LACHENAL Georges, Robert

Par Marc Giovaninetti

Né le 9 avril 1920 à Lyon (IIe arr.), mort le 29 novembre 2008 à Suresnes (Hauts-de-Seine) ; chaudronnier-tôlier ; militant communiste du Rhône puis de la région parisienne ; résistant ; responsable régional des JC puis de l’UJRF, membre du comité national de l’UJRF en 1946 ; permanent de la Section d’Outre-mer puis de la Section de politique extérieure du comité central ; conseiller de l’Union française ; maire adjoint de Nanterre.

Georges Lachenal est né et a grandi dans une famille ouvrière du quartier de Gerland à Lyon. Il considérait ses parents (père manœuvre et mère ménagère) comme des sympathisants communistes, et une de ses deux sœurs allait le devenir. Il reçut le statut de pupille de la nation en décembre 1930, ce qui laisse à penser que son père avait survécu à la guerre avec de graves séquelles. Il ne suivit que des études primaires qui se conclurent par le Certificat d’études. En 1936, il travaillait comme chaudronnier à l’usine Wenger.

Ses débuts dans le militantisme furent un peu hésitants. Adhérent aux JC dès 1935, mais « sans conviction » et « sans faire de travail », adhérent à la CGT l’année suivante mais « sans responsabilité », il rejoignit pourtant la cellule communiste de son usine à sa constitution cette année-là, et en devint secrétaire jusqu’à la dissolution de 1939, en appartenant aussi au « comité organisation propagande de [sa] section ».

Encore peu engagé, la dissolution le « coupa » pendant un an et demi du parti, avec qui il renoua par l’intermédiaire de Portaillier et Marie Badet, mais la chute de celle-ci le coupa à nouveau, et il dut alors partir aux Chantiers de la Jeunesse du régime de Vichy. À son retour, fin 1942, son camarade d’usine Portaillier tarda à le mettre en relation avec l’appareil clandestin. C’est qu’il s’était marié, juste avant la déclaration de guerre, à l’âge de dix-neuf ans, et que son épouse suscitait une grande méfiance pour de prétendus « contacts avec les flics ». Lorsque commencèrent les premières déportations, cependant, le Parti l’envoya dans le Vaucluse « pour former la région des JC ». Six mois plus tard, il passait « permanent “organisation propagande” » dans le Gard, pendant quatre mois, puis « instructeur pour les départements Drôme-Ardèche-Vaucluse-Gard », et enfin, en décembre 1943, il fut déplacé à l’interrégion de Marseille, mais n’y resta qu’un mois par mesure de sécurité. Il fut alors affecté à Toulouse, toujours par la Fédération des JC, comme « instructeur », et y resta de fin janvier à novembre 1944. Il était connu sous le pseudonyme de « Marc » pendant ces deux années de clandestinité. Après la guerre, un rapport expliquait la fréquence de ces mutations par le fait que sa femme, qui l’avait suivi à Avignon en promettant d’ « être tranquille », « s’était remise à fricoter avec toutes sortes de gens ». Il avait alors rompu avec elle, et aurait même envisagé de « la nettoyer » (sic). Outre Portaillier, ses responsables dans la clandestinité avaient été « Gaillard, Lili Badet, Berlemont et Figuères », ces deux derniers dirigeants depuis Lyon tous les JC de la zone Sud, et Lili (Louise), la sœur de Marie, fut responsable interrégionale à Valence.

À la Libération, Georges Lachenal figurait comme représentant de Toulouse sur la liste du comité national des JC à l’issue de leur première conférence nationale d’octobre 1944. Il était encore déplacé à ce moment-là, pour réintégrer sa ville d’origine, toujours avec la fonction « d’instructeur interrégional ». Dans le questionnaire qu’il remplissait alors, il se disait en instance de divorce avec sa femme (ce fut effectif en décembre 1945), et se remis en ménage avec une camarade des JC, Gisèle Fouquet (Christiane dans la clandestinité). Il faisait suivre sa « bio » d’un long pensum censé tester sa compréhension de la situation politique du moment, qu’il concluait ainsi : « Et à ce moment-là, de toute façon, nous allons vers le socialisme, car cette union de la nation française se réalisera alors pour lutter contre le capitalisme et ses défenseurs qui auront été obligés de jeter le masque devant cette marche de l’avant des masses. »

