SIMCOX, Edith Jemima

Par Marie Terrier (nouvelle notice, janvier 2012)

Née le 21 août 1844 (Londres), décédée le 19 septembre 1901 (Londres) ; syndicaliste et écrivain féministe.

Edith Simcox naquit en 1844 dans une famille éduquée des classes moyennes supérieures. Son père, George Price Simcox, était commerçant. Avec sa femme, Jemima (née Haslope), ils eurent deux fils et une fille. Les deux frères aînés d’Edith firent leurs études à Oxford. Edith s’intéressait pour sa part à la philosophie et apprit à domicile le français et l’allemand, mais également le latin, le grec, l’italien et l’espagnol.

Edith Simcox s’impliqua très tôt dans divers mouvements qui visaient à améliorer le statut politique et social des femmes. Elle rejoignit la Women’s Protective and Provident League (Ligue féminine de protection et de prévoyance – WPPL) fondée par Emma Paterson, en 1874, et participa au développement de ses activités de propagande en faveur du syndicalisme féminin. Elle joua un rôle dans la fondation de nombreux syndicats féminins. Au Trades Union Congress (congrès de la fédération des syndicats anglais - TUC) de Glasgow, en octobre 1875, elle fut l’une des deux premières femmes à siéger dans cette institution. Elle représentait un syndicat qu’elle avait fondé, la Society of Women Shirt and Collar Makers (Société des ouvrières en fabrication de chemises et collerettes). Dans son discours au TUC, elle défendit l’idée d’une rémunération égale pour les hommes et les femmes et ne s’opposa pas (contrairement à Emma Paterson) au renforcement des lois qui protégeaient les travailleuses. Même si ses activités ne se cantonnèrent pas à la WPPL, Edith Simcox collaborait activement à ses activités et écrivait pour son journal, le Women’s Union Journal.

Edith Simcox joua également un rôle dans mouvement coopératif. En 1875 elle fonda l’entreprise Hamilton and Company, avec son amie, Mary Hamilton. Cette petite coopérative employait des femmes qui produisaient des chemises et des collerettes dans le quartier de Soho, à Londres. Edith Simcox, qui supervisait le travail au quotidien et gérait une partie du travail administratif, se révéla une femme d’affaires efficace et soucieuse du bien-être des ouvrières. En 1884, alors qu’elle venait de revendre ses actions et de se retirer de l’entreprise, elle relata son expérience dans un article intitulé « Eight Years in Co-operative Shirtmaking  » (« Huit ans dans la fabrication coopérative de chemises ») afin de montrer que les femmes étaient capables de diriger correctement une entreprise.

Syndicaliste et coopératrice, Edith Simcox évoluait également dans les milieux de l’aile radicale du parti libéral. De 1879 à 1882, elle siégea, en tant qu’élue, au London School Board (l’institution chargée de gérer les écoles publiques), avec un programme radical. Elle milita en faveur d’une éducation élémentaire laïque, obligatoire et gratuite, et participa activement aux activités de cette institution (rédaction de rapports, visites d’écoles, travail en commission, etc.)

Dans les années 1880, Simcox prit part à divers mouvements réformistes. En 1884, elle participa à la conférence en faveur de droit de vote féminin, au St James Hall, à Londres. En 1885, elle fit un discours à l’Industrial Remuneration Conference intitulé « Loss and Gain of the Working Classes during the Nineteenth Century  » (« Les Gains et les pertes des classes laborieuses au cours du XIXe siècle »). Elle demandait une réforme profonde des théories et des pratiques économiques, souhaitant notamment que le principe de coopération remplace le principe de concurrence. Malgré une critique cinglante du système capitaliste, il ne semble pas que Simcox devint socialiste, ce qui ne l’empêcha pas de donner des conférences dans des groupes socialistes. Ainsi, au début de l’année 1886, elle s’exprima à la Fabian Society sur « Socialism and Political Liberty  » (« Socialisme et liberté politique) ». Malgré son attachement au parti libéral, elle se déclara en faveur de l’intervention de l’État, afin de lutter contre les injustices sociales. Elle soulignait ainsi les convergences entre socialisme et libéralisme politique, tout en mettant en garde ses collègues fabiens contre les potentielles dérives liberticides du programme socialiste. En mai 1886, elle fut invitée, par William Morris (avec qui elle était en contact depuis le début des années 1880), à donner une conférence à la Socialist League.

