BRUNSCHWIG Jeanne

Par Alain Dalançon

Née en 1921, morte avant 1992 ; professeure ; militante communiste (1940-1969), résistante ; militante syndicaliste du SNES au S3 de Paris (1960-1966) ; militante du PSU.

Étudiante en première année de khâgne au lycée Rollin de Paris en 1939-1940, lycée alors replié à Rennes (Ille-et-Vilaine), Jeanne Brunschwig appartenait à un groupe d’étudiants communistes avec Jean Suret-Canale, Ginette Gros, Pierre Daix et Olivier Souëf. Revenue étudier à Paris à la rentrée 1940, elle fit partie avec ce dernier des sept étudiants arrêtés en novembre 1940 « pour sympathie agissante aux doctrines communistes ».

Devenue professeur certifiée de philosophie au lycée Jean Bart de Dunkerque (Nord), elle militait activement en 1958 contre la guerre d’Algérie.

Mutée à Paris, elle militait au Syndicat national de l’enseignement secondaire dans le courant de la liste « B » à la section académique (S3) de Paris. Aux élections à la commission administrative du S3 de mars 1960, la liste « Pour la continuité du S3 », conduite par le secrétaire général sortant « autonome », Louis-Paul Letonturier, et la liste « Unité pour une action efficace », conduite par Victor Leduc firent jeu égal en obtenant 19 sièges chacune, celle conduite par Paul Ruff, « Pour un nouveau départ », en obtenant cinq. Conformément à son orientation ancienne, les militants de la liste « B » demandèrent donc le partage des responsabilités en fonction de la représentativité de chaque tendance, ce que Letonturier accepta. Ainsi fut mise en place la « cogestion » du S3, Letonturier restant secrétaire général, tandis que Leduc devenait secrétaire général adjoint. Jeanne Brunschwig, militante communiste proche de ce dernier, siégea donc au bureau académique aux côtés d’André Drubay et de Maurice Loi, les deux autres principaux militants nationaux de la liste « B ». Elle figura également en dernière position sur la liste des certifiés de ce courant aux élections à la CA nationale de 1962 et en 9e position à celles de 1964. Le 25 mars 1962, elle intervint au nom du S3 à la manifestation de la Journée nationale UNESCO sur le thème « Oter au racisme tout droit de cité ».

Dans la cogestion du S3, Jeanne Brunschwig soutint constamment Leduc auquel s’opposait souvent son camarade communiste Maurice Loi, qui estimait que cette cogestion handicapait l’affirmation de la tendance « B ». Après que celui-ci fut conduit à abandonner toutes ses responsabilités syndicales en 1964, Leduc et Jeanne Brunschwig furent souvent en désaccord avec Gérard Alaphilippe qui avait remplacé Loi comme principal responsable communiste des professeurs dans le SNES. Quand Leduc démissionna de son poste de secrétaire général adjoint du S3 à la fin de l’année 1965, pour marquer sa désapprobation au sujet de l’arrêt de la grève administrative au printemps précédent, défendue à la fois par Letonturier et Alaphilippe, Jeanne Brunschwig le suivit en mars 1966, mettant ainsi un terme à leur participation à la cogestion. Celle-ci se poursuivit néanmoins jusqu’à ce que les premières élections à la CA du S3 du nouveau SNES de mars 1967 donnent la majorité à la liste « Unité et Action » et que Letonturier et ses camarades refusent la poursuite de la cogestion qui leur fut alors proposée.

Les désaccords de Jeanne Brunschwig et de Victor Leduc avec leurs camarades communistes portaient aussi et surtout sur la « déstalinisation » du Parti communiste français et la critique du modèle soviétique. Elle manifesta en outre son désaccord au sujet de l’attitude du PCF en 1968 et le quitta en 1969. Elle rejoignit ensuite le Parti socialiste unifié, comme Victor Leduc, et participa à ses côtés à la rédaction de la revue de l’Union rationaliste, Raison Présente, créée par ce dernier en 1966. Elle y retrouvait aussi d’autres camarades de la liste B, Lucien Brunelle et Jacqueline Marchand, avec qui elle publia dans la revue (n° 25, 1973), « La destinée féminine dans le roman européen du XVIIIe siècle ».