Suite à quoi il était « retenu pour l’école nationale », et à l’issue de son mois de stage à Arcueil du 27 novembre au 23 décembre 1944 (une autre source indique décembre-janvier 1945), en compagnie de cinq autres jeunes, il était jugé « consciencieux ; bonne compréhension ; semble apte à remplir sa fonction actuelle ». À la fondation de l’UJRF (Union de la Jeunesse républicaine de France) au Congrès de Pâques 1945, il se retrouvait au comité national de la nouvelle structure qui englobait les JC et toutes leurs organisations satellites. Cependant, cette affectation ne se renouvelait pas dans la suite de l’année 1945. Un rapport de la section de montée des cadres d’août 1946 le désignait comme secrétaire du Rhône, successivement des JC puis de l’UJRF, le jugeait « capable, [mais] travaille un peu seul », et le proposait pour le comité national, où il était effectivement « élu » au congrès qui se tenait à Clichy à la fin du mois. Cela donnerait une certaine impression de sur-place pendant deux ans s’il n’était aussi mentionné, quelques années plus tard, qu’il avait « travaillé à la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique [comme] membre du bureau “colonial” ». Pendant cette période, un fonctionnaire de la Section des cadres du Parti rappelait son mariage passé, et s’inquiétait de « voir s’il n’a pas repris contact avec sa femme, je ne le pense pas. C’est un élément très dévoué, qui a bien réalisé ».

Suivant la proposition d’André Leroy, secrétaire de l’UJRF, et avec l’accord de sa fédération, il siégea à partir d’octobre 1947 à la première Assemblée de l’Union française, cette chambre de conseillers désignés ou élus au suffrage indirect qui représentait la France métropolitaine et les pays d’Outre-mer sous sa domination. Il ne semblait pourtant pas jusque-là avoir d’attaches sous ces latitudes, mis à part quelques cousins en Algérie qu’il mentionnait dans sa « bio » de 1944, tout en précisant ne pas avoir de « liaison » avec eux. En 1951, alors que la représentation parlementaire communiste était laminée par le système des apparentements, Lachenal fut un des douze rescapés à conserver sa place de conseiller de l’Union française.

Deux ans plus tôt, remarié (en 1947) et en attente d’un enfant (une petite fille devait naître en 1949), désormais domicilié à Paris, boulevard de la Villette, en passe d’intégrer le comité de section du XIXe arrondissement, il était proposé pour l’école centrale de quatre mois, de mars à juillet 1949, et en sortait avec des appréciations nuancées mais élogieuses :
« Intelligent. A travaillé consciencieusement. Très sympathique. Facilité pour exposer ses idées. Même un peu trop de verve. Un peu figé dans ses appréciations. Assez inégal. Peut faire très bien et beaucoup moins bien. Sa facilité ne le pousse pas à faire un plan, un schéma, son travail s’en ressent et frise parfois le verbalisme. A fait effort pour se défaire de ces défauts et y est assez largement parvenu. Peut très bien faire à ses fonctions actuelles. Très attaché au Parti. »
Si sa carrière au Parti ne devait plus connaître d’aléas, de nouvelles contrariétés matrimoniales l’affectaient en 1954, dont il s’expliquait par lettre en précisant que Servin, le secrétaire à l’organisation, et Feix, le responsable de la section coloniale, en étaient déjà informés : « après une longue réflexion », il s’était séparé de sa femme, née Gisèle Fouquet, standardiste au « 44 », le siège du PCF. Une note de Roger Roucaute, de la Section des Cadres, prenait acte de la situation.
À la section coloniale, comme on continuait généralement à désigner la section d’Outre-mer, Lachenal fut chargé de l’Algérie, et particulièrement des Algériens résidents en France. Il était directeur du journal L’Algérien en France que le PCF leur destinait, et avec le début du conflit armé, il s’efforçait d’inviter les sympathisants Nord-Africains à des réunions d’information au siège de la fédération de Paris, le « 120 » rue La Fayette, ou à la maison des syndicats avenue Mathurin Moreau. Avec un succès dérisoire, selon les rapports de police qui signalaient ces tentatives : dix présents, pas plus, le 12 novembre 1954, guère plus aux deux premières « conférences » à eux destinées en janvier et février 1955, « une vingtaine » pour la troisième, le 10 février. En 1957, il succédait à Louis Odru « aux responsabilités africaines », car celui-ci était muté à la Section de Politique extérieure. En effet, avec l’amplification de la décolonisation, la section de travail de Feix commençait à perdre de son activité au bénéfice de celle qui s’étoffait et se réorganisait sous la direction de Raymond Guyot et Marius Magnien à partir de 1956, et que les militants appelaient entre eux la Polex. Georges Lachenal y était muté à son tour, et en devenait une des pièces maîtresses. En 1961, il comptait parmi les dix permanents, situé en quatrième ou cinquième position hiérarchique derrière les deux dirigeants renforcés cette année-là par Georges Thévenin, et derrière Jacques Denis. L’Algérie n’était plus son seul champ d’activité. En 1959-1960, il participait régulièrement aux réunions avec les représentants des partis communistes de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion qui prenaient leur autonomie par rapport à leur grand frère français, les discussions portant sur les modalités des liens qui se maintiendraient entre eux : les Français abandonnaient finalement l’idée de « confédération ». En 1962, il recevait en compagnie de François Billoux et Victor Joannès une délégation du Parti africain de l’Indépendance, sénégalais mais de programme panafricaniste, dans une « atmosphère amicale et fraternelle ». Autre exemple, en 1961, Georges Lachenal exposait à l’une des conférences de la section sur la réunion des vingt-cinq pays non-alignés qui s’était tenue au début du mois de septembre à Belgrade.