Simcox s’impliquait dans le mouvement syndical en Angleterre, avec la WPPL, et avec le TUC, mais également à l’étranger, siégeant à l’International Trades Union Congress (la fédération syndicale internationale) dans les années 1880. Son intérêt pour le mouvement ouvrier international se manifesta dès la fin 1877, quand elle s’associa, en tant que représentante de la WPPL, au projet de Charles Bradlaugh qui tenta de former une nouvelle Internationale, sur des bases radicales et non socialistes, l’International Labour Union. Ses compétences linguistiques furent d’une grande utilité dans la rédaction des lettres qui permirent de rassembler des délégués de divers pays. En 1888, elle participa à l’International Trades Union Congress de Londres, en tant que représentante du London Women’s Trade Council (fédération des syndicats féminins de Londres). En 1889, avec son ami William Morris, elle assista au congrès marxiste de Paris, qui avec le congrès possibiliste qui se tint en parallèle, posa les bases de la Seconde Internationale.

Simcox ne reculait pas devant les tâches pratiques liées au militantisme, mais elle était également une intellectuelle très productive. Elle souhaitait contribuer à une réforme profonde la société dans tous les domaines et s’intéressait aussi à la politique, l’art, la littérature, l’histoire et la philosophie. Elle écrivit de nombreux articles publiés dans des périodiques tels que le Manchester Guardian, The Times, le Labour Tribune, Nineteenth Century ou encore le Women’s Union Journal. En outre, elle écrivit trois ouvrages. Dans le premier intitulé Natural Law : an Essay in Ethics (1877), Simcox tentait de définir un système éthique fondé sur l’utilitarisme et le rationalisme scientifique (deux courants auxquels elle s’identifiait), mais réinterprétés. Son deuxième ouvrage publié en 1882, est une œuvre de fiction dans laquelle transparait son admiration pour son amie récemment disparue, George Eliot. Simcox avait rencontré la romancière en 1872, alors qu’elle préparait une critique de son roman Middlemarch. Cette amitié eut une importance considérable dans la vie et l’œuvre féministe de Simcox. En 1894, après quinze ans de réflexion, Simcox fit publier Primitive Civilizations : Outlines of the History of Ownership in Archaic Communities (Civilisations primitives : esquisse de l’histoire de la propriété dans les communautés archaïques) qui retraçait l’histoire de la propriété dans les civilisations anciennes d’Égypte, de Mésopotamie et de Chine. Cette étude était un moyen indirect de critiquer l’organisation sociale de son temps. Simcox y soulignait l’idée que ces trois civilisations prospères n’étaient pas fondées sur le « laissez-faire » et l’individualisme. Au contraire, l’origine de leur stabilité et de leur succès résidait dans une organisation politique et sociale fondée sur le modèle familial, les valeurs primordiales étant l’entraide et l’intérêt de la communauté. En tant que féministe, elle expliquait également que, dans ces communautés, les femmes occupaient une place plus enviable que celle des Victoriennes. Ses recherches remettaient donc en cause l’idée communément admise qu’une civilisation prospérait grâce au développement de ses valeurs dites « masculines ».

