KRIVINE Jean-Michel, dit Arnold, dit Nikita, dit Bui Ten-Chi, dit Louis Couturier

Par Daniel Couret (avec Jean-Guillaume Lanuque)

Né le 5 août 1932 à Paris (IXe arr.), mort le 14 mai 2013 à Paris ; docteur en médecine, chirurgien à l’hôpital d’Eaubonne (Val-d’Oise) ; communiste puis trotskyste, militant aux Jeunesses socialistes de 1946 à 1947, du Rassemblement démocratique révolutionnaire en 1948, du PCF de 1948 à 1970, membre en parallèle du Parti communiste internationaliste – section française de la IVe Internationale à partir de 1956, puis de la Ligue communiste, de la Ligue communiste révolutionnaire et du Nouveau parti anticapitaliste ; investi dans le Tribunal Russell sur la guerre du Vietnam.

Jean- Michel est le frère aîné d’Alain Krivine et Hubert Krivine. Il est l’un des cinq fils du docteur Pierre Krivine, médecin et stomatologue parisien, sympathisant socialiste, lequel est né en France de parents juifs russes ayant fui les pogroms de l’empire tsariste. Il commença à s’intéresser très tôt à la politique, dès 1946, à l’âge de quatorze ans, lisant le journal des Jeunesses socialistes (JS), Le Drapeau Rouge, et La Vérité, l’organe du Parti communiste internationaliste - section française de la IVe Internationale (PCI-SFQI). À l’automne 1946, il adhéra aux JS, mouvement qui était alors sous l’influence des trotskystes, et milita activement dans le IXe arrondissement de Paris, où il résidait. Il était à l’époque élève au lycée Condorcet. En 1948, les JS furent exclues de la SFIO et le jeune Jean-Michel Krivine se tourna vers le mouvement trotskyste, dont il avait côtoyé nombre de militants au sein des JS. Il milita un temps aux Jeunesses communistes internationalistes, lesquelles se transformèrent en 1949 en Mouvement révolutionnaire de la jeunesse, une organisation éphémère qui ne comptait guère plus d’une centaine de militants. Il ne milita que quelques mois dans cette organisation, la trouvant trop petite, selon ses dires, et après un bref passage au Rassemblement démocratique révolutionnaire, un parti fondé par Jean-Paul Sartre* et David Rousset* qui eut une existence éphémère, il décida de se tourner vers le Parti communiste français auquel il donna son adhésion à la fin de l’année 1949.

Il milita activement à l’Union de la jeunesse républicaine de France (nouvelle dénomination des Jeunesses communistes), puis après son baccalauréat, qu’il obtint en 1950, il rejoignit l’Union des étudiants communistes (UEC), alors qu’il entamait ses études de médecine à la faculté de la rue des Saints-Pères, à Paris. Il milita très activement au sein de l’UEC où il prit des responsabilités, reconnaissant lui-même être devenu « un parfait stalinien »… C’est durant l’année 1956, après la publication du Rapport Khrouchtchev sur les crimes de Staline et au lendemain de l’insurrection hongroise de novembre 1956, qu’il se mit à douter de la politique de l’URSS et du soutien inconditionnel que le PCF apportait à cette dernière. Un des ses camarades de faculté, Adalbert Kapandji, également membre de l’UEC et du PCF, lui fit rencontrer Pierre Frank*, le dirigeant du PCI - SFQI, avec lequel les deux étudiants en médecine eurent un long entretien. Pierre Frank convainquit Jean-Michel Krivine de rejoindre le PCI tout en lui demandant de demeurer au PCF afin d’y faire de l’entrisme. Il devait conserver cette double appartenance durant les quatorze années suivantes, jusqu’en 1970, en dissimulant bien entendu à ses camarades du PCF qu’il était un militant trotskyste.

Il obtint son diplôme de médecin en 1957 et travailla comme interne dans différents hôpitaux parisiens. Il continua ses études, voulant se spécialiser comme chirurgien. Il épousa en 1953 Irène Borten, une condisciple de faculté, également militante du PCF et du PCI - SFQI. Il vécut avec elle jusqu’en 1969. Ils eurent en 1956 une fille, Anne, future médecin, puis un fils, Frédéric, né en 1959, qui devint plus tard scénariste pour le cinéma et la télévision (Un village français). Jean-Michel Krivine effectua son service militaire en Algérie, en 1957-1958, comme médecin militaire. De retour à Paris en 1958, il milita dans les réseaux clandestins de soutien au FLN algérien, de même que deux de ses frères, les jumeaux Alain et Hubert Krivine*. Il appartenait à un groupe de médecins qui soignaient clandestinement les militants algériens blessés par la police. Après l’indépendance de l’Algérie, il y retourna deux fois, en 1963 et en 1964, avec un groupe de médecins afin d’aider à la formation de personnel soignant dans les fermes et villages autogérés. Il fut membre du comité central du PCI-SFQI de 1960 à 1969, où il militait sous le pseudonyme d’Arnold. Cette organisation, qui comptait moins de 150 militants, influençait des centaines d’étudiants de l’UEC, dont son frère Alain Krivine devint un des principaux porte-parole. Après leur exclusion de l’UEC en 1966, ces étudiants formèrent la Jeunesse communiste révolutionnaire, une organisation largement influencée par les militants trotskystes du PCI-SFQI.

