JOXE Pierre, Daniel

Par Jean-Marcel Bichat

Né le 28 novembre 1934 à Paris ; magistrat, conseiller à la Cour des comptes ; socialiste ; membre puis secrétaire général adjoint de la CIR (1968-1971) ; secrétaire national du Parti socialiste (1971-1981) ; ministre de l’Industrie (mai-juin 1981) ; Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale (1981-1984 ; 1986-1988) ; ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation (1984-1986) ; adjoint au maire de Chalon-sur-Saône (1989-1995) ; conseiller général de Chalon-sur-Saône-périphérie (1973-1979), puis conseiller de Paris ; président du conseil régional de Bourgogne (1979-1982) ; député de la Saône-et-Loire (1973-1984), puis de Paris (1986-1988) ; trésorier national du PS (1979-1981) ; premier président à la Cour des Comptes (1993-2001) membre du Conseil constitutionnel (2001-2010) ; président de la Fondation pour le Protestantisme et vice-président du bureau de l’Association des amis de l’Institut François-Mitterrand.

Pierre Joxe est le fils de l’ambassadeur Louis Joxe (1901-1991), ministre du général de Gaulle, et de Françoise-Hélène Halévy ; il est le petit-fils de l’historien et essayiste Daniel Halévy (1872-1962) et l’arrière-petit-fils de l’écrivain et librettiste d’opéra Ludovic Halévy (1834-1908). Il est donc issu de la bourgeoisie protestante, milieu certes privilégié, mais surtout profondément républicain, à mi-chemin entre le monde intellectuel et la politique, ayant intégré le thème du service de l’État. Il vécut à Alger au début des années 1940, où son père fut mêlé aux complots préparant le débarquement des Alliés (novembre 1942) puis à l’arrivée du général de Gaulle (juin 1943), contre les giraudistes et les Américains. Il fut ensuite élève à Henry IV, puis à la Ffaculté de droit. Il retrouva l’Algérie en 1959, en pleine insurrection, comme aspirant affecté au Centre de coordination des armées à Alger puis éloigné à la base aérienne de Colomb-Béchar avant d’être rappelé et réintégré à la Sécurité militaire, chargé d’identifier et d’éradiquer les résistances à la politique d’autodétermination du général de Gaulle. Durant quelques mois il fut chargé de surveiller et de censurer la presse algéroise, en particulier L’Écho d’Alger dirigé par Alain de Sérigny, comme il le rappela dans son livre, Cas de conscience publié en janvier 2010.

Licencié en droit, Pierre Joxe fut en outre reçu au concours de l’ENA en juin 1960. À sa sortie de l’ENA (promotion Albert Camus) il entra à la Cour des Comptes (juin 1962). Auditeur de 2e classe puis de 1ére classe en 1963 jusqu’à sa mise en disponibilité en 1967, il fut également maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris de 1963 à 1973. De 1967 à 1970, il fut chargé de mission à la direction de la coopération scientifique et technique au ministère des Affaires étrangères.

C’est en 1953, alors étudiant très engagé à l’UNEF et dans les luttes anticolonialistes, qu’il découvrit François Mitterrand lorsque celui-ci démissionna du gouvernement Laniel qui venait de débarquer le roi Mohammed V et d’aggraver les conditions de détention de Bourguiba en Tunisie. François Mitterrand, à ses yeux, avait publié un livre prophétique « Aux frontières de l’Union française », prenant conscience, plus que d’autres, de la nécessité de la décolonisation. En 1955, à Noël, il assista à Cosne-sur-Loire dans la Nièvre à la campagne électorale de François Mitterrand, alors violemment attaqué par les poujadistes. Ceux-ci jetant des bancs en bois contre leurs adversaires et déclenchèrent une bagarre générale. François Mitterrand dut quitter la salle. Pierre Joxe vota pour la première fois de sa vie en janvier 1956. Il espéra le retour au pouvoir de Pierre Mendès France* et fut bientôt déçu par l’action du gouvernement Guy Mollet* en Algérie.

Dès le début des années soixante, il collabora aux Cahiers de la République et à la revue civique Après-Demain, où après être devenu un pilier de l’équipe, il signa pour la première fois un article en 1964, fréquentant régulièrement François-Gérard et Françoise Seligmann* et leurs amis. Dans ces revues, il signa parfois du pseudonyme de Pierre Jernal. Pierre Joxe fut sensible au talent de Pierre Mendès France, auquel il rendit hommage en janvier 2011 dans la revue Après-demain, mais c’est François Mitterrand qu’il choisit de rejoindre lors de sa première campagne présidentielle de 1965. Pierre Joxe considéra que Pierre Mendès France se trompait en excluant les communistes de son combat politique. Il pensait que l’alliance avec les communistes est indispensable à la victoire de la gauche et adhère à la CGT.

