MAZZELLA Lucette [née GORRÉ Lucette, Emma].

Par Albert Ayache

Née le 6 mai 1910 à Albertville (Savoie), morte le 19 juin 1987 à Concarneau (Finistère) ; institutrice à Mazagan puis Casablanca ; directrice de l’école maternelle des Roches Noires à Casablanca (1947-1953), puis directrice d’école maternelle à Oran (Algérie), pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), puis formatrice après l’indépendance algérienne à l’École d’application d’Oran ; communiste, militante de l’Union des femmes, organisation du Parti communiste marocain (PCM).

Fille de Jovinien Gorré et de Marie-Louise Collombet, instituteurs, Lucette Gorré vint de France en Algérie avec ses parents nommés à Oran. Elle y fit ses études secondaires. Après une année à la section normale d’instituteurs de Rabat (nov. 1928-sept. 1929), elle fut nommée à Mazagan (1929-1931) puis à Casablanca. Elle enseigna à l’école du Maarif (1932-1947) avec son mari, l’instituteur communiste Michel Mazzella ; venu lui aussi d’Oran ; c’est là qu’ils connurent Ali Yata* ; puis elle fut directrice de l’école maternelle des Roches Noires (1947-1953).
Selon sa famille, Lucette Gorre rejognit Oran après le décès de son père ; elle a alors perdu la foi . Elle fut d’abord militante communiste avant plus tard de retrouver la foi . C’est Léon Sultan qui l’a fit entrer au Parti communiste.

Catholique pratiquante, elle n’en avait pas moins été impressionnée par la politique du Parti communiste, qu’elle considérait comme juste dans sa dénonciation du péril nazi. Sans rien abandonner de sa foi, elle adhéra au Parti communiste en novembre 1943. Avec un groupe d’autres femmes communistes, elle forma l’Union des femmes du Maroc ; Fortunée Sultan* en fut la présidente ; Lucette Mazzella, la secrétaire générale. Les actions de l’Union, qui avait des sections dans les principales villes du Maroc, furent vigoureuses. Elles dénoncèrent les insuffisances du ravitaillement, les discriminations raciales, entraînèrent les ménagères dans des manifestations. Celle du 14 novembre 1944 à Casablanca affola les autorités résidentielles. Pour protester contre les interdictions qui furent alors décrétées, d’autres suivirent dans les villes du Maroc (24 novembre).

Optimiste, vive, déterminée, elle ne cessa, avec ses camarades européennes et marocaines, de participer, par des pétitions, des interventions auprès des autorités, aux efforts engagés pour pallier les insuffisances et les injustices du ravitaillement ou même pour la libération de paysans ou de travailleurs arbitrairement arrêtés ou condamnés. En juin 1946, aux élections à la deuxième Assemblée constituante, elle dirigea la liste présentée par le Parti communiste. Il s’en est fallu d’une centaine de voix pour qu’elle soit élue devant le représentant du Parti socialiste Jean Léonetti.

Toujours étroitement associée à la vie militante de son mari, elle le rejoignit à Oran en 1953. Elle y fut directrice d’école maternelle (1954-1962). Son école incendiée le 22 mai 1962, son mari et elle réussirent à échapper aux tueurs de l’OAS. Réfugiés en France pendant quelques mois, ils revinrent à Oran après l’indépendance, remirent en marche des écoles détruites, et dans leurs écoles d’application, école Lamoricière et école Jean Zay, formèrent des maîtres et maîtresses d’écoles du primaire (1962-1964).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article139073, notice MAZZELLA Lucette [née GORRÉ Lucette, Emma]. par Albert Ayache, version mise en ligne le 6 décembre 2011, dernière modification le 15 juin 2018.

Par Albert Ayache

SOURCES : Lettres à A. Ayache de Michel Mazzella du 17 décembre 1973 et 14 octobre 1976, et de Lucette Mazzella des 13 mai 1980 et 8 janvier 1981. — Femmes du Maroc, mensuel de l’Union des femmes du Maroc, Casablanca, notamment n° 14, avril-mai 1947. — Libération, organe du Front de libération, Casablanca, n° de novembre et décembre 1944 et mai-juin 1946.— État civil.

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