LUNEAU Maurice

Par Michel Rousselot

Né le 31 décembre 1923 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 11 avril 1984 à Paris (XIIe arr.) ; ingénieur à EDF ; syndicaliste CFDT, vice-président de la Fédération Gaz-Électricité FGE-CFTC puis CFDT (1960-1967), président de l’Union confédérale des ingénieurs et cadres UCC-CFDT (1969-1978) ; membre du conseil d’administration d’EDF (1968-1973) ; membre du Conseil économique et social (1969-1979).

Fils d’Emmanuel Luneau, clerc de notaire, et de Marguerite Gauthier, Maurice Luneau était le troisième d’une lignée de sept garçons (le premier né en 1920, le dernier en 1940). Toute son enfance se déroula dans la région nantaise dans un milieu familial aux revenus limités, et dont les valeurs chrétiennes étaient très affirmées. Deux de ses frères devinrent prêtres (l’un dans l’ordre dominicain, l’autre dans celui des oblats de Marie).

Après l’école primaire, Maurice Luneau poursuivit des études secondaires à l’Institut catholique professionnel La Jolivrie à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), puis intégra l’École nationale de la Marine marchande où il obtint, fin 1941, le diplôme d’officier mécanicien. Il fut embauché en 1942 à la Société nantaise d’électricité. Il servit ensuite dans la Marine nationale comme ingénieur mécanicien et participa vraisemblablement à la libération de Toulon (Var) en août 1944. Toujours sous les drapeaux, il se maria à Roubaix (Nord) en avril 1946 avec Marie-Thérèse Herbaux, avec laquelle il eut, entre 1947 et 1962, sept enfants.

Rendu à la vie civile, Maurice Luneau entra en 1946 à Nantes au service des mouvements d’énergie d’EDF – récemment nationalisée – et occupa différents postes dans l’ouest du pays : Cholet (Maine-et-Loire), Pontchâteau (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), Laigle (Orne). Il bénéficia de la « promotion ouvrière » interne à EDF et, en 1955, il fut nommé ingénieur, à Lille (Nord).

Dès 1947, Maurice Luneau adhéra au syndicat CFTC d’EDF à Nantes. Son activité syndicale locale le conduisit rapidement à prendre des responsabilités et à être élu, en avril 1960, au comité directeur fédéral lors du XVIIIe congrès de la Fédération nationale des syndicats du personnel des industries électriques et gazières, le secrétaire général étant Yves Morel*. Il siégea alors au Bureau fédéral et fut élu, en juin 1960, vice-président de la Fédération. Au cours de l’année 1963, il participa à de nombreuses réunions dans le pays à l’occasion des congrès des Unions régionales CFTC d’EDF-GDF pour animer les débats et soutenir l’évolution de la CFTC en CFDT qu’entérina le congrès confédéral extraordinaire de novembre 1964.

Cette même année, Maurice Luneau avait été nommé ingénieur à la direction de l’équipement d’EDF à Paris, ce qui avait conduit sa famille à s’installer à Ermont-Eaubonne (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Il continua à exercer sa fonction syndicale de vice-président de la fédération (qui prit, début 1968, le nom de Fédération gaz électricité-FGE-CFDT) jusqu’en avril 1970 (XXIIe congrès), puis ne fut plus que membre du comité directeur fédéral jusqu’en 1973.

Étant chargé du secteur des cadres de la fédération, Maurice Luneau conduisit des débats et prit dans la fédération diverses initiatives pour le développement syndical parmi les cadres. C’est ainsi qu’il créa dès 1960 un « groupe d’études cadres » et lança en 1961 un bulletin spécialement destiné à ces adhérents qui se transforma, à partir de 1964, en pages spécifiques insérées dans le journal Cadres et professions (journal de la Fédération française des syndicats d’ingénieurs et cadres FFSIC-CFDT). Il les représenta auprès des directions nationales d’EDF et de GDF et, à partir de 1965, fut notamment nommé « suppléant spécial pour les cadres » à la Commission supérieure nationale du personnel d’EDF-GDF. Au sein de la FGE-CFDT, il participa activement à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique fédérale, plus particulièrement dans les domaines économique et énergétique. Il joua un rôle déterminant dans la politique salariale en vue d’un rattrapage des salaires du secteur public. Après les débats du congrès fédéral de 1962, il présenta, au Comité directeur fédéral en 1963, un projet de « contrat de progrès », en vue de négociations pour se libérer de la tutelle du ministère des Finances avec la perspective d’une progression plus rapide des bas salaires. Aux côtés de René Decaillon, nouveau secrétaire général de la fédération, Maurice Luneau s’impliqua dans les discussions qui suivirent avec les directions nationales d’EDF et de GDF et avec le gouvernement notamment lors des missions confiées successivement par le gouvernement aux conseillers d’État Jean Toutée et Roger Grégoire. Ce fut après le mouvement social de Mai 68, après de nouvelles négociations et de nouvelles grèves que ce processus, soutenu par Jacques Delors, alors conseiller social du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, aboutit à la signature d’une convention salariale pour EDF-GDF, fin 1969, par quatre des cinq fédérations d’EDF-GDF (CFDT, FO, CFTC et UNCM). Cette signature fut controversée, y compris au sein d’autres fédérations CFDT. La Fédération CGT de l’Énergie s’y opposa par un référendum parmi les agents des entreprises, puis en signa l’avenant d’application pour l’année suivante. De plus, Maurice Luneau, qui siégeait à partir de 1964 à la Commission de l’énergie du Ve Plan (1966-1970), représenta la fédération CFDT au sein du conseil d’administration d’EDF de 1968 à 1973.

