MAZRYCER-MENCEL Seweryn dit Wiktor

Par Daniel Grason

Né le 4 mai 1906 à Varsovie (Pologne), mort le 15 janvier 1964 à Paris ; ingénieur électricien, secrétaire aux affaires culturelles de l’ambassade de Pologne à Paris, chef du bureau de presse et d’information au ministère des affaires étrangères à Varsovie ; communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant FTP-MOI, adjoint de l’Inter région HI à Lyon (Rhône).

Seweryn Mazrycer, juif polonais poursuivit des études secondaires, il vint à Grenoble (Isère) en 1924, avec sa famille, obtint le diplôme d’ingénieur électricien. Agé de vingt-trois ans il rentra en Pologne, travailla à la centrale électrique de Czestochowa. À la suite d’une réduction d’effectifs il fut chômeur, chercha en vain du travail pendant quatre ans. En quête d’un emploi, il partit pour la France, puis s’expatria au Brésil.

Son engagement au parti communiste de France eut lieu en 1925. Dès les premiers échos des combats en Espagne, il rejoignit les combattants des Brigades internationales en novembre 1936. En Espagne, il fut secrétaire du service de la censure à Albacete, incorporé dans la XIIIe Brigade internationale Dombrowski, nommé adjoint du commandant du 1er bataillon, ensuite adjoint du commandant de la XIIIe Brigade, enfin chef d’État-major adjoint du bataillon Palafox.

Alors qu’il travaillait au service de la censure, il y eut un débat parmi le personnel entièrement communiste sur une résolution de la cellule concernant la conduite de la guerre et les Brigades internationales. Leemans, commissaire politique de la Base assistait à la réunion, il transmit le texte à André Marty. Ce dernier intervint immédiatement, il estima qu’il s’agissait d’une résistance politique sournoise et habile contre le comité central du parti communiste d’Espagne, accusé de manquer d’énergie dans l’orientation de la guerre nationale de libération et contre la direction des Brigades. Seweryn Mazrycer déclara à André Marty qu’il pensait que l’autocritique était permise, celui-ci répliqua que l’autocritique « était la critique de soi-même, […] la cellule aurait dû critiquer le fait que trois mille lettres étaient en souffrance dans leur bureau et comment solutionner ce problème qui tenait le moral des combattants ».

Le 23 décembre 1936, la batterie d’Artillerie commandée par Jean Agard est désignée pour partir au front dans la nuit, le commissaire adjoint de la base, décide que trois hommes ne devait pas partir car ils « tenaient le commandant politiquement prisonnier », ils furent sanctionnés. L’un des trois hommes était militant de la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert, comme Agard. Ils sont considérés comme « trotskystes », une vingtaine de soldats se solidarisèrent avec eux et refusèrent de partir. De nuit, ils quittèrent Almansa et rejoignirent une colonne anarchiste. Seweryn Mazrycer fut suspecté d’appartenir à un groupe trotskyste clandestin.

Pendant les combats de l’Ebre sa conduite au combat fut exemplaire, lors de l’effondrement en Catalogne, en janvier 1939, il monta de nouveau au front et fut utilisé dans l’État-Major de la XVe Brigade, composée de Polonais, d’Italiens et de volontaires des Balkans. Il fut évacué en France avec les autres volontaires le 7 et 8 février 1939. Homme plutôt sur la réserve, une atmosphère de doute quant à sa sincérité politique ne le quittera pas, l’étiquette trotskyste était commode pour le discréditer. Un combattant pensait « que les organes soviétiques seraient bien heureux de pouvoir éclaircir la personnalité et le passé de Marzycer et cela parce que, on a beaucoup de doutes sur lui ».

