LEFORT Fernand, Marcel

Par Paul Boulland

Né le 9 octobre 1911 à Paris (XIIe arr.), mort le 2 octobre 1991 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) ; métreur en bâtiment, journaliste ; militant communiste de Saint-Ouen, membre du secrétariat de la fédération PCF de Seine-Ouest (1953-1956) ; maire de Saint-Ouen (1945-1979), conseiller général de la Seine (1945, 1953-1967) puis de Seine-Saint-Denis (1967-1973), sénateur (1968-1986).

Fernand Lefort
Fernand Lefort
Site du Sénat

Originaires de la Haute-Vienne, les parents de Fernand Lefort vinrent s’établir en région parisienne. Son père fut maçon puis s’installa comme débitant de vin avec son épouse. Après 1945, leur fils les décrivait tous deux comme sympathisants communistes, son père étant toutefois mort en 1943. Titulaire du certificat d’études primaires, Fernand Lefort poursuivit sa scolarité durant deux ans en école primaire supérieure et devint métreur en bâtiment. Entre octobre 1932 et octobre 1933, il effectua son service militaire au Maroc, dans l’infanterie, comme mitrailleur 2e classe. À son retour, le contexte des mobilisations antifascistes précipita son engagement. En février 1934, il adhéra au Parti communiste français, à la section de Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine) où il fut brièvement trésorier de la cellule du Pont de Saint-Ouen, avant d’être muté en novembre 1934 à la cellule du Vieux Saint-Ouen dont il devint aussitôt secrétaire. Il milita activement au sein du Mouvement Amsterdam-Pleyel et rejoignit également l’Union syndicale des techniciens et employés de l’industrie (USTEI). En 1935, il devint trésorier puis secrétaire de la section de Saint-Ouen. Licencié de l’entreprise SACI (Paris, IVe arr.) en juillet 1935, en raison de son activité syndicale, il fut embauché durant un an au siège du Mouvement Amsterdam-Pleyel, comme « planton » et préposé à l’expédition du courrier, selon ses biographies ultérieures. Au cours de cette même année 1935, il suivit les cours d’une école de la région communiste Paris-Nord puis d’une école inter-régionale à Paris. Comme secrétaire de la section communiste et membre du comité de Front populaire de Saint-Ouen, Fernand Lefort joua un rôle actif dans la campagne électorale qui conduisit à l’élection de Joanny Berlioz dans la sixième circonscription de l’arrondissement de Saint-Denis (Épinay-Île-Saint-Denis, Saint-Ouen). En novembre 1936, il quitta ses responsabilité à la tête de la section de Saint-Ouen pour devenir rédacteur parlementaire à l’Humanité, jusqu’à l’interdiction du journal le 26 août 1939. En 1945, il affirmait avoir « approuvé sans réticence le traité germano-soviétique de 1939 » et l’avoir « défendu dans toutes les conversations, dans tous les contacts ».

Mobilisé le 2 septembre 1939 au 6e régiment de tirailleurs algériens, Fernand Lefort continua de correspondre avec Joanny Berlioz*, emprisonné à la Santé après son arrestation le 6 octobre 1939. Fait prisonnier le 16 juin 1940, il fut transféré aux stalags VI F (Bocholt) puis VI J (Krefeld) où il retrouva plusieurs militants communistes. Victime d’une infection pulmonaire, il séjourna durant près d’un an à l’hôpital pour prisonniers de guerre de Gerresheim. Les médecins français qui y officiaient lui permirent d’obtenir son rapatriement, en avril 1943, en prétextant qu’il était atteint de la tuberculose. Encore convalescent, Fernand Lefort partit se réfugier auprès de sa famille dans la Haute-Vienne. En mai 1944, il entra en contact avec un maquis établi à Brugères (commune de Saint-Sylvestre, Haute-Vienne). Dispersé par les opérations allemandes du début du mois d’août 1944, le groupe reconstitua une compagnie FTP à Montautre (Haute-Vienne). Stationné quelques jours à la caserne Marceau après la libération de Limoges, son groupe fut ensuite envoyé dans la Vienne où il prit part aux combats, notamment à Leignes-sur-Fontaine. Déjà en contact avec plusieurs responsables communistes depuis août 1944, Fernand Lefort devint commissaire aux effectifs et responsable du PCF de son bataillon FTP, basé ensuite au Dorat (Haute-Vienne). Début octobre 1944, alors qu’il se préparait à rejoindre le front de l’Atlantique, il reçut l’ordre de regagner Paris pour retrouver sa place au sein du journal l’Humanité.