Jean-Michel Krivine, devenu chirurgien en 1963, exerça dans différents hôpitaux de la région parisienne, avant d’être nommé à l’hôpital d’Eaubonne, dans le Val-d’Oise, en 1970, alors qu’il terminait sa fonction de chef de clinique. Engagé dans la lutte de soutien au FNL vietnamien, durant la guerre du Vietnam, il effectua cinq séjours au Vietnam, comme chirurgien, de 1967 à 1987, participant aux travaux du tribunal Russell. À son retour en 1967, à la demande du ministre de la Santé de la République démocratique du Vietnam, le Dr Pham Ngoc Thach, il s’investit dans la création, avec Marcel-Francis Kahn, de l’Association médicale franco-vietnamienne pour l’aide sanitaire urgente, très active jusqu’en 1973. Il fut également membre du comité de rédaction de la revue trimestrielle Chroniques vietnamiennes, une revue éditée par la LCR et un groupe de militants trotskystes vietnamiens en France, qu’il avait intégré au cours des années 1970 comme unique membre non vietnamien, les réunions hebdomadaires du groupe se tenant même à son domicile. Cette revue fut publiée de 1986 à 1991, et se distingua en particulier par une campagne de réhabilitation du trotskyste vietnamien Ta Tu Thau, assassiné par le Vietminh en 1945. Enfin, il dirigea le Comité de soutien aux anciens travailleurs vietnamiens en France, qui avaient été acheminés par milliers vers la métropole en 1939-1940. S’étant adressé au gouvernement français, le Comité permit un début de règlement du problème des retraites et indemnités auxquelles les travailleurs survivants avaient droit.

Il rejoignit en 1970 la Ligue communiste, l’organisation constituée une année auparavant par ses camarades issus du PCI-SFQI et de la JCR. Il n’exerça aucune responsabilité dirigeante dans cette organisation, ni dans la LCR qui lui succéda en 1974, et dont il fut membre sous le pseudonyme de Nikita. Parlant et traduisant le russe, il est l’auteur de nombreux articles sur l’histoire de l’URSS, des partis communistes et des trotskystes dans les revues Inprecor et Critique Communiste. Dans les pages de la revue de l’Institut Léon Trotsky, les Cahiers Léon Trotsky, il défendit, avec Marcel-Francis Kahn, l’hypothèse d’une mort du fils de Trotsky des suites d’erreurs et de complications chirurgicales, et non d’une tentative d’assassinat commanditée par des agents soviétiques, thèse avec laquelle l’historien Pierre Broué* était en désaccord. Il prit sa retraite en 1997, à l’âge de soixante-cinq ans. Il vécut longtemps à Ermont, dans le Val-d’Oise, et quelque temps après le décès de sa deuxième épouse, dont il avait eu une fille, Juliette, il déménagea à Paris dans le XVIIIe arrondissement pour se rapprocher de ses enfants et de ses frères. Il est aujourd’hui membre du Nouveau parti anticapitaliste, où il participe à la formation théorique des jeunes militants et corrige la revue Inprecor.
Il mourut le 14 mai 2013 à Paris ;

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137921, notice KRIVINE Jean-Michel, dit Arnold, dit Nikita, dit Bui Ten-Chi, dit Louis Couturier par Daniel Couret (avec Jean-Guillaume Lanuque), version mise en ligne le 24 août 2011, dernière modification le 17 octobre 2018.

Par Daniel Couret (avec Jean-Guillaume Lanuque)

ŒUVRE : Les grandes affaires du Parti communiste français (écrit sous le pseudonyme de Louis Couturier), Paris, François Maspero, Collection Livres Rouges, 1972. — Carnets de mission au Vietnam 1967-1987, des maquis au socialisme de marché, Paris, Les Indes savantes, 2005. — Carnets de mission dans les maquis Thaïlandais, 1978, Paris, Les Indes savantes, 2011. — « La mort de Leon Sedov » (en collaboration avec Marcel-Francis Kahn) in Cahiers Léon Trotsky, n° 13, mars 1983. — articles dans Rouge, Critique communiste, Inprecor, Chroniques vietnamiennes.

SOURCES : Sylvain Pattieu, Les camarades des frères. Trotskistes et libertaires dans la guerre d’Algérie, Paris, Syllepse, 2002. — Frédéric Charpier, Histoire de l’extrême gauche trotskiste, Paris, Éditions 1, 2002. — Christophe Nick, Les trotskistes, Paris, Fayard, 2002 — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2005. — Alain Krivine, Ça te passera avec l’âge, Paris, Flammarion, 2006. — Collection de la revue Chroniques vietnamiennes.