Dans ses appréciations écrites le 11 novembre 1940, Eduardo D’Onofrio dit Edo, relata son parcours : « En général, les appréciations de nos camarades lui sont favorables. […] On le dit capable, actif et sachant se lier aux soldats. Discipliné et même courageux ». Il ne leva pas pour autant la suspicion : « Notre opinion est qu’on ne peut avoir une confiance politique envers Mazrycer […] son passé et sa personnalité ne [sont] pas vraiment éclaircis. Pour ces raisons, notre Commission [des cadres] s’est refusée en Espagne à lui donner la carte du parti communiste d’Espagne pour l’année 1938 ». Dans ce rapport Seweryn Mazrycer portait Samuel comme prénom. Le nom de Mazrycer était écrit Marzrycer dans le document signé d’Eduardo D’Onofrio avec le prénom de Daniel dans l’ouvrage de David Diamant.

Après le retrait des Brigadistes d’Espagne, il fut interné au camp de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), Gurs (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), puis du Vernet (Ariège), d’où il s’évada en août 1942. Il rejoignit la région lyonnaise, devint l’un des responsables de l’Inter région HI des FTP-MOI de Lyon (Rhône), adjoint de Georges Grünfeld-Filip dit commandant Lefort, Roumain d’origine juive. Seweryn Mazrycer fut arrêté en juin 1944.

Le 11 août 1944, le convoi n° 78, composé de quatre-cent trente juifs quittait Lyon à destination d’Auschwitz (Pologne), cent vingt-huit furent gazés dès leur arrivée. Seweryn Mazrycer fut transféré au camp de Gross-Rosen, puis à Oranienburg, puis à Bergen-Belsen. À la mi-avril 1945, les troupes britanniques libérèrent le camp, il y sévissait une épidémie de typhus et la malnutrition. Sur les soixante mille prisonniers, dix mille moururent au cours des semaines suivantes.

De retour à Paris Seweryn Mazrycer travailla à l’agence Polpress, puis comme organisateur et directeur du Bureau d’information près l’ambassade de Pologne, il fut nommé secrétaire aux affaires culturelles. En 1951, il rentra en Pologne, dirigea le bureau de presse et d’information au ministère des affaires étrangères. Ayant exprimé des désaccords sur les orientations chauvines prises par le régime, un arrêté d’expulsion fut préparé à son encontre. Le père de Patrice Lhermitte, ancien diplomate de la Pologne communiste intervint et fit l’arrêté. Seweryn Mazrycer décida de quitter son pays et de revenir à Paris.

Il mourut le 15 janvier 1964, Trybuna Ludu (La Tribune du peuple), organe officiel du régime lui rendit hommage, soulignant : « Sa personnalité transparente, son affection pour le genre humain se manifestant par sa cordialité directe et bienveillante à l’égard de tous, son énorme subtilité et sa révolte devant toutes les injustices resteront à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont connu pendant la guerre et dans le travail ». Patrice Lhermitte fit remarquer que son départ de Pologne n’était pas évoqué, pas plus que sa judaïcité, un sujet très sensible dans le pays. Révélateur de l’atmosphère nationaliste qui régnait dans les sphères dirigeantes, lors de l’inauguration du musée d’Auschwitz-Birkenau le 2 juillet 1947, Wladyslaw Gomulka secrétaire général du parti ouvrier unifié de Pologne (POUP) prononça un discours de six heures sans prononcer le mot juif.

Le nom de Marzycer était écrit Marzrycer dans le document signé d’Eduardo D’Onofrio avec le prénom de Daniel dans l’ouvrage de David Diamant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article139655, notice MAZRYCER-MENCEL Seweryn dit Wiktor par Daniel Grason, version mise en ligne le 31 juillet 2012, dernière modification le 10 février 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : RGASPI 545.6.1165, BDIC mfm 880/13 ; 545.6.739, BDIC mfm 880/39. – Claude Collin, Carmagnole et Liberté. Les étrangers dans la Résistance en Rhône-Alpes, PUG, 2000. – Skoutelsky Rémi, L’espoir guidait leurs pas, Paris, Grasset, 1998. – David Diamant, Combattants Juifs dans l’armée Républicaine espagnole. 1936-1939, Éd. Renouveau, 1979. – Trybuna Ludu, 18 janvier 1964. – Site Internet CDJC. – Traduction Patrice Lhermitte.

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