Membre de la Convention des institutions républicaines, Pierre Joxe fut candidat FGDS à Paris, dans la 1re circonscription (Ier et IVe arrondissements) lors des élections législatives de 1968. Mais, opposé à un candidat PSU, il fut devancé par le PC et ne figura pas au 2e tour. Membre du groupe permanent de la Convention en octobre 1968 et en décembre 1970, il entra au bureau politique et au secrétariat politique comme secrétaire général adjoint en 1970. Il fut l’un des auteurs, avec François Mitterrand, Claude Estier et Louis Mermaz du projet de Contrat socialiste de la CIR, publié sous le titre Un socialisme du possible (Le Seuil, 1970). Il fut l’un des principaux acteurs de la préparation du congrès d’Épinay, puis du congrès lui-même, intervenant notamment dans la discussion sur les statuts du parti. Il entra au comité directeur, au bureau exécutif et au secrétariat national du nouveau PS, chargé de la formation et de l’administration. Il fut l’un des principaux rédacteurs du programme du PS, « Changer la vie » et l’un des principaux négociateurs de l’accord PS-PCF sur le programme commun de gouvernement.

Conseiller référendaire de 2e classe en mai 1968, il revint à la Cour des comptes en 1970 mais décida de se faire élire député en Bourgogne, sur les conseils de François Mitterrand. Dans son livre Cas de conscience, il raconte les déconvenues du « jeune magistrat des comptes » qu’il était, placé dans l’impossibilité de dénoncer des faits patents de corruption (aménagement du littoral languedocien), de spéculation immobilière (ORTF) ou de pillage de la Sécurité sociale (hôpital d’Albi).

Après de premiers contacts dans la 3e circonscription de Saône-et-Loire (Autun-Le Creusot), proche du département de la Nièvre, où les militants du parti d’Épinay ne veulaient pas reconduire l’ancien député radical FGDS, il se porta candidat dans la 5e circonscription de Saône-et-Loire, Châlon-sur-Saône, gagnée par l’UDR en 1968. Il fut élu député en mars 1973 (avec 51,2 % des voix au 2e tour) et conseiller général de Chalon-sur-Saône en septembre de la même année. Contrairement à nombre de dirigeants socialistes Pierre Joxe n’avait pas cherché à hériter d’une circonscription, mais il avait conquis par son travail une circonscription difficile. Il quitta le Secrétariat national du PS lors du congrès de Grenoble, mais demeura délégué général chargé des problèmes agricoles. Lionel Jospin, qu’il semble avoir convaincu d’adhérer au PS fin 1971-début 1972, le remplaça au secrétariat national à la formation.

En novembre 1973, Pierre Joxe s’opposa à François Mitterrand lors d’un bureau exécutif au sujet de l’envoi d’ambassadeurs socialistes dans les pays européens de l’Europe des 9 et non dans les pays alors communistes. François Mitterrand s’énerva et Pierre Joxe envoya une lettre de démission à Pierre Mauroy*. Tout rentra dans l’ordre mi-décembre, mais la Convention nationale prévue sur l’Europe avait été transformée en congrès extraordinaire. C’est elle qui fixa la doctrine européenne du parti d’Épinay profondément divisé sur ce sujet : « Il faut faire l’Europe pour faire le socialisme, il y aura une poussée socialiste de l’Europe tout entière à l’instigation du PS français » croit entrevoir François Mitterrand, européen convaincu depuis les lendemains de la guerre.