Dès son retour à Saint-Ouen, Fernand Lefort retrouva son activité au sein de la section communiste locale et fut désigné au conseil municipal issu du Comité local de Libération, le maire étant le socialiste Alexandre Bachelet. Le 29 avril 1945, la liste « Résistance et Union républicaine antifasciste » obtint la majorité des scrutins et la totalité des sièges au conseil municipal. Fernand Lefort fut élu maire de Saint-Ouen, à seulement 3trente-quatre ans et, selon son témoignage en 1982, « contre son gré » car il n’avait aucune expérience dans ce domaine. À ce titre, il indiquait, dans le même entretien, sa dette à l’égard des responsables de l’administration municipale. Fernand Lefort resta employé de l’Humanité jusqu’en juin 1947. Réélu maire en octobre suivant, il s’installa rapidement et durablement dans une carrière d’élu local, conservant la mairie de Saint-Ouen à toutes les élections suivantes, jusqu’à son retrait au profit de Paulette Fost en 1979. En 1948, Georges Tillier, secrétaire de la section communiste de Saint-Ouen et membre du comité fédéral de la Seine, soulignait déjà sa grande popularité dans la ville, nourrie au cours de ces années par les affrontements avec la Préfecture et le gouvernement. Signe d’une spécialisation précoce dans le travail d’élu, Fernand Lefort entra, dès janvier 1950, au secrétariat de l’Amicale des élus républicains et à la commission de l’enfance du PCF. Au cours de ses trois décennies de mandat, Saint-Ouen connut d’importantes transformations, avec la construction de nombreux logements et d’équipements scolaires, culturels ou sportifs ; la municipalité soutint également très activement l’extension du métro, effective à partir de 1952. Selon l’architecte Paul Chemetov, auteur de nombreuses réalisations à Saint-Ouen (logements sociaux, patinoire, etc.), l’expérience de métreur en bâtiment de Fernand Lefort participa de son intérêt pour les questions d’aménagement urbain et contribua à sa « grande capacité d’écoute et de confiance » dans ce domaine. Brièvement membre du conseil général de la Seine mis en place à la Libération, Fernand Lefort retrouva l’assemblée départementale en 1953 et y siégea jusqu’à la création du département de Seine-Saint-Denis en 1967. Il fut alors élu au nouveau conseil général jusqu’en 1973, date à laquelle Paulette Fost lui succéda.

Déjà membre du comité fédéral de la Seine, Fernand Lefort fut désigné secrétaire de la fédération Seine-Ouest à sa création en décembre 1953. La direction du PCF souhaitait en effet appuyer la décentralisation de la fédération de la Seine sur des « têtes politiques », selon la formule de la Section de montée des cadres (SMC), militants d’expérience capables d’assurer la direction des organismes nouvellement créés et élus locaux susceptibles de les incarner. En mai 1954, François Billoux jugeait que Fernand Lefort se montrait « consciencieux, très sensible, modeste » à la tête de la fédération mais qu’il devait « faire encore des efforts pour mieux permettre au comité fédéral et au bureau fédéral de jouer leur rôle. » Accaparé par ses multiples responsabilités, Fernand Lefort s’attira les critiques des autres membres du secrétariat fédéral qui lui reprochaient, en juin 1955, « son manque de fermeté, d’esprit de décision, de concrétisation des choses » et en appelèrent au secrétariat du parti. Lucien Lanternier, membre du comité central et secrétaire fédéral de Haute-Savoie, fut alors désigné à la tête de la fédération. Toutefois, ce retrait n’était pas un désaveu et correspondait à la promotion, dans l’ensemble des directions fédérales de banlieue, de jeunes cadres d’origine ouvrière, au détriment des élus. Maintenu au secrétariat fédéral, Fernand Lefort en fut déchargé dès février 1956 pour se consacrer à ses tâches d’élu. Il continua de siéger au bureau (1956-1961) puis au comité fédéral de Seine-Ouest jusqu’en 1966, notamment comme responsable des élus, avant d’intégrer le comité fédéral de Seine-Saint-Denis jusqu’en 1972.

Suppléant d’Étienne Fajon lors des élections législatives de 1967, Fernand Lefort fut élu sénateur le 22 septembre 1968, réélu en 1977. Il fut membre de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation ainsi que de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et d’administration générale. Il intervint plus particulièrement sur les questions des anciens combattants et des collectivités locales. Il ne fut pas candidat au renouvellement de 1986, cédant son siège de sénateur à Paulette Fost.

Son épouse, Rachel Lefort, née Epstein, sténo-dactylo, fut également militante communiste et responsable de l’UFF.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137411, notice LEFORT Fernand, Marcel par Paul Boulland, version mise en ligne le 22 juin 2011, dernière modification le 8 septembre 2011.

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SOURCES : Arch. du comité national du PCF. — Arch. de la fédération PCF de Seine-Saint-Denis. — Le Réveil de Saint-Ouen. — Base de données des anciens sénateurs. — Bernard Epin, Jean Lefort, Chez nous à Saint-Ouen, Paris, Messidor/Temps actuels, 1982. — Paul Chemetov, La fabrique des villes, Paris, Éditions de l’Aube, 1992. — Paul Boulland, Acteurs et pratiques de l’encadrement communiste à travers l’exemple des fédérations de banlieue parisienne (1944-1974), Thèse de doctorat d’Histoire, Université Paris 1, 2011.

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