LEYZOUR Félix, Emmanuel, Marie

Par Christian Bougeard, Jacques Girault, Alain Prigent

Né le 22 juillet 1932 à Plourac’h (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor) ; instituteur ; membre du bureau de la section du SNI des Côtes-du-Nord (1959-1965) ; membre du secrétariat (1965-1977) de la fédération du PCF des Côtes-du-Nord [Côtes-d’Armor] ; maire de Callac (1989-2008), conseiller général de Callac (1970-2008), vice-président du conseil général (1976-2008) ; conseiller régional (1976-1989), sénateur des Côtes-d’Armor (1989-1997), député de la circonscription de Guingamp (1997-2002).

Fils d’un cultivateur d’une commune du centre de la Bretagne, Félix Leyzour, interne au cours complémentaire de Carhaix (Finistère), revint dans son département d’origine pour entrer à l’École normale d’instituteurs de Saint-Brieuc (1949-1953). Il fut nommé instituteur à Matignon, commune située entre Dinard et le cap Fréhel. Pratiquant la langue bretonne, il se familiarisa avec le gallo et la culture gallèse. Il était membre du Syndicat national des instituteurs depuis 1952.

Ayant vécu dans son adolescence les années de guerre dans le canton de Callac, haut lieu de la Résistance à l’occupant nazi, où le rôle du PCF fut de premier plan, Félix Leyzour adhéra à l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF), forte de plusieurs milliers d’adhérent(e)s dans les Côtes-du-Nord en 1950 puis au PCF en 1953.

Appelé au service militaire en novembre 1955, Félix Leyzour fut envoyé directement en Algérie et affecté dans les transmissions aéroportées (parachutistes). Il s’attacha à renouer les liens avec les militants de l’UJRF et à faire lire, inséré dans L’Écho d’Alger, l’Humanité qui continua de paraître à Alger jusqu’en 1956, mais était interdit à l’armée. Caporal-chef, en octobre 1956, il participa à l’expédition de Suez, Chypre d’abord et Port-Saïd ensuite. Démobilisé en novembre 1957, il fut avec André Cabel, normalien de sa promotion, et Serge Couessurel, militant communiste de Saint-Brieuc, un des premiers à sentir la nécessité d’organiser, dans les Côtes-du-Nord, les anciens d’Algérie dont certains revenaient blessés, profondément marqués par le conflit. L’association des anciens d’Algérie, d’où naquit ensuite la FNACA, s’attacha aussi à défendre les droits des familles des jeunes qui furent tués de l’autre côté de la Méditerranée. Convaincu par son expérience de la nécessaire indépendance de l’Algérie, il fut partie prenante, dans le département, de toutes les mobilisations pour la paix en Algérie (mise en place de comités cantonaux, rassemblements).

Félix Leyzour se maria en décembre 1957 à Saint-Brieuc avec Denise Le Gac, dont le père était mort à la guerre en 1940. Pupille de la Nation, elle devint pendant dix ans employée à la préfecture où elle fut la secrétaire du syndicat CGT. Elle fut mutée à l’Inspection académique et fut secrétaire de la section du Syndicat national de l’administration universitaire, adhérent de la Fédération de l’Éducation nationale.

À la rentrée 1957, Félix Leyzour fut nommé instituteur d’abord à Saint-Quay-Portrieux, puis à Saint-Laurent-de-la-Mer. Habitant Saint-Brieuc, il milita sur le plan syndical au SNI et à la FEN. En 1959, lors du renouvellement des instances syndicales départementales du SNI, il fut élu sur la liste dite « Action syndicale » conduite par Émile Thomas, secrétaire départemental sortant. Il resta membre du conseil syndical jusqu’en 1965. Élu secrétaire de la commission des jeunes, il intégra en 1962 le bureau de la section départementale des Côtes-du-Nord du SNI et participa aux travaux de la Commission nationale des jeunes à partir du 12 mai 1960. Élu par l’assemblée générale, il fit partie de la délégation départementale aux congrès nationaux du SNI en 1960 à Strasbourg et à Toulouse en 1962. Délégué de la section à la réunion du conseil national du SNI, précédant le congrès national, le 5 juillet 1963, orthographié Lesourd dans L’École libératrice, il indiquait que la grève, dans le département, avait été suivie par 50 % du personnel et non par 70 % comme l’avait annoncé L’École libératrice. De 1961 à 1965, comme tous les conseillers syndicaux, il anima la vie syndicale dans son canton, en l’occurrence celui appelé Saint-Brieuc-rural, mais aussi sur tout le territoire de la section départementale. En février 1962, il présenta au nom de la majorité départementale un projet de refonte des statuts de la section qui donna un rôle décisif aux assemblées syndicales des cantons au détriment de l’assemblée générale départementale annuelle. Dans le même temps, il siégea dans les instances fédérales à la commission administrative de la FEN des Côtes-du-Nord en juin 1961. Il intervint au congrès de l’UD-CGT le 10 décembre 1961, au nom de la section du SNI qui entretenait de bonnes relations syndicales avec la CGT depuis la disparition de la FEN-CGT. Réélu sur la liste d’union syndicale du SNI, dirigée par Maurice Renault et Sylvain Loguillard, en 1960, il fut confirmé dans ses responsabilités en 1962 et 1964. Il participa activement au renforcement de l’unité des instituteurs du département, au-delà des clivages politiques entre militants communistes et socialistes en rupture avec la SFIO, dans ce département de l’Ouest où le dossier laïque avait son importance. Il participa au stage central organisé par le PCF pour les instituteurs communistes en août 1958.