Dans un article de cette même revue (n° 35, juillet-août-septembre, 1975), Jeanne Brunschwig fit écho à son parcours : « De la contestation à l’opposition ». Elle participa à différentes initiatives dénonçant les atteintes aux libertés dans le monde socialiste dominé par l’URSS : traduction pour « Demain l’URSS » ; rassemblement de documentation pour le comité de défense de Rudolph Bahro ; article sur la résistance de l’Eglise en Pologne. Elle lança aussi dans le bulletin du MSRA (Mouvement de solidarité avec la résistance afghane), le mouvement « Un million pour l’Afghanistan ».

Parallèlement, Jeanne Brunschwig dénonçait la politique extérieure américaine en signant l’Appel du FSI (Front de solidarité Indochine) contre les bombardements américains au Laos, au Cambodge et au Vietnam (lancé par Laurent Schwartz et Pierre Vidal-Naquet). Plus tard, elle traduisit Ben Brodinsky, « La Nouvelle Droite américaine ; le mouvement et son impact », dans Raison présente (n°88, 4e tr. 1988).

Elle participa aussi au Comité de défense des droits culturels en Algérie, et signa la lettre ouverte au président Chadli en 1980. Elle co-signa en 1981, avec Huguette Bouchardeau, Claude Bourdet et Bernard Ravenel les propositions du PSU : « Pour une France non-alignée. Pour une charte de coopération avec le tiers-monde » (Syros, 1981).

Elle poursuivit son militantisme au PSU après 1981. Au 13e congrès de Nantes (décembre 1981), elle fut élue à la direction politique au titre du courant C, comme Victor Leduc. Au 14e congrès de Vénissieux (juin 1983), elle soutint le texte 1. Au 16e congrès (décembre 1986), elle était encore suppléante à la direction politique.

Jeanne Brunschwig était aussi chercheuse en éducation au groupe d’études sociologiques de l’Institut national de la recherché pédagogique et collaborait à diverses recherches aux côtés de Jean-Louis Derouet.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article139265, notice BRUNSCHWIG Jeanne par Alain Dalançon, version mise en ligne le 9 janvier 2012, dernière modification le 3 janvier 2018.

Par Alain Dalançon

ŒUVRE : Traduction de Demain l’URSS. Oppositions soviétiques et gauche occidentale par Roy Medvedev, Y. Craipeau, T. Deutscher, E. Mandel... [etc.] [préfaces par] L. Plioutch et K. Coates, édité par la Fondation Bertrand-Russell pour la Paix., Paris, Syros, 1976. — À l’Est du nouveau, Colloque organisé par le Comité Bahro, Paris, mai 1979 : documents rassemblés par Jeanne Brunschwig, Sabine Cornille, Ingolf Diener, Philippe Iverel, Paris, Syros, 1980. — "Eglise et mouvements sociaux en Pologne”, Cahiers rationalistes, décembre 1980. — En collaboration avec J.-Louis Derouet, Ecole et collectivités locales : le cas des LEA britanniques, Paris, INRP, 1985.

SOURCES : Arch. IRHSES (fonds S3 de Paris, L’Université syndicaliste). — Congrès du FSU, Institut Tribune socialiste. — Droit et liberté, revue du MRAP, du 15 mai 1962. — Victor Leduc, Les Tribulations d’un idéologue, préface de Pierre Vidal-Naquet, Syros, 1986. — Jean-Louis Derouet in Chercheurs en éducation, l’Harmatan, 1992. — Jean-Pierre Turpin, La passion de l’Afghanistan. Madera : chronique d’une ONG, 1981-2001, Kartala, 200. — Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, Autrement, 2005 (Arch. P. Po). — Marc Coppin, La côte d’Opale en guerre d’Algérie, 1954-1962, Lille, Septentrion, 2012.— Notes de Jacques Girault.

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