Entre-temps, il s’était remarié pour la troisième fois, en décembre 1957 à Nanterre avec Maria Weissberg, et installé dans cette commune . Ce mariage ne fut guère plus stable que les précédents, rompu en 1972. L’installation à Nanterre fut cependant assez durable pour qu’il y siégeât au conseil municipal. Il fut adjoint au maire communiste Henri Barbet pendant un mandat, de mars 1959 à mars 1965. En position un peu subalterne, il est vrai, septième adjoint sur huit, il siégeait au comité d’administration de l’Office municipal des sports, du syndicat des eaux et du comité des fêtes.

Cependant, l’Algérie restait bien au cœur de son travail. Toujours en 1961, année cruciale en vue de l’indépendance, Lachenal était le quatrième membre d’une importante délégation, composée de Raymond Guyot, Roland Leroy et Élie Mignot, qui rencontrait à Prague les représentants des trois partis communistes du Maghreb, parmi lesquels les premiers secrétaires Ali Yata, Larbi Bouhali et Mohamed Ennafaa. Les débats furent assez rudes, opposant notamment Yata à Guyot et Bouhali. Après l’indépendance, les relations furent au beau fixe pendant quelques années avec le régime algérien. En octobre 1964, Lachenal participait en cinquième et dernière place hiérarchique, seul à ne pas être membre du CC, à l’importante délégation composée de Waldeck Rochet, Raymond Guyot, Georges Frischmann et René Piquet, qui passait cinq jours à visiter l’ancienne colonie et était reçue par le président Ben Bella. Au cours de l’année et au début de la suivante, il adressait au secrétariat du Parti des documents sur la situation des communistes français en Algérie, et correspondait avec ces camarades. Il préparait une réunion entre les deux partis français et algérien en échangeant des courriers avec notamment Bachir Hadj Ali. Tout était remis en question en juin 1965 par le coup d’État de Boumédiène et la répression anticommuniste qui s’ensuivait. Lachenal avait alors la tâche délicate d’instiller en interne les informations et explications concernant le pays, dont le régime restait soutenu par Moscou. Durant toute cette période, il informait les militants des analyses du Parti par des articles publiés dans les Cahiers du communisme. Il participait aussi, spécialement comme collaborateur d’Élie Mignot qui faisait figure de numéro un sur les questions africaines et maghrébines, à des rapports ou études sur l’Afrique sub-saharienne.

Dans une contrée beaucoup plus lointaine, il fut en revanche le seul initiateur et représentant français, et joua un rôle déterminant révélé par l’article qu’un historien polynésien, Jean-Marc Regnault, publiait après sa mort. Georges Lachenal contribua largement à la victoire de Pouvanaa en 1949 et jeta ensuite les bases du Rassemblement Démocratique des Populations Tahitiennes (RDPT). Il rédigea le programme du parti et donna des conseils pour son organisation. Il aurait joué un rôle auprès de Jean-Baptiste Doumeng*.

Il se maria à Paris XVe arrondissement pour la quatrième fois en mai 1989 avec Hélène Lucas. Mais il n’eut pas d’autre enfant de ses deux dernières unions. Ce fidèle et discret serviteur du Parti communiste mourut en novembre 2008 ; l’Humanité lui consacra quelques lignes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137502, notice LACHENAL Georges, Robert par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 9 juillet 2011, dernière modification le 22 septembre 2011.

Par Marc Giovaninetti

SOURCES : Archives du PCF, dossier personnel de Georges Lachenal à la Section de montée des cadres ; fonds Raymond Guyot, 283 J 3, 4 (JC, UJRF, 1944-1945), 283 J 24, 32, 76, 77, 78, 79 (Section de Politique extérieure, 1960-1966). — L’Avant-Garde, n°32, 6 avril 1945 ; n° 106, 4 septembre 1946. — Archives de la Préfecture de Police, BA 2291, fédérations de Paris, 1954-1955. — Registres des délibérations du conseil municipal de Nanterre (92). — Cahiers du communisme, octobre 1961, septembre 1962, novembre 1964, décembre 1965. — Pierre Durand, Cette mystérieuse Section coloniale. Le PCF et les colonies (1920-1962), Messidor, 1986. — L’Humanité, 4 décembre 2008. — Jean-Marc Regnault, « Hommage à Georges Lachenal (1920-2008) », Tahiti-Pacifique Magazine, n° 213, janvier 2009. — État civil.

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