LACHIZE Samuel, Albert

Par André Balent

Né le 8 février 1925 à Paris (XIIe arr.), mort le 7 décembre 2006 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; dessinateur industriel puis journaliste ; critique de cinéma ; militant du PCF.

Samuel Lachize (à dr.) et Ettore Scola (à gauche) à Canet-en-Roussillon, 2005, col. André Balent
Samuel Lachize (à dr.) et Ettore Scola (à gauche) à Canet-en-Roussillon, 2005, col. André Balent

Samuel Lachize était le fils d’Henri, Albert Lachize et Rebecca, Samuel Skinazi, célibataires. Samuel Lachize fut élève à l’école primaire de Saint-Cloud où Jean Vigo* filma plusieurs scènes de Zéro de conduite. Il y passa son certificat d’études en 1937, puis le « certificat complémentaire » en 1940 et le brevet élémentaire en 1941. Dans un article partiellement autobiographique, il évoqua en 2002 son enfance et adolescence de « sauvageon » à Saint-Cloud : « J’avoue tout. J’ai même cassé les carreaux des réverbères à gaz, j’ai volé des fruits chez l’épicier italien de la Rue Royale, et nous rigolions comme des fous quand tout l’étalage d’oranges, de pommes et de pamplemousses dévalait cette rue en pente, vers le pont de Saint-Cloud (...) Nous faisions les « quatre cents coups », fumant nos premières cigarettes au cinéma, jetant des boules puantes dans les lieux publics. » Samuel Lachize habitait à Argenteuil. Pendant la guerre d’Algérie, il était systématiquement arrêté par la police à la sortie de la gare d’Argenteuil, son teint mât et sa moustache fournie le faisant passer pour un Algérien.
Samuel Lachize adhéra à l’UJRF dès la Libération. Sa première profession fut celle de dessinateur industriel. Mais ayant de grandes facilités d’écriture, passionné par la littérature et attiré par les arts, en particulier la peinture et le cinéma, il put bientôt amené à travailler pour la presse du PCF. Il faisait des reportages pour L’Avant-Garde. Ses talents ayant été remarqués, il suivit en 1949 l’école centrale de journalisme du PCF auquel il avait adhéré. Il entra à la rédaction de l’Humanité en 1949. Affecté à la rubrique culturelle du quotidien, il couvrit bientôt l’actualité cinématographique.
Critique de cinéma à l’Humanité de 1950 à 1983, il ne cessa jusqu’à la veille de sa mort de collaborer à ce journal. Il fut également appelé à diriger la rubrique « spectacles » de l’Humanité dimanche. Il donna également de nombreux articles à des revues spécialisées de cinéma. Il connut personnellement beaucoup de metteurs en scène de cinéma français parmi lesquels Claude Chabrol, Jacques Tati, Bertrand Tavernier, Gilles Grangier ainsi que nombre d’acteurs ou actrices. Il rencontra Charlie Chaplin et Alfred Hitchcock et se lia d’amitié avec d’autres cinéastes étrangers de grand renom comme l’Italien Ettore Scola. Il était aussi un ami de l’actrice Michèle Morgan et du cinéaste Gérard Oury à qui il rendit un hommage posthume dans l’Humanité du 21 juillet 2006, rappelant que tous deux partageaient beaucoup de passions communes, le cinéma et, aussi, la peinture : Samuel Lachize occupait en effet une partie de ses loisirs en peignant. Il était membre du jury du prix Louis-Delluc. Ayant couvert régulièrement le festival de cinéma de Cannes — une trentaine d’éditions — , il fut, en 1973, membre du jury « courts métrages » de cette prestigieuse manifestation. En 1984, les organisateurs du festival de Cannes firent appel à lui comme juré de la Caméra d’or. De 1967 à 1980, il participa au Masque et la plume, émission radiophonique hebdomadaire de France Inter.
Il participa en tant qu’acteur au tournage de Cuore di cane d’Alberto Lattuada aux côtés de Max von Sydow dont la première fut projetée en janvier 1976. En 1983, on le retrouva aux côtés de Raymond Pellegrin dans un téléfilm de Daniel Martineau, Venise attendra.
Samuel Lachize publia deux romans policiers sous le pseudonyme de Jacques Deltour, Tueuses à Palerme (1969) et Tirez sur la starlette (1974).
Retraité, il s’installa à Perpignan, convaincu par les arguments de Marcel Oms*, président de l’Institut Jean-Vigo, qui le lui avait suggéré. En effet, il fréquentait régulièrement Perpignan depuis les années 1960 lorsqu’il couvrait, au mois d’avril, le festival de cinéma « Confrontation » organisé d’abord par le ciné-club Les Amis du cinéma puis par l’Institut Jean-Vigo de Perpignan, institutions fondées et animées par Marcel Oms, puis dirigées par Michel Cadé. Animateur des débats à l’issue des projections de films, collaborateur assidu des deux publications de l’Institut Jean-Vigo, Les Cahiers de la cinémathèque et Archives, Samuel Lachize, devint un des animateurs chevronnés de ces publications perpignanaises de haut niveau. Il siégea au conseil d’administration de l’Institut Jean-Vigo. Il collaborait aussi au Travailleur Catalan, l’hebdomadaire de la fédération communiste des Pyrénées-Orientales, où il écrivait des articles concernant le cinéma. Il y publia son dernier « papier », « Les belles surprises du cinéma cubain » qui parut le 8 décembre 2006, deux jours après sa mort. Connu familièrement sous le nom de « Sam », il était une figure populaire des milieux intellectuels perpignanais. Chacun appréciait à la fois l’immense culture et le contact chaleureux et affable d’un homme aussi à l’aise à Cannes revêtu de son smocking que dans les manifestations populaires et revendicatives. Comme l’a écrit Jacques Pugnet dans Le Travailleur Catalan du 15 décembre 2006, il sut admirablement réaliser « la rencontre en une seule personne du militant ouvrier avec l’autodidacte culturel ». Peintre amateur, de talent, il était, en 2006, le président d’honneur des « Créatifs catalans ».

