GARMAN Douglas

Par Elen Cocaign

Né le 15 février 1903 à Wednesbury - Mort en 1969, lieu inconnu. Écrivain, critique et responsable de l’Education Department du Communist Party of Great Britain.

Douglas Garman naît en 1903 dans le Staffordshire, près de Birmingham. Fils de médecin, il grandit au sein d’une famille de neuf enfants. Certaines de ses sept sœurs ont entretenu des liaisons avec des artistes majeurs (Sylvia avec l’écrivain T.E. Lawrence, dit Lawrence d’Arabie, Kathleen avec le sculpteur Jacop Epstein, Lorna avec le peintre Lucian Freud...), leur nom est souvent associé aux cercles bohémiens de Bloomsbury.

Douglas Garman reçoit une éducation classique : il effectue ses études secondaires à Rugby, puis à Dentstone College, avant d’intégrer l’université de Cambridge, où il étudie les langues anciennes et la littérature anglaise.

Le jeune étudiant se voit privé de ressources lorsqu’il fait part à ses parents de son désir de devenir écrivain. Après avoir obtenu son diplôme, il vit un temps à Paris. Il devient ensuite critique littéraire pour le New Statesman, avant de rejoindre la maison d’édition avant-gardiste et progressiste que fonde en 1924 Ernest Wishart, son ami et futur beau-frère. Avec le poète Edgell Rickword, il édite à partir de mars 1925 le Calendar of Modern Letters, revue littéraire mensuelle qui rassemble des textes de E.M. Forster, Robert Graves, Aldous Huxley et D.H Lawrence, entre autres. Cette revue se veut apolitique mais Garman, dont les convictions sont encore floues, met déjà en avant la nécessaire continuité entre la littérature et la vie, idée qu’il systématisera plus tard en la rattachant aux principes marxistes.

En 1926, Garman et Rickword apportent leur soutien à la Grande Grève : l’enthousiasme de Garman pour le socialisme le pousse à se rendre en U.R.S.S afin d’y observer les effets de la révolution sur la vie culturelle. Il enseigne l’anglais pendant six mois à Saint Petersbourg et, de retour à Londres, reprend son travail éditorial pour la maison Wishart. Il quitte rapidement ce poste : Peggy Guggenheim, la riche héritière qui devient sa maîtresse en 1934 (sa femme, Jean Garman, obtient le divorce en 1935), le convainc de se consacrer à l’écriture.

La même année, il rejoint officiellement le Parti Communiste de Grande-Bretagne et s’investit dès lors dans la diffusion des idées communistes : il participe au lancement de la Left Review puis édite la revue Modern Quaterly, lancée par Lawrence & Wishart, la nouvelle maison d’édition communiste, née de la fusion de l’entreprise de son ami avec la maison Martin Lawrence.

Son engagement dans les polémiques intellectuelles et esthétiques se double d’un soutien actif apporté aux grandes campagnes lancées par le parti. Il participe ainsi à l’une des Hunger Marches, qu’il couvre en mars 1936 pour le Daily Worker. Sa santé fragile l’empêche de rejoindre les Brigades Internationales, aussi se consacre-t-il à partir de 1936 à la rédaction de conférences et de cours sur les rapports entre littérature et révolution, destinés aux membres du Left Book Club de Victor Gollancz et aux étudiants communistes de la Maison de Marx, à Londres.

Il se rapproche du mineur gallois Lewis Jones, l’un des leaders du National Unemployed Movement et l’encourage à alerter l’opinion publique sur la condition des mineurs (le roman Cwmardy est publié en 1937 par Lawrence & Wishart).

Peggy Guggenheim, qui avait adhéré au Parti Communiste par amour pour lui, le quitte en 1937, lassée de l’intensité de son engagement politique. Il se rapproche alors de Jessie Ayriss, dite Paddy, ancienne employée de Lawrence & Wishart, qui travaille désormais à l’ambassade d’URSS et partage ses convictions – ils se marient en 1940.

En 1938, il remplace Henry Parsons à la direction des affaires de Lawrence & Wishart. Mais au début des années 1940, tout en gardant des liens avec cette maison d’édition, Douglas Garman devient responsable des questions liées à l’éducation au sein de son parti – il met en place l’Education Department. Pendant une dizaine d’années, il organise et dirige écoles d’été, weekends de formation et journées d’étude. Il est dès lors confronté aux problèmes pratiques et pédagogiques que pose l’éducation politique d’adultes issus de la classe ouvrière. Très critique vis-à-vis de la qualité des cours dispensés dans les années 1930, il s’efforce de structurer l’enseignement proposé par le parti et conçoit un système hiérarchisé (écoles de district, écoles régionales et nationales) qu’il peine à mettre en place, faute de moyens. Il élabore par ailleurs un programme qui doit permettre une progression par paliers dans la maîtrise des concepts fondamentaux du marxisme-léninisme. S’il préconise dans un premier temps un contact direct avec les textes fondateurs, et notamment ceux de Marx, plutôt qu’une simple lecture d’ouvrages de vulgarisation, il doit réviser son jugement lorsqu’il prend conscience du découragement des étudiants face à des ouvrages difficiles d’accès. Les enseignants eux-mêmes ont un niveau souvent médiocre, que des formations tentent de relever sans grand succès.

Douglas Garman est contraint de prendre en compte des impératifs difficilement conciliables. Si l’exigence théorique est forte, l’éducation dispensée par le parti a également une dimension pratique puisqu’elle a pour vocation d’étayer l’activisme des militants. Les cours ne doivent par conséquent pas être coupés de leur existence et doivent s’appuyer sur des données concrètes et sur l’analyse des problèmes contemporains.

Désabusé, il entre en conflit avec Harry Pollitt et la direction du parti au début des années 1950 - Garman critique en effet dans ses rapports sur l’éducation militante l’absence de discussions démocratiques au sein du parti, l’opacité du processus décisionnel, et le faible intérêt des dirigeants pour la formation théorique des militants. Il renonce alors à ses responsabilités pour se consacrer à l’écriture mais, en proie à une dépression, ne parvient pas à achever ses livres et se retire dans une ferme, dans le Sussex.

Douglas Garman meurt en 1969. Après son décès, son ami Alick West décrit son engagement en ces termes : « Il s’est fait marxiste car il voyait dans le marxisme et dans la révolution la même promesse de vie que dans la poésie. En créant les écoles du parti, il a donné l’occasion à d’autres de partager sa vision. Il y a des hommes et des femmes qui ne l’oublieront jamais. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article139644, notice GARMAN Douglas par Elen Cocaign, version mise en ligne le 10 février 2012, dernière modification le 17 octobre 2019.

Par Elen Cocaign

Archives
Douglas Garman Papers, Special Collections Department, University of Nottingham
PRO KV2/2344 - KV2/2348

Sources
Mary Dearborn, Peggy Guggenheim : Mistress of Modernism, Boston, Houghton Mifflin, 2005
Cressida Connolly, The Rare and the Beautiful : The Art, Loves and Lives of the Garmans, Londres, Fourth Estate, 2004
Peggy Guggenheim, Out of the Century, New York, Universe Books, 1979
Alick West, Douglas Garman (non publié), 1969

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