SUPEK Rudi

Par Daniel Grason

Né le 16 avril 1913 à Zagreb en Croatie (Yougoslavie), mort le 2 janvier 1993 à Zagreb (Croatie) ; étudiant, professeur de psychologie ; communiste ; interné aux Tourelles ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils de Rudolph et de Maria, née Sipz, Rudi Supek après des études de sociologie à Zagreb, il adhéra au parti communiste de Yougoslavie en 1933. Il vint étudier la psychologie clinique à Paris en 1939. Il fut signalé, à la police en janvier 1942 comme l’un des dirigeants qui reconstituaient le parti communiste yougoslave en France avec Lazare Udovievic et Svetzar Popovic. Ils éditèrent deux ou trois numéros du journal Nas Glass en région parisienne. Ils mirent sur pied une filière de départ d’ex-brigadistes yougoslaves en Espagne pour aller combattre l’armée allemande. Les volontaires étaient invités à signer un engagement à travailler en Allemagne, d’où ils seraient dirigés sur la Serbie méridionale.
Les policiers français arrêtèrent Rudi Supek le 3 mai 1942, une semaine après l’arrestation de sa compagne Sonia Gutmann. Il habitait 1 rue Lacépède à Paris (Ve arr.). Il fut interné au camp des Tourelles, (XXe arr.), il anima une action de protestation contre les mauvaises conditions d’hygiène et la nourriture fin septembre 1942. Envoyé au Dépôt le 20 octobre 1942 avec quatre autres protestataires, il réintégra ainsi que ses compagnons les Tourelles le 22 avril 1943. Envoyé le 28 avril à Compiègne, une note policière indiquait qu’il quittait la caserne pour l’Allemagne en vue de son emploi comme travailleur.
Le 17 janvier 1944, il était dans le convoi qui partit de Compiègne (Oise). Mille neuf cent quarante-trois déportés (mille cinq cent six-français et quatre cent trente-sept étrangers) arrivèrent le 19 au camp de concentration de Buchenwald (Allemagne).
Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Un Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Henri-Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité.
Dans son ouvrage 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Rudi Supek matricule 40756 était parmi les déportés qui résistèrent aux épreuves de la déportation. Il a été homologué Déporté interné résistant (DIR). Il resta à Paris devint rédacteur du journal Yougoslavie nouvelle, il repartit en Yougoslavie à l’été 1950. Il devint professeur de psychologie à la faculté des humanités et sciences sociales à Zagreb jusqu’en 1958, tout en soutenant son doctorat de psychologie à la Sorbonne en 1952. Entre 1952 et 1954, il fut rédacteur en chef de la revue Poglej qui traitait de façon critique de psychologie, sociologie et philosophie des sciences, mais fut finalement interdite.
Il choisissait d’enseigner au nouvel Institut pour la recherche sociale à Belgrade à partir de 1958. En 1963, il fut cofondateur des Écoles d’été de Korcula – Congrès des sciences sociales européennes et américaines, avec Ernst Bloch, Herbert Marcuse, Georg Lukács, Leszek Kolakowski, Günther Nenning et Jügen Habermas entre autres. Leurs articles furent publiés dans la revue Praxis, dont il était un des rédacteurs en chef entre 1967 et 1973, interdite en 1974.
Il fut mis à la retraite en septembre 1979 à la suite d’un conflit sur l’autonomie des universités, et poursuivit ses recherches sur le socialisme non bureaucratique, non dogmatique et démocratique et sur la critique du nationalisme. Intellectuel de tout premier plan, il était l’auteur d’une trentaine d’ouvrages et de multiples articles. Il mourut à Zagreb le 2 janvier 1993.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article139130, notice SUPEK Rudi par Daniel Grason, version mise en ligne le 2 décembre 2019, dernière modification le 2 décembre 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 1836, BA 1841, 77W 287, 77W 392. – Bureau Résistance GR 16 P 558221. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Louis Poulhès, Un camp d’internement en plein Paris : Les Tourelles 1940-1945, Éd. Atlande, mars 2019. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. du Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977.

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