BIECHLIN Joseph

Par Françoise Olivier-Utard

Né le 21 avril 1915 à Emlingen (Haute-Alsace annexée), mort le 3 août 1993 à Mulhouse (Haut-Rhin), instituteur ; membre du parti communiste ; résistant en Côte-d’Or ; membre du comité fédéral du parti communiste du Haut-Rhin de 1951 à 1961, maire d’Illzach de 1971 à 1983.

Son père, Joseph, et sa mère, Sophie Ochsenbein, étaient agriculteurs. Ils étaient catholiques pratiquants. Ils avaient deux enfants et avaient donné à leur fils aîné le prénom du père, selon la tradition alsacienne. Joseph fils entra à l’École normale catholique d’instituteurs de Colmar et passa le certificat d’aptitude pédagogique en 1935. Selon ses proches, c’est à l’école normale qu’il avait fait ses premières expériences politiques et approché le parti communiste. Peut-être fut-ce par l’intermédiaire d’Eugène Boeglin*. Il prit son premier poste à Wittelsheim, au cœur d’une cité de mineurs de potasse, où exerçait aussi Paul Jungblut* et son épouse Marie Jungblut*. Il adhéra au parti communiste en 1936.

Il fit son service militaire au 134ème RI du 20 octobre 1936 au 15 septembre 1937 puis enseigna à l’École militaire préparatoire d’Autun, du 16 septembre 1937 au 15 octobre 1938. Il fut mobilisé du 20 mars 1939 au 19 juin 1940. Le 16 juin il avait été fait prisonnier à Roppe (Territoire de Belfort) et avait été transféré le 19 juin au camp de prisonniers de Mulhouse. Il fut libéré en tant qu’Alsacien le 5 juillet 1940. Il refusa, ainsi que sa collègue Jeanne Reinhart, qui allait devenir son épouse, de signer le formulaire de fidélité au Reich que se virent présenter tous les instituteurs alsaciens. Ils furent alors expulsés « à leur demande » par les autorités nazies et se mirent à la disposition de l’Inspecteur d’académie de Dijon (Côte-d’Or). Après guerre ce statut d’expulsés à leur demande ne fut jamais assimilé à celui de réfractaire. Il témoigne cependant de la complexité des situations auxquelles les Alsaciens et les Mosellans se trouvèrent confrontés après la défaite et l’annexion de fait de leurs départements d’origine.

Joseph Biechlin trouva refuge et exerça successivement son métier d’instituteur à Nicey (de septembre 1940 à août 1941), Châtillon-sur-Seine (d’août 1941 à juin 1942). Il se maria le 23 mai 1942 à Jeanne Reinhart (née le 21 juin 1911 à Jebsheim, Haute-Alsace annexée, morte le 9 décembre 1993 à Illzach, Haut-Rhin), institutrice en poste à Buncey, où le couple s’installa. Leurs deux enfants y naquirent.

C’est à Châtillon-sur-Seine que Joseph Biechlin entra en contact avec l’Organisation de Résistance de l’Armée. Il prit le pseudonyme de capitaine Jacques. Du 1er décembre 1943 au 11 septembre 1944 il appartint, selon le témoignage du Capitaine Prat, chef de l’ORA de Bourgogne, au groupe des Trois Amis, en tant que chef du secteur du Châtillonnais. Il reçut 16 parachutages (et participa à 5). Il organisa 5 groupes de maquis (René à Aisey-sur-Seine, Frac à Laignes, Duncan dans la forêt de Nesles, un groupe à Montigny, et un à Recey-sur-Ource). Le 16 juin 1944 il mobilisa et équipa 1000 hommes, dont 550 dans la forêt de Châtillon, qu’il mit à la disposition du commandant Alizon. Il participa à la libération de Dijon, le 19 septembre 1944, puis fut versé, jusqu’au 31 janvier 1945 au Bataillon de marche de la Côte d’Or. Il fut versé au 60ème RI du 1er février 1945 au 15 septembre 1945 puis passa l’EM commandement en chef de la GN 162/27 (2e bureau) jusqu’au 31 janvier 1946. Il rentra en Alsace et devint directeur de l’école de garçons de Modenheim, près de Mulhouse, jusqu’à sa retraite, en 1980.

Il reprit ses activités politiques. Il fut élu membre du comité fédéral de 1951 à 1961. Il fut président départemental de l’association des FTP et de l’ARAC et entreprit de faire reconnaître les faits de résistance de militants communistes du Haut-Rhin, ce qui ne fut toujours chose facile. Il n’obtint lui-même sa carte de combattant volontaire de la Résistance qu’en 1959. Beaucoup d’autres camarades s’étaient découragés devant l’incompréhension des autorités administratives face aux complexes situations des Alsaciens.

Il s’occupa aussi du travail en direction des intellectuels, en particulier avec Madeleine Rebérioux*, en poste dans le Haut-Rhin à cette époque.
Il était membre du SNI et depuis 1954, il était membre de la commission exécutive départementale.

Il fut candidat communiste aux élections cantonales de Sierentz en 1949. Il fut élu, sur une liste d’entente, conseiller municipal d’Illzach (banlieue de Mulhouse) de 1953 à 1955, adjoint au maire de 1965 à 1971 et maire de 1971 à 1983. Il n’alla pas jusqu’au bout de son troisième mandat, son épouse étant gravement malade et nécessitant des soins constants. Durant son mandat il mit en place des installations scolaires, sportives et culturelles (Espace 110).
Lors de ses obsèques, à l’église, son cercueil fut recouvert d’un drapeau tricolore, orné d’une gerbe d’œillets rouges et d’un coussin portant ses décorations ainsi que son écharpe de maire.

Médaille de la Résistance ; Croix de guerre ; Croix du Combattant ; Chevalier de l’Ordre du Mérite ; Officier des Palmes académiques ; médaille d’honneur communale, départementale et régionale en vermeil.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137476, notice BIECHLIN Joseph par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 6 juillet 2011, dernière modification le 6 juillet 2011.

Par Françoise Olivier-Utard

Sources : Arch. Dép. Haut-Rhin 1574 W 1 ; 756 W 18 OD 20. — Arch. de la fédération du parti communiste du Haut-Rhin. — Arch. du comité national du PCF. — Entretien téléphonique avec la famille le 20 juin 2011. — Note de Jacques Girault.

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