Né le 3 juillet 1927 à Dijon (Côte d’Or), mort le 29 janvier 2017 à Dijon ; historien, enseignant à Colmar (Haut-Rhin), puis à Dijon, universitaire à Dijon ; militant de l’UNEF (1950-1952), communiste (1952-1961), militant de la CIR (1966-1971), socialiste depuis 1971 ; président (1950-1951) puis vice-président (1951-1952) de l’Association générale des étudiants en sanatorium, président du Club pour la Gauche unie de Dijon (1966-1967), délégué départemental de la CIR de Côte-d’Or (1966-1969), vice-président de la FGDS de Côte-d’Or (1966-1968), président de la commission des conflits du PS de Côte-d’Or (1977-1979).


Auteur de mémoires en deux tomes, Souvenirs du vingtième siècle : tome 1 Jeunesse et formation d’un historien 1927-1963, l’Harmattan, 2012, tome 2 Carrière universitaire et action politique (de 1963 à nos jours, l’Harmattan, 2012.


Pierre Lévêque fut un correspondant actif du Maitron. Historien exceptionnellement aimable, attachant, coopératif, il a constamment manifesté son intérêt pour le DBMOMS. L’équipe du Maitron le salue, manifeste son estime pour son oeuvre et sa reconnaissance

Pierre Lévêque
Pierre Lévêque, fils de Camille Edmond Lévêque et de Marie Thérèse Orssaud, instituteurs, fit ses études secondaires au lycée Carnot de Dijon et ses études supérieures d’Histoire et de Géographie à la faculté des Lettres de Grenoble (Isère), puis à celle de Dijon. Après un séjour au sanatorium des étudiants à Saint-Hilaire-du-Touvet (Isère), il adhéra au début de 1952 au PCF à la cellule de la poste-cure des étudiants, 4 rue Quatrefage à Paris (Ve), animée en particulier par François Furet. Il fut président à Saint-Hilaire en 1950-1951, puis vice-président à Paris (1951-1952) de l’Association générale des étudiants en sanatorium (AGES) qui faisait alors partie de la minorité de gauche de l’UNEF.
Reçu à l’agrégation d’histoire en 1953, il fut nommé au lycée Bartholdi de Colmar. Il y fut affecté à la cellule Paul Langevin*, qui était en principe une cellule de quartier, mais regroupait en fait une trentaine d’adhérents de toute la ville. Sa composition socio-professionnelle était très hétérogène : on y trouvait de rares ouvriers, des employés, des enseignants, un cadre supérieur du commerce (Jacques Lang). Pierre Lévêque y fut surtout chargé de fonder et d’animer des « comités » élargis à des sympathisants, des « sans-parti », voire à des militants d’autres partis : successivement, un comité contre le réarmement allemand, un comité pour le Front populaire (fin 1955-début 1956) qui échoua (comme les contacts tentés avec la SFIO en juin 1956), un comité pour la paix en Algérie. Il fit en 1955-1957 trois conférences pour exposer les données du problème algérien et dénoncer la répression. En novembre 1956, à la suite des manifestations contre la répression soviétique en Hongrie, qui avaient abouti à Strasbourg à une attaque contre le domicile de Marcel Rosenblatt, il fut chargé avec Charles Metzger de distribuer un tract de protestation devant les portes de l’usine textile Kiener. Au bout d’un quart d’heure environ, les deux communistes furent arrêtés et conduits au commissariat de police, puis assez rapidement relâchés. L’incident donna lieu à un article dans le quotidien MRP Le Nouveau Rhin français prétendant que Lévêque avait été ensuite l’objet de la part de ses élèves d’une manifestation d’hostilité qui avait nécessité l’intervention du proviseur. Grâce à l’intervention spontanée de l’abbé Hirlemann, professeur de religion au lycée, cette « information » fit l’objet dans les jours suivants d’un démenti. Lors de l’assemblée départementale de la FEN le 15 novembre 1956, il s’opposa en vain à l’adoption d’une motion présentée par le SNET condamnant l’agression soviétique en Hongrie et demandant qu’au congrès national, une minute de silence soit observée en mémoire des martyrs de l’insurrection hongroise. Antérieurement, un texte signé par trois professeurs du lycée (Léon Strauss, Jean Vonfelt et Pierre Lévêque) dénonçant le réarmement de l’Allemagne leur avait valu une réplique virulente du journaliste Marcel Jacob également dans Le Nouveau Rhin français.
