DUBOIS Henriette [GASTAUD Henriette]

Par Jacques Girault

Née le 3 août 1920 à Janville-sur-Juine (Seine-et-Oise/Essonne), morte le 4 septembre 2018 à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) ; secrétaire ; militante communiste dans la Seine et les Alpes-Maritimes ; résistante ; conseillère municipale d’Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) de 1967 à 1971.

Henriette Dubois prononçant une discours lors d’un hommage à Jean Moulin, en mai 2016, à Nice
Henriette Dubois prononçant une discours lors d’un hommage à Jean Moulin, en mai 2016, à Nice
Cliché Musée de la Résistance Azuréenne

Son père, Henri Lelièvre (1859-1937), apprenti margeur dans une imprimerie parisienne, avait vécu le siège de Paris et la Commune en 1870-1871. Parti à la fin des années 1870 pour cinq années de service militaire, il avait déserté et vécu quinze ans en exil en Belgique. Amnistié, il revint en France à la fin des années 1890. Franc-maçon, antimilitariste, anticlérical, anticolonialiste, il créa avec son frère une entreprise de peinture spécialisée dans la publicité et les lettres. En 1919, il se mit en ménage avec Germaine Dubois (1898-1939), qui, seule, reconnut leur fille et fut adhérente, sous le Front populaire, à l’Union des femmes contre la misère et la guerre.
Henriette Dubois, élève de l’école primaire supérieure Ségurane à Nice, titulaire du brevet commercial en 1936, devint dactylo dans une maison de pièces détachées d’automobiles puis en 1937 travailla pour l’Association touristique populaire créée avec l’aide de Virgile Barel, député communiste. En octobre 1937, secrétaire administrative de la fédération communiste et de son journal Le Cri des travailleurs, elle fut chargée un jour par semaine du secrétariat parlementaire de Barel.
Henriette Dubois adhéra aux Jeunesses communistes en juillet 1936. Secrétaire du groupe de Jeunes filles de France de Villefranche, secrétaire régionale de l’UJFF, elle adhéra au Parti communiste en octobre 1937. Déléguée au congrès d’Arles, elle fut élue « Muse de la Liberté », lors de la dernière fête fédérale communiste en août 1939 célébrant le 150eme anniversaire de la Révolution française. Après l’interdiction du Parti communiste, elle participa à la publication clandestine du journal et des divers tracts.
Henriette Dubois se maria en août 1940 à Nice avec Raoul Gastaud, ancien secrétaire régional des Jeunesses communistes, qui fut arrêté en octobre 1940 et interné à Oraison (Basses-Alpes/Alpes de Haute Provence) puis à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), remis en liberté en janvier 1942. Après la guerre, artisan peintre, il devint président de la Chambre syndicale des artisans puis de 1977 à 1995 maire d’Ascros où il s’était retiré. Le couple eut un garçon, né en décembre 1940, puis divorça en 1947. Henriette Dubois vécut ensuite à Paris avec Boris Guimpel. Ils eurent deux filles.
Pendant l’Occupation, Henriette Dubois fut contactée par Andrée Georges* en décembre 1940. Réfugiée avec son fils chez sa belle-mère à Ascros, elle reprit contact avec les communistes niçois en janvier 1942. Après l’arrestation ratée et la fuite de son mari en mai 1943, une perquisition en juillet 1943, elle quitta la ville en octobre 1943 pour rejoindre les FTPF à Lyon. Affectée comme agent de liaison de « Mailly » (Guimpel), commissaire aux opérations à l’État-major de la zone Sud, elle participa à des actions clandestines à Marseille et à Lyon sous le pseudonyme de « Nelly ». Après la chute de l’État-major en mai 1944, mise au vert un court temps, elle fut envoyée à Montpellier comme agent de liaison du capitaine Gomez sous le pseudonyme de « Michèle ». En août 1944, revenue à Lyon, mise à la disposition du nouvel État-major sous les ordres de Roger Roucaute, elle participa aux actions du maquis de l’Azergues jusqu’à sa rentrée dans Lyon, le 3 septembre. Elle fut incorporée dans le premier régiment du Rhône, à la caserne de la Part-Dieu au secrétariat de Raymond Périnetti (colonel Brun). Démobilisée en octobre 1944, elle entra à la Préfecture de Marseille comme secrétaire de Jérôme Ferrucci, chef de cabinet du Commissaire de la République Raymond Aubrac jusqu’en avril 1945.
Henriette Dubois travailla à Ce Soir puis à Regards à Paris en 1947-1948 et fut membre du syndicat CGT du Livre. Employée de l’entreprise de transports Botrans, spécialisée dans le commerce avec les démocraties populaires de 1949 à 1955, elle adhéra au syndicat CGT des transports. Puis elle entra comme secrétaire de direction chez Franck et fils de 1955 à 1980 et milita dans le syndicat CGT du commerce (grands magasins).
Henriette Dubois milita successivement dans les sections communistes de Boulogne, de Vanves, d’Epinay-sur-Seine. Participant à la diffusion de la presse communiste, elle fut secrétaire de diverses organisations (France-URSS et ANACR) et d’un conseil local de parents d’élèves.
A Épinay-sur-Seine, Henriette Dubois, candidate sur la liste « d’Union démocratique », comprenant des militants communistes et socialistes SFIO, aux élections municipales partielles pour cinq sièges, fut élue le 24 septembre 1967. Elle fut désignée pour les commissions des écoles et des fêtes. Elle ne se représenta pas en fin de mandat en 1971.
Retraitée en 1980, Henriette Dubois revint à Nice. Elle anima pendant une dizaine d’années l’Amicale des anciens volontaires en Espagne républicaine dans le département, fut la secrétaire administrative puis départementale de l’ANACR en 1986 et membre du bureau national de l’ANACR depuis 1996. Elle était la doyenne de cette organisation en 2017. Membre fondateur de l’Association azuréenne des amis du Musée de la Résistance à Nice en 1987, elle en fut la secrétaire administrative puis la secrétaire générale. Elle cessa d’être membre de l’Amicale des Vétérans communistes en 1995. Elle fit partie du comité de parrainage du Pôle de Renaissance Communiste de France.

Son décès fut annoncé dans le « Carnet » de l’Humanité du 6 septembre 2018 qui précisait, comme date de la fin d’appartenance au PCF, 1996, et qu’elle avait décorée par Henri Rol-Tanguy de la Légion d’Honneur en 1997.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article138368, notice DUBOIS Henriette [GASTAUD Henriette] par Jacques Girault, version mise en ligne le 8 octobre 2011, dernière modification le 17 octobre 2018.

Par Jacques Girault

Henriette Dubois prononçant une discours lors d’un hommage à Jean Moulin, en mai 2016, à Nice
Henriette Dubois prononçant une discours lors d’un hommage à Jean Moulin, en mai 2016, à Nice
Cliché Musée de la Résistance Azuréenne
Carte d’identité professionnelle, Henriette Gastaud, cabinet du commissaire de la République, janvier 1945.
Carte des combattants volontaires de la Résistance

OEUVRE : "Nelly". En résumé... nous devons témoigner. Une vie militante... toujours en prise avec les événements, dactylographié, 78 p. + annexes, déposé à la bibliothèque du Musée de la Résistance des Alpes-Maritimes.,inventaire 2745, classement 650DUB.

SOURCES : Arch. Mun. Epinay-sur-Seine (Delphine Masset), 1 D et 1 K. — Renseignements fournis par l’intéressée. — Note de Louis Fiori.

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