madeleine Vincent*, membre du secrétariat fédéral. Lucienne Mazelin fut reconduite au même niveau de responsabilité aux conférences fédérales suivantes, y compris quand la fédération se « décentralisa » en 1953 ; elle se rattacha alors à la nouvelle fédération de Paris, toujours dirigée par Raymond Guyot. Les femmes restaient représentées en nombre extrêmement restreint au bureau fédéral : lors de la conférence de décentralisation, Lucienne Mazelin était la seule, puis elles ne dépassèrent pas trois membres sur seize. À chaque fois, Lucienne Mazelin avait particulièrement en charge les questions féminines. Son retrait commença en 1959, à la Ve Conférence de la Fédération de Paris, où elle fut seulement élue au comité fédéral, et en 1961, elle disparut de l’instance.

En même temps, Lucienne Mazelin était une responsable active et importante de l’Union des femmes françaises : secrétaire départementale pour la Seine, et membre à ce titre du bureau directeur de cette « organisation de masse » présidée par la « compagne de route » du PCF, Eugénie Cotton, dont Claudine Chomat occupait le poste de secrétaire générale, mais où Jeannette Vermeersch (une vice–présidente) exerçait la véritable tutelle. Clairement, Lucienne Mazelin apparaissait comme un très fidèle relais militant de l’épouse de Maurice Thorez, et les deux femmes étaient en effet décrites comme très liées. Est-ce cet appui qui valut à Lucienne Mazelin son ascension dans les organes dirigeants du PCF ?

Au 13e congrès du PCF, en juin 1954 à Ivry-sur-Seine, Lucienne Mazelin, archétype de ces cadres féminins du PCF, fut promue au comité central comme suppléante, et titularisée au congrès suivant, en juillet 1956 au Havre. Elle fut reconduite dans ces fonctions jusqu’au 17e congrès en mai 1964. Sa trace se suit alors plus distinctement par ses interventions régulières aux sessions de l’instance ou par ses articles dans les organes dirigeants. Au CC, elle était la porte-parole des questions féminines, en s’exprimant comme la plupart de ses camarades sur un ton très monocorde. Dans un article paru juste avant le congrès dans l’Humanité, elle dénonçait la vie chère et la guerre d’Algérie, mais en s’en prenant au ministre Paul Ramadier plutôt qu’au président du Conseil Guy Mollet que le PCF avait soutenu quelques mois auparavant. Elle y défendait une conception très traditionnelle de la féminité, selon laquelle « les femmes s’efforcent, comme toujours, d’être avec leurs compagnons, d’aider à organiser l’action ».

Ses positions n’indiquaient pas en effet la moindre variation par rapport à la ligne imposée par l’équipe dirigeante, que ce fût sur la question pourtant controversée du rejet du planning familial qui « trompe les femmes », disait-elle, sur les remous provoqués par le rapport de Khrouchtchev au 20e congrès du PCUS – elle s’exprima alors juste après Jeannette Vermeersch pour condamner les réticences de Pierre Courtade à la session de juillet 1957 –, sur les « dangers du réarmement allemand » qu’elle estimait, après Raymond Guyot, « trop pris à la légère », ou sur l’action des femmes contre la guerre d’Algérie. A ce propos, un article signé d’elle dans la revue du comité central les Cahiers du communisme, portait des sous-titres révélateurs de cette conception qui liait féminisme (ou plutôt féminité), lutte sociale et pacifisme : « L’amour maternel, puissant levier pour la lutte des femmes » ou « Les femmes haïssent la guerre ». On l’entendit également se prononcer lors du CC qui condamnait Laurent Casanova*, Marcel Servin* et Maurice Kriegel-Valrimont*.

Toutefois, elle n’hésitait pas quand le besoin s’en faisait sentir à poser des questions qui faisaient débat à l’intérieur du PCF, par exemple « l’Union des Femmes françaises est-elle indispensable ? » – elle répondait oui naturellement –, ou à faire état des difficultés de la revue Heures claires, dont la fusion avec Femmes françaises, rendue obligée par les difficultés financières traversées par le parti à la fin des années 1950, ne résolvait pas l’inquiétant déficit.

