LOEFFLER Louis [LOEFFLER Guillaume, Laurent, Louis]

Par Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss

Né le 24 décembre 1890 à Paris (XXe arr.), mort le 23 novembre 1982 à Bischwiller (Bas-Rhin) ; mécanicien à Bischwiller (Basse-Alsace annexée, puis Bas-Rhin) ; social-démocrate en Allemagne, socialiste SFIO puis communiste ; maire de Bischwiller de 1935 à 1940, puis de 1945 à 1959 ; emprisonné en 1940, puis déporté de 1942 à 1945 ; exclu du PCF en 1947.

Fils de Louis Loeffler, maître peintre, et de Léonie Beck, Louis Loeffler naquit à Paris où ses parents, patriotes français, s’étaient expatriés volontairement après l’annexion de 1871. C’était une famille de catholiques non pratiquants. Lorsque ses parents cherchèrent à rentrer en Alsace annexée, les autorités allemandes leur signifièrent qu’ils étaient interdits de séjour à Strasbourg. Ils purent toutefois s’installer à Kehl, de l’autre côté du pont sur le Rhin, en face de Strasbourg, où leurs trois enfants, qui y faisaient leurs études et habitaient chez leurs grands-parents, pouvaient venir les voir facilement. Les deux parents moururent jeunes. Les grands parents assurèrent alors l’éducation de leurs petits enfants. Louis Loeffler fit ses études au Gymnasium Saint-Jean, à Strasbourg, jusqu’au certificat d’études secondaires allemand (mittlere Reife), qui permettait de réduire le service militaire à un an dans des conditions privilégiées (Einjährige). Il devint ensuite, en 1906, apprenti mécanicien aux Établissements Schoenborn à Bischwiller. Il obtint le brevet de compagnon en 1909 et partit à l’étranger.

Il fit son service militaire dans la marine allemande au sein du 5° régiment de matelots. Il y rencontra des révolutionnaires et entra au Parti social-démocrate. Il fut mobilisé dès le début de la guerre et traduit en conseil de guerre en 1917 . En novembre 1918, il participa à la révolte des marins de Kiel et revint avec un groupe d’entre-eux à Strasbourg, où ils participèrent au bref mouvement révolutionnaire jusqu’à l’arrivée des Français .

Il se maria à Bischwiller le 25 mai 1919 à Louise Fréchard. Il trouva un emploi de mécanicien dans la sidérurgie à Rombas (Moselle). En 1920, au moment des grandes grèves, il fut emprisonné pour fait de grève, puis transféré à la prison de Colmar. À sa sortie de prison, il revint comme mécanicien à Bischwiller.

Socialiste SFIO, Louis Loeffler fit partie des membres fondateurs du Parti communiste dans le Bas-Rhin en 1921. Il se révéla un très bon orateur en français et en allemand. Il entra au conseil municipal de Bischwiller en 1929 et devint maire de cette ville le 16 mai 1935, porté par la liste d’union de l’Einheitsfront, qui comprenait trois communistes et dix socialistes. Les maires n’étant pas rémunérés à cette époque, sa femme se fit gérante d’un restaurant, le Café central, pour subvenir aux besoins du ménage, qui cmptait deux enfants. À l’époque du Front populaire, Bischwiller était le deuxième centre industriel du Bas-Rhin, grâce à une industrie développée dans le textile, la chaussure et la mécanique. Le mouvement y fut fort, les grèves et occupations d’usines nombreuses. Le maire organisa des repas populaires pour les grévistes et s’attacha aux problèmes sociaux de sa ville. Selon le poète franco-israélien Claude Vigée, originaire de Bischwiller, « le nouveau maire, qui était un tribun-né, faisait de longs discours enflammés à tous les coins de rue. Monté sur un escabeau ou sur un cageot d’épicier vide, il soulevait l’enthousiasme des foules en grève. (...) Tous les samedis matin, le maire Louis Loeffler, entouré de ses principaux partisans (...) parcourait le marché public de la Grand-Rue, réquisitionnant d’importantes quantités de nourriture destinée aux grévistes. » Louis Loeffler négocia en 1939 avec les autorités françaises que sa ville ne soit pas évacuée en cas de guerre bien qu’elle se trouvât à moins de 15 km de la frontière allemande. Le 2 avril 1940, il fut démis de ses fonctions de maire par le tribunal administratif de Strasbourg, pour avoir refusé de condamner le Pacte germano-soviétique.

