JOUVENEL Renaud de [DE JOUVENEL DES URSINS]

Par Claude Pennetier

Né le 21 octobre 1907 à Paris, mort le 31 décembre 1982 à Cannes (Alpes-Maritimes) ; écrivain ; directeur-propriétaire de la maison de disque Le Chant du Monde ; compagnon de route du Parti communiste.

Renaud de Jouvenel est issu de la célèbre famille de Jouvenel qui donnèrent un journaliste politique (Robert de Jouvenel), un ambassadeur de France et sénateur (Henri de Jouvenel), son père. Il ne fut reconnu qu’en 1927 en raison de la situation matrimoniale de sa mère, Ide de Comminges, ayant eu des difficultés à divorcer de son précédent mari. Il écrit de son père : « L’homme est indéniablement exceptionnel, pas exactement au-dessus de la mêlée comme Romain Rolland s’est voulu, mais témoignant d’un mépris certain pour les combinaisons politiques. En tant que père, il laisse à désirer, mais la fibre maternelle de ma mère, la comtesse Isabelle de Comminges, ne vibrait pas davantage. » (Confidences.., p. 17) Cette situation particulière aurait contribué à sa position en marge dans la famille et à une tension avec son demi-frère, Bertrand de Jouvenel (1903-1987). Il eut pour parrain Anatole de Monzie. Il fut envoyé dans des pensionnats de lycée, , une école anglaise, une école religieuse, un lycée à Pau et se forgea « sa propre culture, ses propres idées » et « une tête encore plus dure que celle de ses géniteurs ». Il s’enthousiasma pour la littérature sociale mais ne poussa pas sa découverte du marxisme au-delà du Manifeste communiste. Il avait déjà traduit, en 1934, un livre de Engelbrecht et Hanighen sur le commerce international des armes. En 1935, il fit la découverte de l’Amérique latine et de l’Amérique centrale qui inspira un premier livre : Panorama de l’Amérique latine.

Diplômé en droit « de gauche » et « antifasciste », avocat au barreau de Paris, Renaud de Jouvenel collaborait à la revue Le Cahier bleu. S’il publia des contes dans Le Populaire, ce fut, dit-il, par un concours de circonstances et non par conviction. Au Palais de justice il avant sympathisé avec Marcel Willard et Joë Nordmann et l’avait suivi à l’Association juridique internationale (AJI). En 1936, encouragé par le Secours rouge international (SRI), il se rendit avec l’avocat communiste en Roumanie et en Grèce pour témoigner des conditions de détention des opposants politiques et publia un grand article dans La Lumière. Vladimir Pozner l’avait présenté à Leiber Cical, responsable des Éditions sociales internationales (filiale communiste) qui en fit un directeur d’une collection romanesque. La mise à l’écart de Cical le mit en rapport avec Léon Moussinac. C’est dans ce contexte qu’il fonda, en 1939, la maison d’édition musicale Le Chant du Monde avec sa femme Arlette Louis-Dreyfus épousé en août 1933, mélomane (le couple eut un fils, Foulques). Toujours en 1939, il présida, à la demande d’Aragon, le Comité d’aide aux intellectuels espagnols, épaulé par René Blech, secrétaire général.

Il passa la « drôle de guerre » comme secrétaire d’état-major au GDG et en rendit compte dans sonJournal de guerre puis se rendit à Brive et s’occupa du journal local l’Avenir de la Corrèze. Son épouse étant juive, le Chant du Monde fut placé sous administration des biens juifs. Sympathisant de la Résistance, il ne semble pas y avoir joué un rôle. Pourtant Juliàn Antonio Ramirez dit dans ses mémoires avaoir assisté, début 1941, à une réunion du Parti communiste espagnol à Castel Novel, le château de Renaud de Jouvenel.

Revenu à Paris, Renaud de Jouvenel fut nommé à la présidence du Front national du Spectacle et reprit la direction du Chant du monde. Compagnon de route du PCF, il fut désigné comme rédacteur en chef du Revue des partisans de la paix, édition française et anglaise et espagnole, jusqu’à son remplacement par Pierre Cot. Il concentra alors ses efforts sur sa fonction de PDG du Chant du Monde recréée en 1946 avec des fonds du PCF, sous le contrôle de Jean Jérôme. Si Renaud de Jouvenel ne le cite que sous un surnom (GiGi) dans ces souvenirs, il semble que les rapports en cette éminence grise des finances communiste et l’avocat-écrivain ont été tendues. (Confidences, p. 36-37). La maison d’édition connut un grand essor. Il admet que c’est grâce à Jean Jérôme qu’il eut l’exclusivité des grands musiciens russes et l’accès aux studios de Prague, Budapest et de Berlin-Est, en contrepartie il admet que le Parti communiste se faisait financer par Le Chant du Monde (Confidences, p. 47). Il eut la chance de publier les premiers disques de Léo Ferré, Francis Lemarque, Mouloudji et Germaine Montero. Le Chant du Monde devint une valeur sûre des entreprises culturelles communistes avec Le Cercle d’Art (Charles Feld) et La Farendole (Paulette Fabelinska).

Pour sa part Jouvenel participait aux grandes campagnes du mouvement communiste international : L’internationale des traîtres, La Bibliothèque française, 1948 ; Tito, maréchal des traîtres, La Bibliothèque française, 1950.

Évincé de Chant du Monde, il créa avec sa deuxième épouse, une salariée de La Nouvelle critique et ancienne rédactrice en chef du magazine de l’Union des femmes française, la maison d’édition d’art Léda mais il fut vite bloqué pour ses initiatives avec la Hongrie. En 1963, sa collaboration avec la presse et les organismes du PCF devint impossible.

Il s’éloigna progressivement du PCF et publia en 1980 il livre acerbe sous le titre Confidences d’un ancien sous-marin du PCF.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article138035, notice JOUVENEL Renaud de [DE JOUVENEL DES URSINS] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 1er septembre 2011, dernière modification le 28 décembre 2018.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : Village X¿, Paris, Flammarion, 1936. — Panorama de l’Amérique latine, 1936. — Commune Mesure, Paris, Éditions sociales internationales, 1938. — Les Volontaires, N° 8, 1939. — Vingt Années d’erreurs politiques, 1947. — L’Internationale des traîtres, Paris, La Bibliothèque française, 1948. — Tito, maréchal des traîtres, Paris, La Bibliothèque française, 1950. — Panorama du Monde, 1949. — Les Sauvages, roman, 1952. — La guerre des mercenaires, 1952. — L’Albanie : pays à découvrir, Le Jardin des Arts. — Confidences d’un sous-marin du PCF, Julliard, 1980.

SOURCES : CAC 19960325 article 1, rapport RG PCF 1950 (communiqué par l’IHTP). — Vincent Casanova, « Jalons pour une histoire du Chant du Monde à l’heure de la guerre froide (1945-1953) », Bulletin de l’Institut Pierre Renouvin, 2004. — Henry Coston (dir.), Dictionnaire de la politique française, Tome I, Limoges, 1998, p. 576, notice « Famille de Jouvenel ». — Confidences d’un sous-marin du PCF, 1980. — Juliàn Antonio Ramirez, Ici Paris. Memorias de una voz de la libertad, Madrid, Editorial Alianza, 2003, pP. 220-221.

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