PARSONS Olive

Par Elen Cocaign (octobre 2011)

Née le 14 mars 1892 à Londres – Morte le 16 mars 1996 à Londres. Fondatrice et gérante de la librairie Collet’s, membre du Parti Communiste de Grande-Bretagne.

Olive Parsons naît à Londres en 1892, dans une famille juive de la classe moyenne aisée. Son grand-père maternel, devenu banquier après avoir immigré en Angleterre, a été élu député de la circonscription de Whitechapel, à Londres – il accède à la pairie pendant l’enfance de sa petite-fille. Les parents d’Olive sont cousins. Son père appartient également au monde de la banque.

Son oncle maternel, Edwin Montagu, député du Parti libéral dans le Cambridgeshire, proche d’Asquith, obtient en 1911 l’entrée de la jeune fille au Girton College de Cambridge. Elle étudie le français et l’anglais et fréquente un cercle féministe et suffragiste très actif, sans pour autant participer aux grandes manifestations organisées à Londres, de peur de déplaire à sa famille.

La guerre entraine l’interruption de ses études et, comme son amie de Girton Margaret Postgate (future femme de G.D.H. Cole) avec qui elle a découvert la pensée socialiste, elle s’inscrit à la London School of Economics en 1915. Elle y rencontre Eva Reckitt, avec qui elle vit pendant quelques années (les deux femmes entretiennent leur vie durant un rapport ambigu et sont considérées par nombres de leurs contemporains comme un couple). Toutes deux se rapprochent des Fabiens et entrent au Labour Research Department, le centre de recherche que ceux-ci ont mis en place pour répondre aux demandes des syndicats.

Les parents de la jeune fille tentent de l’éloigner du milieu dans lequel elle évolue en l’envoyant au Canada pendant quelques mois mais, après son retour, en 1925, elle épouse Henry Parsons, jeune communiste radical qui travaille alors comme secrétaire au sein du Labour Research Department. Olive, communiste convaincue, ne rejoint pourtant le Parti Communiste de Grande-Bretagne que tardivement, en 1937 pour éviter d’entrer en conflit ouvert avec sa famille et parce que, mère d’enfants en bas âge, elle ne peut consacrer au travail pour le parti le temps requis.

À partir de 1934, à la demande de Harry Pollitt, elle participe à la création de la librairie Collet’s. Financée par Eva Reckitt, cette librairie devient le symbole du changement de ligne du Parti Communiste, de son engagement en faveur de la constitution d’un Front Populaire.

Olive Parsons consacre une grande partie de son temps à cette entreprise et, selon les besoins, elle travaille dans les boutiques qui s’implantent peu à peu à Londres et dans quelques grandes villes (Glasgow, Manchester, Cardiff dans les années 1930, puis Hull ou Peterborough dans les années 1950). Le succès de ces librairies est immédiat : dans un contexte international tendu, il existe une demande croissante pour les livres engagés, anti-fascistes, produits par les éditeurs novateurs que sont Victor Gollancz ou Allen Lane. Collet’s devient un rouage essentiel dans le circuit de diffusion des idées de gauche, à un moment où le monde de la librairie exerce sur elles une étroite censure.

Les deux femmes qui dirigent l’entreprise font un effort tout particulier pour attirer de nouveaux types de lecteurs dans leurs boutiques – elles en font des lieux vivants et ouverts, à l’opposé de l’image traditionnelle de la librairie, froide et réservée à une élite.

Olive et son mari sont par ailleurs très proches de Harry Pollitt. À la fin des années 1930, Olive lui tient parfois lieu de chauffeur, tandis que Henry lui sert de garde du corps lors des meetings. Après avoir travaillé comme éditeur au sein de la maison d’édition Lawrence and Wishart, et comme journaliste au Daily Worker, Henry Parsons prend la tête du Labour Research Department à la fin des années 1930 (Harry Pollitt refuse son départ pour l’Espagne, le jugeant trop précieux pour le parti) – Olive l’accompagne dès lors dans ses déplacements et réunions avec les syndicats.

Après la guerre, comme Eva Reckitt, elle se désengage peu à peu de la gestion quotidienne des boutiques, tout en restant attentive à leur évolution. Les librairies connaissent un second âge d’or pendant les années de Guerre Froide ; elles sont en effet l’un des seuls lieux de distribution des ouvrages publiés dans les pays du bloc communiste : universitaires et étudiants britanniques, mais également américains et japonais, ont recours à leurs services.

Après la mort de son mari en 1968, Olive Parsons assiste à la normalisation progressive de Collet’s, que symbolise l’ouverture, concomitante avec la mort d’Eva Reckitt, d’un immense International Bookshop, librairie où les livres de jardinage voisinent avec les tee-shirts. Elle dit à ce propos : « Ils ont mis tous les trucs socialistes et communistes en bas. Les seuls gens qui descendaient étaient ceux qui connaissaient déjà ces choses là. On ne pouvait pas attirer de nouvelles personnes comme ça. »

La demande de livres engagés à gauche tend à faiblir et les librairies Collet’s n’ont plus le monopole de la distribution de ce type d’ouvrages. Elles renouent un temps avec leur réputation sulfureuse lorsqu’elles sont la cible d’attentats en 1988 et 1989, suite à la mise en vente des Versets Sataniques de Salman Rushdie.

Olive Parsons assiste ensuite à la disparition de l’entreprise qu’elle a contribué à créer et pour laquelle ses enfants et son petit-fils Damian ont un temps travaillé. En 1993, Collet’s est touchée de plein fouet par la banqueroute de l’agence soviétique d’import-export, provoquée par la chute de l’U.R.S.S – les dernières boutiques ferment.

Sa vie durant, Olive Parsons est restée membre du Parti Communiste, tout en se montrant critique à son égard lors des périodes de crise (lors de la signature du Pacte Germano-Soviétique, ou au moment des interventions soviétiques dans les pays de l’Est).

Elle meurt en 1996, à 104 ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article139978, notice PARSONS Olive par Elen Cocaign (octobre 2011), version mise en ligne le 21 mars 2012, dernière modification le 5 août 2016.

Par Elen Cocaign (octobre 2011)

Archives
PRO KV2/1369-1375
Sources
Book Trade Lives British Library :
John Prime
Maureen Condon
Olive Parsons
« Collet’s – the first fifty years », 1984
The Guardian, 27 août 1993, p.2
The Guardian, 23 août 1976, p.9
R. Samuel, History Workshop, 2, automne 76, pp.238-9
J. Saville, « Reckitt, Eva Collet », Dictionary of Labour Biography, volume 9, pp.239-44
M. Worley « Reckitt, Eva », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford, Oxford University Press, 2004

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