Pierre Joxe devint adjoint au maire de Chalon-sur-Saône au lendemain des élections municipales de mars 1977. Réélu à l’Assemblée nationale en mars 1978 (avec 52,2 % des voix au 2e tour), il était vice-président du groupe socialiste dirigé par Gaston Defferre et semblait promis à la succession de celui-ci. De 1979 à 1982, il présida le conseil régional de Bourgogne. Au PS, il organisa avec Claude Estier le voyage de François Mitterrand en Algérie (février 1976), participa activement aux négociations avec le PCF sur l’actualisation du programme commun (en particulier sur la question cruciale des nationalisations) mais ne revint à la direction du PS, en charge de la Trésorerie qu’au lendemain du congrès de Metz. Il remplaça à ce poste le defferriste Charles-Emile Loo* sans être formellement ni membre du bureau exécutif ni du secrétariat national. Il ébaucha un temps la création au sein du PS d’un sous-courant de pensée, au sein du courant Mitterrand, en créant le bulletin Pour l’union, rassemblant notamment d’anciens conventionnels. Après s’être montré très réticent envers l’entrée de Michel Rocard* au PS en 1974, il aurait envisagé de présenter sa candidature à l’élection présidentielle contre Michel Rocard* si François Mitterrand* ne s’était pas présenté. Il participa aux côtés de Louis Mermaz* et de Françoise Seligmann* - au domicile de laquelle se tiennent les réunions préparatoires - à l’élaboration de « l’appel des trente » (« contribution pour le renforcement du PS et la victoire du socialisme en France ») en faveur du maintien de la ligne d’union de la gauche. Cet appel publié dans le journal Le Monde du 23 juin 1978 fédéra des mitterrandistes historiques, des plus jeunes et des personnalités diverses comme Jean Pronteau*, Jacques Delors et Daniel Mayer et constitua la première manifestation d’une offensive en faveur de la future candidature de François Mitterrand, contre les amis de Michel Rocard et de Pierre Mauroy. Lors du colloque organisé le 6 mai 2011 par l’Institut François Mitterrand et la Fondation Jean Jaurès, Pierre Joxe a révélé comment il avait participé chez un routeur en banlieue à l’envoi de la lettre de Philippe Dechartre aux militants RPR les appelant à battre Giscard et à voter Mitterrand . « J’ai payé les timbres. Pasqua a fourni le fichier. Un des rares moments délicieux de ma vie politique. Pasqua ne voulait pas se faire voler son fichier, je ne voulais pas me faire voler mes timbres. »

Ministre de l’Industrie dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy, de mai à juin 1981, réélu député avec 58,7 % des voix le 21 juin 1981, conformément à un souhait de François Mitterrand, il fut élu à la présidence du groupe socialiste, fonction également convoitée par Jean Poperen. Le groupe PS comprenait alors une large majorité absolue de l’Assemblée, avec 266 députés (285 avec les apparentés) sur 491, mais la plupart d’entre eux siège pour la première fois dans une assemblée. Pierre Joxe présida le groupe socialiste à l’Assemblée nationale de 1981 à 1984 avec fermeté et autorité et apparut parfois comme un partenaire difficile aux yeux des amis de Pierre Mauroy avec lequel les relations furent toujours été compliquées. « L’Hôtel Matignon s’inquiète dès qu’il prend la parole » écrit Alain Duhamel dans le portrait qu’il lui consacra en 1983 (Les prétendants, Gallimard).

En 1982, l’affaire de l’amnistie des généraux de l’OAS fut, dit-il lui-même, « le plus mauvais souvenir de [ses] vingt années de vie politique » (Cas de conscience). L’article 6 du projet de loi « relatif au règlement de certaines conséquences des évènements d’Afrique du Nord » prévoit la réintégration dans les cadres des généraux putschistes déjà amnistiés en 1968, en particulier les anciens généraux Salan et Jouhaud, putschistes en avril 1961 et anciens dirigeants de l’OAS (Organisation de l’armée secrète). L’article en question fut supprimé par les députés mais rétabli par les sénateurs. Malgré le soutien unanime du bureau exécutif du PS et de la presque totalité du groupe, la procédure parlementaire est accélérée et conclue en quelques semaines. L’application de l’article 49, alinéa 3, de la Constitution permit de considérer le texte comme adopté dès lors qu’aucune motion de censure n’avait été déposée dans les 24 heures.