Lucienne Mazelin était une des principales organisatrices et animatrices des journées, conférences ou congrès de femmes en région parisienne. Citons au moins, en février 1954 la Journée d’étude sur le travail du Parti parmi les femmes, qui réunit sous l’égide de la fédération de Paris 1238 délégués dont 1102 femmes (elle faisait suite aux Journées nationales d’étude organisées à Montreuil l’année précédente, dont elle vantait la brochure qu’en avait tirée Jeannette Vermeersch) ; en novembre 1954, le 5e congrès de l’Union des Femmes françaises à Asnières ; en février 1955 la Journée nationale des femmes pour le désarmement organisée à Paris ; en février 1957, encore les Journées nationales du travail du parti parmi les femmes à Montreuil ; en mai 1957, le 6e congrès de l’UFF, dont elle faisait un compte rendu dans les Cahiers du communisme

Sa non réélection au comité central en 1964 n’était apparemment pas à mettre en relation avec une prise de distance de l’action militante ou avec une divergence d’aucune sorte. Elle continuait à se montrer fort active à l’UFF, et sa petite-fille, née en 1964, se souvient l’avoir plusieurs fois accompagnée au nouveau siège du Colonel Fabien pour assister à son travail de bureau, voire même l’aider dans la découpe d’articles de journaux. D’ailleurs, elle resta membre du comité directeur de l’UFF au moins jusqu’au début des années 1970, puisqu’elle y était toujours élue, parmi vingt-quatre membres, au 10e congrès du début du mois de mai 1968. Cependant, les personnalités féminines de pointe restaient la secrétaire générale Yvonne Dumont, et deux des vice-présidentes, Jeannette Vermeersch et Marie-Claude Vaillant-Couturier. Les responsabilités de Lucienne Mazelin semblent avoir culminé avec sa nomination au poste de secrétaire à l’organisation, derrière Yvonne Dumont, lors du 6e congrès, en mai 1957. Au congrès suivant, en novembre 1960, elle était maintenue au secrétariat, mais plus anonymement, parmi cinq autres ; elle était alors directrice de la revue de l’organisation, Heures claires.

Lucienne Mazelin participait alors à de nombreuses délégations dans des pays est-européens, RDA, URSS, Hongrie, et jusqu’en Asie, Chine ou Vietnam. Dès juillet 1954, par exemple, elle rendit compte de son déplacement à Berlin-Est, à la tête d’une délégation française de quatre membres au « Congrès des femmes démocratiques allemandes », dont elle vantait en rentrant la magnificence et le gigantisme (4 000 déléguées).

En 1975 encore, elle cosignait avec deux autres auteurs un article intitulé « Les conséquences sociales de la crise : quelques points de repère », dans la revue Économie et politique ; elle s’appliquait à y démontrer la baisse du pouvoir d’achat de la ménagère française.

Lucienne Mazelin resta membre du PCF jusqu’au bout, davantage occupée par des questions féminines que strictement politiques. Son fils Claude fut également militant communiste, sans toutefois exercer d’aussi hautes responsabilités que sa mère.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140130, notice MAZELIN Lucienne, Louise [née WOUTERS, puis CHAPPEY Lucienne] par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 11 avril 2012, dernière modification le 29 avril 2013.

Par Marc Giovaninetti

SOURCES : Archives du PCF : Section du travail parmi les femmes du PCF, brochures 261 J 9/ 3 ; Comptes-rendus des conférences de la Fédération de la Seine et de la Fédération de Paris du PCF, brochures Notre bulletin ; Secrétariat du 4 novembre 1955 ; enregistrements sonores des sessions du comité central. — Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris. — Archives du RGASPI, Moscou, dossier personnel 495 270 3833, quatre feuillets seulement, dont aucun biographique. — Femmes françaises, 1952-1957, puis Heures claires des femmes françaises à partir de 1957. — France nouvelle, n° 437, 30 avril 1954. — Cahiers du Communisme : n° 6, juin 1957 « Après le VIe Congrès de l’Union des Femmes françaises » ; n° 11, novembre 1957, « Les femmes unies contre la misère et la guerre ». — L’Humanité, article « À qui la faute ? », 24 juillet 1956 ; février et mars 1959, campagne pour les élections municipales. — Économie et politique, n° 248, mars 1975, « Les conséquences sociales de la crise : quelques points de repère ». — Philippe Nivet, Le Conseil municipal de Paris de 1944 à 1977, Publications de la Sorbonne, 1994. — Annie Kriegel*, Ce que j’ai cru comprendre, Robert Laffont, 1991. — Entretien téléphonique et échange de courriels avec Isabelle Mazelin, 2012. — État-civil.

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