Après la défaite française et l’annexion de fait, Louis Loeffler fut arrêté par la Wehrmacht sur un ordre venu de Berlin. Emprisonné à Karlsruhe, il partagea la cellule du préfet du Bas-Rhin, André Viguié du 8 juillet au 29 août 1940. Il fut ensuite autorisé à rejoindre Bischwiller. En 1942, il refusa d’obéir à l’ordre nazi de se rendre au travail forcé sur un terrain d’aviation à Ingolstadt (Bavière). La Gestapo l’arrêta, l’emprisonna à Strasbourg et, ayant réalisé qui il était, le transféra le lendemain, 13 juillet 1942, au camp de sûreté de Schirmeck (Bas-Rhin), dans la baraque des prisonniers politiques. Au moment de la fermeture de ce camp devant l’avance des alliés, le 31 octobre 1944, il fut envoyé au camp de Gaggenau (Bade). Le 17 avril 1945, il fut libéré par les Américains.

À son retour à Bischwiller, Louis Loeffler fut réintégré comme maire par arrêté préfectoral, le 14 mai 1945. Il devint président du Comité de Libération. Il se présenta aux élections cantonales de septembre 1945 mais fut battu bien qu’étant arrivé en tête au premier tour. Il fut réélu maire en septembre 1945, sur la liste d’Union démocratique et socialiste de la Résistance, réélu en octobre 1947 sur une liste d’alliance PCF-SFIO-MRP. Il fut exclu du PCF pour cette raison, en même temps que Charles Oster*, maire de Lingolsheim. Marcel Rosenblatt*, secrétaire fédéral et député, organisa les exclusions. Louis Loeffler, même exclu, resta fidèle à l’idéologie marxiste.

Louis Loeffler eut la charge de diriger la reconstruction de la cité sinistrée par les bombardements. Il fit aussi porter les efforts de la municipalité sur la construction d’un centre d’apprentissage et d’une école maternelle.

Après le procès de Bordeaux, où furent jugés les Alsaciens incorporés de force dans la Waffen-SS qui avaient participé au massacre d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), parmi lesquels se trouvaient deux jeunes gens de Bischwiller, il estima que la France avait épargné les Allemands responsables du carnage et refusa désormais toute visite en Allemagne voisine. Il fut réélu maire en 1953 mais battu en 1959 par l’UNR Paul Kauss. Il se retira alors de la vie politique. Pour signifier qu’il n’avait tiré aucun profit personnel de ses mandats successifs, il se contenta de dire en plaisantant : « Je suis venu en bicyclette, je repars en bicyclette ».

Louis Loeffler mourut accidentellement d’asphyxie, à quatre-vingt-douze ans. Son épouse succomba, elle aussi, des suites de cet accident domestique, après un coma de dix mois. Il avait refusé la Légion d’honneur et la médaille de la Résistance, estimant qu’elles étaient galvaudées, mais accepta d’être fait chevalier du Mérite social en 1947.

Le couple avait eu deux enfants et en avait adopté un troisième. La fille aînée, Suzanne, devint militante communiste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article140095, notice LOEFFLER Louis [LOEFFLER Guillaume, Laurent, Louis] par Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss, version mise en ligne le 1er avril 2012, dernière modification le 26 avril 2013.

Par Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss

SOURCES : Arch. Nat. F7/13090,13130. — Arch. Dép. Bas-Rhin, 544D3,5,7. — Arch. du Monde combattant, Caen, : Fichier d’habillement du camp de Schirmeck. — DBMOF. — Nouveau dictionnaire de Biographie alsacienne, p. 2410 (avec une bibliographie). — Entretien de Marie-Claude Richez avec Roger Strelbicki. — Entretien de Françoise Olivier-Utard avec Suzanne Grewisse, fille de Louis Loeffler.

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