Pierre Joxe entra à nouveau au gouvernement lors de l’arrivée de Laurent Fabius à Matignon, devenant ministre de l’Intérieur et de la décentralisation et succédant une nouvelle fois à Gaston Defferre. Dans son livre PS : 40 ans d’histoire(s), Daniel Vaillant qui fut un de ses successeurs dans ce ministère estime qu’ « il aura fallu attendre [son] arrivée Place Beauvau pour que le gouvernement prenne enfin la mesure du risque [de l’insécurité] et s’occupe de renforcer la police, de la moderniser et de la diriger avec autorité. »

Fervent partisan de la représentation proportionnelle, il convainquit François Mitterrand d’y recourir pour les difficiles élections législatives de mars 1986. La représentation proportionnelle figurait dans le programme du PS de 1972 sous la forme du système ABWR, Adler-Blum-Weill-Raynal (représentation proportionnelle nationale, avec un scrutin individuel dans le cadre des circonscriptions et des péréquations entre les départements). La RP était le mode de scrutin traditionnellement réclamé par les partis de gauche, PSU compris. Appliquée aux élections législatives et aux élections régionales qui ont lieu le même jour, elle permit de sauvegarder un maximum d’élus socialistes sortants. La liste qu’il conduisit arrivant en tête avec 34 % des voix, ce qui lui valut trois élus - Pierre Joxe redevint député et présida à nouveau le groupe socialiste au lendemain des élections législatives.

Au sein du PS ravagé par la querelle entre Lionel Jospin et Laurent Fabius, qui culmina au congrès de Rennes (1990), Pierre Joxe soutint de manière continue Laurent Fabius, dès la mise en cause par le Premier secrétaire du meeting de lancement de la campagne électorale organisé à Marseille en faveur du Premier ministre par Gaston Defferre (juin 1985). Il le soutint notamment pour la désignation du Premier secrétaire en remplacement de Pierre Mauroy (1988) et lors de la préparation et du déroulement du congrès de Rennes.

Pierre Joxe retrouva le ministère de l’Intérieur en 1988 et mèna une modernisation de la police, par sa professionnalisation et sa départementalisation, ainsi que la généralisation de l’outil informatique et le développement de la police scientifique. Il soutint l’idée d’une spécificité de la Corse dans la République et mit également en place le « statut Joxe » pour l’île, voté en 1991, instituant la collectivité territoriale de Corse qui acquit plus d’autonomie vis-à-vis de Paris. Après la démission de Jean-Pierre Chevènement en janvier 1991, en pleine guerre du Golfe, il est nommé ministre de la Défense.

Délaissant la Bourgogne, et désireux depuis longtemps de s’attaquer au « système Chirac », il fut candidat aux élections municipales de 1989 dans le XIIe arrondissement de Paris, mais n’empêcha pas la réélection du maire sortant dès le 1er tour (droite 53,90 %, PS, 25,89 %). Élu conseiller de Paris, il siégea en outre au conseil régional d’Île-de-France à partir de mars 1992 après avoir conduit la liste socialiste aux élections régionales. Dans son dernier livre déjà cité Daniel Vaillant observa que le résultat obtenu à Paris, s’il était inférieur au score de 1986, fut nettement moins en recul que dans les 21 autres régions et les sept autres départements d’Ile de France. L’évolution constatée lors des dernières élections municipales se confirma : « la droite décline à Paris » mais ce n’est qu’en 1995 que les suffrages de la gauche attendront la majorité, avant de permettre la conquête de la ville en 2001.

Le 10 mars 1993, à l’approche des élections législatives, Pierre Joxe retrouva la Cour des Comptes dont il devint Premier président, succédant à Pierre Arpaillange, abandonnant ses mandats politiques. Il apparut aux yeux de certains comme un possible candidat socialiste à l’élection présidentielle de 1995, mais milita en fait pour la candidature de Jacques Delors qui renonça bientôt à cette perspective.

En février 2001, il quitta la tête de la Cour des Comptes pour siéger comme son père – dont il retrouva d’ailleurs le bureau – au Conseil constitutionnel, nommé pour neuf ans le 26 février 2001 par le président de l’Assemblée nationale Raymond Forni.

Pierre Joxe fut également président de la Fondation pour le Protestantisme et vice-président du bureau de l’Association des amis de l’Institut François-Mitterrand. Il publia plusieurs livres sur le protestantisme et sur son itinéraire politique. Dans Pourquoi Mitterrand  ?, il exprima les raisons de l’engouement suscité par François Mitterrand dans son entourage politique : « Nous avions le sentiment de bénéficier, de sa part, d’une confiance et d’un soutien inaltérables. Quelques-uns d’entre nous ont été en quelque sorte adoptés par lui très jeunes. Nous avons donc vécu une expérience inoubliable, nous avons accompagné la réussite d’un grand champion d’échecs, tout en jouant parfois au poker ! ».