Sa responsabilité des cadres CFDT d’EDF et de GDF l’amena à militer pour l’établissement d’une organisation commune avec les cadres des autres secteurs. Il fut à l’initiative de ce débat au sein de la Fédération des industries électriques et gazières et il prit part aux discussions avec les autres fédérations. C’est ainsi qu’il fut un acteur décisif de la constitution de l’Union confédérale des ingénieurs et cadres UCC-CFDT regroupant les cadres des secteurs privés (issus de la Fédération française des syndicats d’ingénieurs et cadres FFSIC-CFDT) et publics (notamment PTT, Cheminots et EDF-GDF). Lors de la création de l’UCC-CFDT, en 1967, il fut élu vice-président aux côtés de François Lagandré, président, et de Roger Faist*, secrétaire général. Il en assura la présidence à partir du congrès de 1969 jusqu’à celui de 1978, avec Pierre Vanlerenberghe* comme secrétaire général à partir de 1975. Pendant cette période, il prit part aux débats relatifs à l’autogestion et à la mise en œuvre des propositions de l’UCC concernant le management des entreprises, la réduction de l’éventail des salaires, et la création de comités d’entreprise au niveau des groupes et des holdings. Cette dernière initiative, formulée par l’UCC en 1974, retenue en 1975 par le rapport de Pierre Sudreau sur la réforme de l’entreprise, fut traduite dans la législation française en 1982 puis dans la législation européenne en 1994 sous la dénomination de comités d’entreprises européens. Alors que le travail international effectué par la FFSIC s’était étiolé après la création de l’UCC en 1967, Maurice Luneau remit ces questions à l’ordre du jour à partir de 1975. Il publia de nombreux articles dans la revue Cadres et professions (qui avait succédé au journal du même nom en 1969 et qui devint Cadres-CFDT en 1976) sur des sujets économiques, sociaux ou politiques.

Membre du Conseil économique et social de 1969 à 1979, il siégea à la section de l’industrie et du commerce (1969-1979) et à la section des économies régionales et de l’aménagement du territoire (1975-1979). À la suite du rapport « Sudreau », il prit part en 1975 aux travaux du Conseil sur la réforme de l’entreprise et fit adopter deux rapports qu’il présenta : le premier en 1978 sur les énergies nouvelles et l’environnement, le second en 1979 sur les industries du cinéma.

À partir de 1973, Maurice Luneau reprit une activité professionnelle à la direction de l’équipement d’EDF tout en conservant ses mandats au Groupe de travail cadres de la FGE-CFDT, à l’UCC-CFDT et au Conseil économique et social. Auditeur de l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), il en suivit la session de 1976-1977.

Ses convictions chrétiennes le conduisirent à participer à la vie paroissiale et, pendant plusieurs années, à participer avec son épouse au mouvement Vie Nouvelle dont ils furent responsables à Ermont-Eaubonne. Il prit également part à l’association Le Nid pour la réinsertion des femmes quittant la rue et, après sa retraite, à une association œuvrant pour la réinsertion des jeunes délinquants.

Lors de sa retraite en 1980, il souhaita s’installer avec son épouse dans un village des bords de Loire où il s’impliqua dans la vie municipale. C’est ainsi qu’il fut maire (sans étiquette politique) de Saint-Martin-sur-Ocre (Loiret) de 1983 jusqu’à sa mort à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Il fut enterré au cimetière de Saint-Martin-sur-Ocre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140126, notice LUNEAU Maurice par Michel Rousselot, version mise en ligne le 1er avril 2012, dernière modification le 14 août 2013.

Par Michel Rousselot

ŒUVRE : Les énergies nouvelles et les utilisations nouvelles de l’énergie, moyens d’améliorer l’approvisionnement énergétique et de préserver l’environnement, rapport adopté par le Conseil économique et social, 1978. — Les perspectives des industries françaises du cinéma, rapport adopté par le Conseil économique et social, 1979. — Les énergies nouvelles, qu’en espérer ?, Paris, La documentation française, 1981.

SOURCES : Arch. UCC-CFDT. — Arch. FGE-CFDT. — Arch. Conseil économique, social et environnemental. — Renseignements communiqués par ses frères et ses enfants.

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