À Perpignan, il adhérait à la cellule du PCF du centre ville. C’était, avec sa femme Georgette, un assidu militant du MRAP et du Mouvement de la paix. Il siégeait aux instances locales de direction de cette organisation. Il faisait don de certains de ses tableaux pour le stand du Mouvement de la Paix à l’occasion de la fête annuelle du Travailleur catalan. Sa dernière participation à une manifestation publique à Perpignan fut le 10 novembre 2006, devant la préfecture des Pyrénées-Orientales pour protester contre l’intervention meurtrière de Tsahal à Beit Hanoun dans la bande de Gaza. Il fut incinéré le 11 décembre 2006 au funérarium de Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales).

Marié, il était père de deux fils et de deux filles.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137344, notice LACHIZE Samuel, Albert par André Balent, version mise en ligne le 19 juin 2011, dernière modification le 8 juin 2014.

Par André Balent

Samuel Lachize (à dr.) et Ettore Scola (à gauche) à Canet-en-Roussillon, 2005, col. André Balent
Samuel Lachize (à dr.) et Ettore Scola (à gauche) à Canet-en-Roussillon, 2005, col. André Balent
Samuel Lachize à Perpignan, col. André Balent

SOURCES : Arch. com. Perpignan, état civil, acte de décès. — Samuel Lachize, « Oh ! Ma bonne école de Zéro de conduite ! ... », Archives, Institut Jean-Vigo, 90-91, Perpignan, 2002, p. 74. — Guy Silva, « En souvenir de Samuel Lachize », l’Humanité, 11 décembre 2006 ; l’Humanité, 9 décembre 2006. — Michel Cadé, nécrologie, site http://www.inst-jeanvigo.eu . — L’Indépendant, 9 décembre 2006, « Clap de fin pour Samuel Lachize », 10 décembre 2006. — Le Travailleur Catalan, 15 décembre 2006 (articles Jacky Pugnet, Michel Cadé, Nicole Gaspon, Marie-Georges Buffet, Pierre Laurent, Yvette Lucas). — Souvenirs personnels d’André Balent.

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