Bien que Simcox ne se maria pas, elle partagea la vie de foyer de sa famille, notamment de sa mère qui mourut en 1897. Elle gérait les comptes de la famille, supervisait le travail des domestiques et s’occupait de l’entretien de la maison. Comme de nombreuses féministes de la middle class de l’époque, elle n’hésitait pas à montrer à cheval et à se promener en vélo. Edith Simcox souffrit d’asthme à partir de 1886. Après une inflammation des poumons en 1895, elle se rendit en Égypte, chez des membres de sa famille. Son état de santé s’améliora, mais elle subit une rechute en 1899 et elle décéda le 15 septembre 1901, à Londres.

Edith Simcox n’a pas écrit de biographie à proprement parler, mais ses nombreux écrits et son journal intime permettent de mieux comprendre ses multiples combats, qu’ils soient politiques, sociaux ou personnels. Son journal personnel fut publié en 1998 sous le titre A Monument to the Memory of George Eliot : Edith J. Simcox’s Autobiography of a Shirtmaker. Il est très précieux car Edith Simcox y décrit en détail ses engagements féministes, son travail de gestionnaire de l’usine de chemises de Soho, ses efforts pour l’amélioration des conditions de travail des ouvriers et des ouvrières, son travail au London School Board et au Trades Union Congress, ses rencontres avec des personnalités des mondes économique, social, politique et littéraire, et ses réflexions de journaliste et d’écrivaine désireuse de réformer la société en profondeur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article139822, notice SIMCOX, Edith Jemima par Marie Terrier (nouvelle notice, janvier 2012), version mise en ligne le 5 mars 2012, dernière modification le 17 octobre 2019.

Par Marie Terrier (nouvelle notice, janvier 2012)

ŒUVRES : Sélection d’articles publiés dans différents magazines et journaux : “On the Influence of John Stuart Mill’s Writings”, Contemporary Review, juin-nov 1873 (article sur l’impact de la pensée de Mill publié à la suite de sa disparition) ; “Eight Years of Co-operative Shirtmaking”, Nineteenth Century, juin 1884 (article où Simcox relate son expérience de dirigeante d’une coopérative de production de chemises) ; “Socialism and Political Liberty”, The Practical Socialist, fév.-mars 1886 (compte rendu de sa conférence à la Fabian Society) ; “Sober Socialism”, Commonweal, 22 mai 1886 (compte rendu de sa conférence à la Socialist League) ; “Women’s Work, Women’s Wages”, Longman’s Magazine, juillet 1887 (article dans lequel Simcox retrace les débuts de la WPPL). Pour compléter cette liste, voir la section « Works by Edith Simcox » dans l’article de Constance M. Fulmer, publié en 1998, cité ci-dessous. Trois ouvrages : Natural Law : An Essay in Ethics, Londres : Trübner, 1877 ; Episodes in the Life of Men, Women and Lovers, Londres : Trübner, 1882 ; Primitive Civilizations, or Outline of the History of Ownership in Archaïc Communities, Londres : Susan Sonnenschein, 1894. Le journal intime d’Edith Simcox : FULMER, Constance M., BARFIELD, Margaret E. (dir.), A Monument to the Memory of George Eliot : Edith J. Simcox’s Autobiography of a Shirtmaker, New York, Garland, 1998.

BIBLIOGRAPHIE : Rosemarie Bodenheimer, “Autobiography in Fragments : The Elusive Life of Edith Simcox”, Victorian Studies, vol. 44, n° 3, 2002 ; Constance M. Fulmer, “Edith Simcox : Feminist Critic and Reformer”, Victorian Periodicals Review, vol. 31, n°1, 1998 ; Constance M. Fulmer, “Edith Simcox, the Good Morris, and Working Class Women”, William Morris Society in the United States Newsletter, été 2008, pp. 18-20 ; Susanne Stark, “Edith Simcox”, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford, 2004. Voir également les bibliographies des ces trois sources. Pour la tentative de créer une nouvelle Internationale, voir : LAVIN, Deborah. Bradlaugh contra Marx, Radicalism versus Socialism in the First International, Londres : Socialist History Society, 2011.

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