À partir du XXe congrès du PCUS, Lévêque ne cacha plus son opposition à la ligne adoptée par le PCF qui refusait toute réflexion fondamentale sur les méfaits du stalinisme. Secrétaire de sa cellule et membre du comité de section de Colmar, il fut convoqué, ainsi que quelques militants de même orientation, au siège de la fédération du Haut-Rhin à Mulhouse, où un membre du comité central, Paul Courtieu tenta, sans succès, de les remettre dans le droit chemin. Lors de l’assemblée générale de la cellule du 21 mars 1957, il présenta une motion constatant « avec regret l’isolement du parti au moment où l’action unie des forces de gauche serait plus que jamais nécessaire », regrettant « que le parti n’ait pas tiré des événements de l’URSS (XXe Congrès), de Pologne et de Hongrie toutes les conclusions qu’ils comportaient », demandant « la convocation d’un congrès extraordinaire du parti, où toutes ces questions seraient débattues avec la liberté la plus entière sur la base des principes marxistes-léninistes ».
Pierre Levêque obtint en 1957 sa mutation au lycée Carnot de Dijon. Son transfert à la fédération de Côte-d’Or signalait son attitude oppositionnelle. Affecté à la section de Talant, où il résidait chez ses parents, il ne milita plus activement, sauf dans l’été 1958 lors de la campagne contre le projet constitutionnel. Il quitta le PCF en mai 1961.
À partir de 1963, il enseigna l’histoire contemporaine à la faculté des lettres, puis à l’UFR de Sciences humaines de l’université de Dijon, successivement comme assistant (1963-1966), maître-assistant (1966-1977), puis professeur. De février 1966 à janvier 1967, il présida le Club pour la Gauche unie, héritier du Comité universitaire dijonnais de soutien à la candidature de François Mitterrand*, et adhéra à la Convention des institutions républicaines. Il fut délégué départemental de la CIR en Côte–d’Or (1966-1969) et vice-président départemental de la FGDS (mars 1966-1968). Il adhéra au nouveau Parti socialiste en mai 1969 (fédération autonome de la Côte-d’Or). Il se prononça en septembre 1969 pour le maintien de l’autonomie. Alors que la fédération adhérait au parti d’Issy-les-Moulineaux, la CIR de Côte-d’Or s’y refusa : Lévêque resta à la CIR et adhéra au PS après le congrès d’Épinay, le 22 octobre 1971. Il y soutint constamment la majorité « mitterrandiste », et par la suite, Lionel Jospin, puis François Hollande. Secrétaire administratif de la section socialiste de Fontaine-les-Dijon et Talant (1973-1981), il présida la commission fédérale des conflits de 1977 à 1979 et fut responsable départemental de la collecte des fonds pour les élections présidentielles de 1974 et de 1981. Il milite à la section de Fontaine depuis 1981 et fut conseiller municipal d’opposition à Fontaine de 1995 à 2001.
Il se maria à Charolles le 10 août 1963 avec Françoise Auchère.
Il était chevalier de la Légion d’honneur.
Décédé le 29 janvier 2017 dans sa quatre-vingt-dixième année, ses obsèques civiles eurent lieu le 2 février, en salle Eugène Vadot à Plombières-les-Dijon (Côte d’Or).

ŒUVRE : Une société provinciale : La Bourgogne sous la Monarchie de Juillet,, Éd de l’EHESS, 1983. — Une société en crise : la Bourgogne au milieu du XIXe siècle (1846-1852), , Éd. de l’EHESS, 1983. – Histoire des forces politiques en France, 3 vol., A. Colin, 1992-1997. – La Bourgogne de Lamartine à nos jours,, Éditions universitaires de Dijon, 2006. – Révolutions et République : la France contemporaine, Éd. universitaires de Dijon, 2005. — Souvenirs du vingtième siècle, tome 1. Jeunesse et formation d’un historien (1927-1963), tome 2. Carrière universitaire et action politique, L’Harmattan, 2012.

SOURCES : Notes autobiographiques de Pierre Lévêque. — Rapport politique sur les activités de la cellule Paul-Langevin pendant l’année 1956 (Archives privées). — Françoise Olivier-Utard (dir.), Instits, profs et syndicats en Alsace, 1918-2000, Almémos, Strasbourg, 2008, p. 73, 234. — État civil. — Le Monde, 1er février 2017.

Léon Strauss

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