Secrétaire d’une cellule communiste à Saint-Brieuc, Félix Leyzour entra au comité de la fédération en 1959. Secrétaire de la section communiste de Saint-Brieuc en 1964, membre du bureau fédéral à partir de 1964, élu au conseil municipal de Saint-Brieuc en 1965 sur la liste d’union dirigée par le militant du PSU Yves Le Foll, après le décès d’Antoine Mazier, il présida le groupe communiste (neuf élus). Membre du secrétariat fédéral en 1965, il s’occupa de la propagande et du travail de formation des militants, en particulier la tenue de l’école fédérale annuelle et de différents stages. En 1966, pendant un an, il assuma la responsabilité de premier secrétaire de la fédération en remplacement de Marcel Alory, hospitalisé dans un sanatorium à Briançon (Hautes-Alpes). Il resta au secrétariat fédéral jusqu’en 1974, puis redevint membre du seul bureau fédéral jusqu’en 2000. En 1970, à la demande de la section de Callac et de la direction fédérale, il se présenta aux élections cantonales dans son canton d’origine à la place de Marcel Le Goaet, employé EDF en retraite qui avait lui-même succédé à Lucien Le Verge*, qui avait permis au PCF, en 1958, de gagner ce siège. Arrivé nettement en tête au premier tour avec 40,9 % des suffrages exprimés, il n’eut pas d’opposant au second tour ; il siégea au conseil général pendant trente huit ans. De 1976 à 1994, il fut élu dès le premier tour obtenant 75,7 % en 1976, 54,3 % en 1982, 77,1 % en 1988 et 54,5 % en 1994. En 2001, confronté à une violente campagne anticommuniste menée par la droite, les dirigeants locaux de la Fédération nationales des syndicats et exploitants agricoles et le candidat Thierry Briand, qui obtint 39,6 % des suffrages, et à la progression du candidat du PS, Jean-François Guichen, Leyzour, qui obtint 47,3 % des suffrages, fut contraint à un second tour où il fut réélu avec 51,2 % des voix. Son élection en 1976 s’inscrivit dans un contexte marqué par le changement de majorité au sein de l’Assemblée départementale : Charles Josselin (député PS de Dinan) succéda à l’ancien ministre et président du conseil général, René Pleven qui ne s’était pas représenté. L’exceptionnalité costarmoricaine tint aussi à la présence maintenue et renforcée d’un très fort groupe communiste (douze conseillers). Avec Édouard Quemper*, il intégra le bureau du conseil général en étant élu vice-président, chargé des travaux.

A partir de 1970, Félix Leyzour mena de front ses activités politiques à Callac et à Saint-Brieuc où il résidait avec sa famille, enseignant pendant plusieurs années au centre héliomarin de Saint-Laurent-de-la-Mer. En 1976, il fut désigné par le conseil général pour siéger au conseil régional qui n’était pas encore une collectivité territoriale mais un établissement public régional.

Pour les élections législatives, en 1978 dans la quatrième circonscription des Côtes-du-Nord (Guingamp), Félix Leyzour fut le suppléant du député élu François Leizour*. Il fut à nouveau son suppléant en 1981 mais le siège fut perdu au profit de Maurice Briand du PS porté par la vague rose.

Habitant Callac à partir de 1988, il devint maire de la commune en 1989, à la tête d’une liste d’union, regroupant des communistes et des progressistes, qui devança une liste associant une partie de la gauche et la droite. En 1986, lors de la première élection au suffrage universel du conseil régional, il conduisit dans les Côtes-d’Armor la liste du PCF qui obtint deux sièges. Il continua de siéger à la région, avec Jacques Coignard, premier secrétaire de la fédération, jusqu’en 1989, année où il fut élu sénateur. En 1986, le même jour que les élections régionales, eurent lieu les élections législatives pour lesquelles fut instituée la proportionnelle. Leyzour, qui conduisit aussi la liste communiste dans le département, manqua de peu l’élection avec 11,6 % des suffrages exprimés. En 1988 avec le retour du scrutin uninominal à deux tours, il fut candidat dans la circonscription de Guingamp. Arrivé second au premier tour avec 30 % des suffrages, derrière le socialiste Maurice Briand (34,5%) et devant le candidat de droite Daniel Pennec (27,9 %), il se désista en faveur du candidat socialiste qui fut élu.