En publiant Cas de conscience (éditions Labor et Fides) peu de temps avant de quitter le Conseil Constitutionnel, Pierre Joxe parut abandonner son devoir de réserve. « Conseil constitutionnel : Pierre Joxe rompit avec le devoir de réserve » pour Le Monde du 5 février 2010. Sans trahir le secret du délibéré, il ne raconta pas les coulisses des débats, mais révéla en effet qu’en 2004 il a « failli démissionner du Conseil tant la décision sur la garde à vue des mineurs [lui] semblait choquante sur le plan juridique ». Il réclama la possibilité de publier des « opinions différentes », par lesquelles les membres du Conseil constitutionnel tiendraient des argumentations divergentes de celle retenue par la majorité de cette instance. Ce principe en vigueur à la Cour suprême des États-Unis et dans les cours constitutionnelles allemande ou espagnole n’existait pas en France. Il revint longuement sur les trois dossiers qui l’ont plus particulièrement choqué : la garde à vue des mineurs (2004), la validation du contrat première embauche (2006) et la réforme permettant au président de la République de nommer directement le patron de France Télévisions (2009). Aux yeux de Pierre Joxe, les avantages de la publication des opinions divergentes seraient immédiats et à long terme : dans l’immédiat, l’opinion publique, la presse, les enseignants, pourraient comprendre quel est le débat juridique qui a eu lieu dans la juridiction en cause. Avec le temps, tout le monde pourrait comprendre les évolutions jurisprudentielles en cours et les évolutions à venir.

Devenu avocat, Pierre Joxe s’intéressa désormais tout particulièrement à la justice des mineurs. Il n’intégra pas un cabinet d’avocats, mais voulut surtout assister à des audiences, observer ce qui s’y passait, par intérêt politique et civique.

On a souvent fait de Pierre Joxe un homme de paradoxes : grand bourgeois, fils d’un grand gaulliste et très à gauche au sein du PS, fasciné par Mitterrand, marxiste, cégétiste et protestant, etc. mais nul n’a contesté son intégrité et son autorité morale. La thèse qui prétend que la représentation proportionnelle instaurée pour les élections législatives de 1986 n’ait été qu’un instrument diabolique imaginé par François Mitterrand essentiellement pour favoriser le Front national et gêner la droite victorieuse a toujours épargné Pierre Joxe, aujourd’hui encore ardent défenseur de ce mode de scrutin contesté, y compris au sein du PS, et principal artisan à l’époque de son introduction !

Le PS de Martine Aubry rêvait de lui confier la direction de la Haute autorité chargée de veiller au bon déroulement des primaires pour la désignation du candidat à l’élection présidentielle, fonction qu’il n’a pas souhaité occuper. Dans le portrait très fouillé qu’il lui consacrait en 1983 Alain Duhamel voit en lui « l’extrême gauche du mitterrandisme » et parle d’un « tempérament incommode » mais d’un caractère et d’une fidélité à François Mitterrand incomparables, d’une volonté impressionnante, d’un dévouement incontestable, d’un loyalisme insoupçonnable et en privé d’une gaieté inconnue, bien loin de son ironie parfois blessante. Il « ne manque pas d’énergie » et comme François Mitterrand « n’est jamais plus ferme que dans les difficultés. » Quinze ans après la disparition de François Mitterrand, il demeurait en 2011 encore son plus fidèle héritier et son meilleur avocat.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137514, notice JOXE Pierre, Daniel par Jean-Marcel Bichat, version mise en ligne le 10 juillet 2011, dernière modification le 5 septembre 2011.

Par Jean-Marcel Bichat

ŒUVRE : L’édit de Nantes, une histoire pour aujourd’hui, Hachette-Littératures, 1998. — À propos de la France, Itinéraires 1, Flammarion, 1998. — Pourquoi Mitterrand  ?, Editions Philippe Rey, 2006. — Réforme, n° 358 du 12 janvier 2006, propos recueillis par Frédérick Casadesus. – Cas de conscience, Labor et Fides, 2010.

SOURCES : Arch. PPo 66.336. — Arch. FJJ/6EF73/2, 3EF78/2-5, 3EF81/1. – La Documentation socialiste, n° 193, avril 1969. — Le Trombinoscope des régions, départements et DOM-TOM, La Gazette du Parlement, tome 2, Paris, 1991. — Jean-François Sirinelli, Dictionnaire de la Vie politique française au XXe siècle, op. cit. — Thierry Pfister, Les socialistes, Albin Michel, 1975. — Françoise Seligmann, Liberté quand tu nous tiens, t. II, Fayard, 2003, p. 214-221.

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