Félix Leyzour fut candidat aux scrutins européens en 1989 et 1994. Il figura encore, mais sans être en position d’être élu, sur la liste communiste aux élections régionales de 1992. Solide élu local, départemental et régional, il accomplit deux mandats nationaux pendant treize ans. Aux élections sénatoriales de septembre 1980, la fédération communiste s’appuyant sur le rapport de forces nettement favorable à la gauche unie, proposa aux instances socialistes de régler le problème dès le premier tour avec une liste d’union comportant deux candidats PS et Édouard Quemper pour le PCF. L’union fut impossible et la liste PCF, comme elle l’avait annoncé en cas de désaccord, se maintint au deuxième tour. Avec l’élection de deux sénateurs, la droite tira profit de cette situation. Le choc fut grand en particulier dans les milieux laïques et compliqua la campagne des élections présidentielles. En 1989, la défaite de 1980 restait vivace dans les mémoires. Les propositions communistes de faire une liste d’union dès le premier tour (deux socialistes, un communiste) n’ayant pas abouti, il y eut deux listes au premier tour. Au vu des résultats obtenus par la liste communiste conduite par Leyzour, l’union se fit au second tour, donnant une victoire totale à la gauche et permettant au candidat communiste de devenir le premier sénateur communiste du département, Auguste Le Coënt, maire de Saint-Nicolas-du-Pélem et conseiller général, ayant siégé à partir de 1946 à 1948 au Conseil de la République, devenu Sénat par la suite. Leyzour participa aux travaux de la commission des affaires économiques du Sénat.

Aux élections législatives de juin 1997, avec 29,8 % des suffrages exprimés au premier tour, Félix Leyzour devança nettement Jean Le Floc’h*, conseiller général socialiste de Lanvollon, qui obtint 23% des suffrages. Au second tour, il battit nettement le député sortant de droite, Daniel Pennec avec 56,9% des voix. Seul député communiste de tout l’Ouest du pays, il démissionna du Sénat permettant à Jean Derian, maire communiste de Ploufragan, d’être élu au Palais du Luxembourg lors d’une élection sénatoriale partielle en septembre 1997 pour laquelle il fut le seul candidat de gauche. L’union à gauche fonctionna également en 1998, lors du renouvellement des trois sénateurs costarmoricains : Gérard Le Cam (PCF), Claude Saunier et Pierre-Yvon Trémel pour le PS.

A l’Assemblée nationale, membre de la commission de la production et des échanges, Félix Leyzour fit partie en 2000 de la commission d’enquête sur la sécurité des transports maritimes des produits dangereux et polluants. Il présida aussi la commission d’enquête sur la transparence et la sécurité de la filière alimentaire de 1999 à 2000 et fut le vice-président de la délégation de l’assemblée à l’aménagement et au développement durable du territoire.

Félix Leyzour ne se représenta pas à la députation en 2002. Le PCF perdit le siège au profit du parti socialiste ; Marie-Renée Oget*, maire de Tréffrin, devançant le candidat communiste Gérard Lahellec au premier tour. Il quitta le Conseil général en 2008. Le PCF perdit le siège de Callac au profit du candidat du parti socialiste, Christian Coail, dans une élection caractérisée par une multiplicité de candidatures de maires du canton. L’élection de Carole Lejeune à la tête de la municipalité de Callac permit au PCF de conserver des bases solides dans ce canton présenté souvent comme un de ses secteurs d’influence.

Militant au plan syndical et politique, au plus près des réalités du terrain, Félix Leyzour fut aussi un homme de dossiers dans les diverses fonctions d’élu qu’il a occupées. Assidu au Parlement, il prit une part active dans divers débats d’intérêt national, soucieux de faire avancer aussi des dossiers concernant la Bretagne. À partir de 2008, n’exerçant plus de fonctions électives, il ne se considérait pas en retrait de la vie citoyenne et de la vie politique. Sa formation et son engagement militants, sa connaissance des problèmes départementaux et régionaux firent qu’il continua d’apporter son concours à l’activité politique de sa section, de sa fédération et au travail de l’Association départementale des élus communistes et républicains des Côtes-d’Armor qu’il présida pendant plusieurs années. En 2011, encouragé par ses camarades, il rédigeait ses mémoires et prenait sa part dans la rédaction du Callacois, journal trimestriel de la section communiste de Callac.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article139066, notice LEYZOUR Félix, Emmanuel, Marie par Christian Bougeard, Jacques Girault, Alain Prigent, version mise en ligne le 5 décembre 2011, dernière modification le 15 juin 2015.

Par Christian Bougeard, Jacques Girault, Alain Prigent

SOURCES : Arch. Dép. Côtes d’Armor, 47W6, rapport des renseignements généraux, juin 1968. — Archives du comité national du PCF. — Fichier des membres du comité fédéral de la Fédération des Côtes d’Armor du PCF établi par Gilles Rivière. Fichier des maires communistes des Côtes d’Armor établi par Gilles Rivière. — Archives de la FSU des Côtes d’Armor. — L’Aube Nouvelle. Une semaine dans les Côtes-du-Nord, supplément de l’Humanité Dimanche. — Marcel Alory, L’Union de la Jeunesse Patriotique Républicaine de France dans les Côtes-du-Nord (1945-1956), monographie, 28 pages, sans date. — Presse syndicale. — Presse nationale. — Sites Internet de l’Assemblée nationale et du Sénat. — Notes de l’intéressé. — Sources orales.

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