LEBLANC Monique, Marie-Geneviève

Par Jean Limonet

Née le 27 mai 1939 à Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne, Marne) ; ingénieure en électronique ; syndicaliste CFTC-CFDT, déléguée syndicale, membre du conseil de la FGM-FGMM ; conseillère municipale PS à Paris (XIIe arr.) de 2002 à 2008.

Monique Leblanc était issue d’une famille installée depuis plusieurs générations à Châlons-sur-Marne (Marne). Son père, ingénieur ECAM (École catholique des arts et métiers de Lyon) dirigeait un garage qui portait son nom (concessionnaire Renault) tout en étant très engagé localement depuis son passage chez les scouts (commissaire de district). Il faisait partie de plusieurs associations : enfance handicapée, confrérie de Saint-Éloi des métallurgistes, union commerciale industrielle et artisanal, Châlons-accueil, conférence saint Vincent de Paul. Sa mère, originaire de Saint-Amand-sur-Fion (Marne) militait au sein de l’Union féminine civique et sociale et animait une équipe d’Action catholique générale des femmes (ACGF). Ses parents étaient catholiques pratiquants.

Aînée d’une fratrie de quatre enfants (trois filles et un garçon), Monique Leblanc fit sa scolarité à Notre-Dame de Châlons puis au collège Sainte-Marie de Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine) et intégra l’Institut supérieur d’électronique de Paris, dépendant de l’Institut catholique de Paris. Elle obtint son diplôme d’ingénieur en 1961 (sa promotion ne comptait que 10 % de filles). Durant ses études, elle s’était engagée dans le scoutisme en tant que guide de France puis cheftaine de louveteaux. Devenue étudiante, elle avait adhéré (1957-1961) à l’Union des grandes écoles (branche de l’UNEF) où les nombreux débats concernant la guerre d’Algérie, qui entraînaient des prises de positions pour la paix et l’autodétermination des peuples, la marquèrent durablement. Attirée par la montagne, elle participa en 1961 à l’animation des Chalets internationaux de haute montagne (CIHM), association qui était alors un lieu d’initiation à la montagne mais aussi un lieu d’échanges sur les problèmes culturels, politiques, sociaux.

Le 1er octobre 1961, Monique Leblanc fut embauchée malgré la misogynie des employeurs comme responsable de la documentation au département semi conducteurs du centre de recherche de la Compagnie générale d’électricité (CGE), à Marcoussis (Seine-et-Oise, Essonne). Ce centre était composé de 500 salariés en majorité techniciens ou cadres, dont sept femmes ingénieurs sur 200 dont aucune n’avait de poste de commandement. La CGE comprenait à l’époque de nombreuses filiales dont les Câbles de Lyon, Unelec, la Saft, le Joint français, la Cit, etc.

En 1963, Monique Leblanc adhéra à la CFTC d’abord individuellement ayant connaissance des débats internes sur la déconfessionnalisation. Elle participa, avec une quinzaine de camarades, à la constitution de la section syndicale en 1964 qui se traduisit par le dépôt d’une liste de candidats aux élections de délégués du personnel et au CE avec Pierre Trévoux* et Daniel Angélis*. Bien que la CGT eût constitué une liste de candidats, la CFTC obtint la majorité des voix, et Monique Leblanc fut élue déléguée du personnel au deuxième collège (cadres, techniciens, maîtrise). Cette élection déplut à son chef du département qui considérait que les cadres n’avaient pas à faire de syndicalisme. Il lui rendit la vie quotidienne insupportable en la contrôlant et la convoquant en permanence. En 1964, elle obtint sa mutation dans un autre service, qui effectuait des études de prospective technique, et continua d’exercer ses responsabilités d’élue syndicale.

Sa section, acquise d’avance à l’évolution de la CFTC, fit à l’unanimité le choix de la CFDT. Dès lors, Monique Leblanc participa aux activités du syndicat de la construction électrique et électronique de la région parisienne (SCEE), auquel la section de la CGE de Marcoussis était rattachée. Cette section devint un lieu de rencontre sous la responsabilité de Jean Auger, puis de Claude Michelot* avec des militants d’autres entreprises de la même branche, tel que Georges Sud* de Thomson Corbeville, Jeannine Dedon* de la CGCT, Rémy Allanos de la CIT. Le syndicat décida avec l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM) de présenter Monique Leblanc à l’élection du conseil fédéral de la FGM lors du congrès de Rouen qui se tint du 25 au 27 avril 1968. Le syndicat et l’UPSM considéraient qu’elle représentait une nouvelle couche de salariées cadres dans des secteurs industriels et d’études du prospective, et que la fédération avait à élargir sa composition sociologique avec des syndicalistes issus de ces secteurs. Elle fut élue membre du conseil avec deux autres candidates, Fernande Cormier et Huguette Vivier* sur 50 membres, dont deux cadres, avec Jean-Claude Jullien*. Durant ce mandat de trois ans, Monique participa aux nombreux débats portant sur la place des cadres dans le syndicalisme et en particulier au sein de la FGM et plus précisément au syndicat national des ingénieurs et cadres des industries de la métallurgie, (SNICIM) qui devint l’Union nationale des ingénieurs et cadres des industries de la métallurgie (UNICIM). Monique Leblanc se positionna avec force pour que les cadres pussent se rassembler avec les ouvriers et agents de maîtrise dans les mêmes sections syndicales et élaborer ensemble des revendications communes et complémentaires.

Le 21 mai 1968, elle s’engagea avec la section de Marcoussis dans le conflit social qui touchait une très grande partie des salariés en France. Il n’y avait pas de tradition de grève dans ce centre de recherche essentiellement composé de techniciens et de cadres. Pourtant 65 % des 860 votants appelèrent à la grève et le taux de grévistes atteint 80 %. Chaque jour, 5 à 600 personnes furent présentes sur le site. Les revendications syndicales portées par la CFDT s’appuyaient sur trois points principaux : 1) répartition de l’augmentation de 10 % de la masse salariale, prévue à Grenelle, en vue de favoriser les bas salaires ; 2) reconnaissance du droit syndical et du droit de réunion du personnel ; 3) participation à l’orientation scientifique et technique du centre. Les salariés de ce centre, avec la CFDT, voulaient que leurs recherches soient plus orientées vers les activités des filiales que sur les contrats militaires. À cette époque, la CGE comptait environ 60 000 salariés répartis dans un grand nombre de filiales. Le centre de Marcoussis devint la plaque tournante du conflit. Le standard fut investi et tint lieu de coordination des actions. Les grévistes se déplacaient d’établissement en établissement et découvraient un groupe industriel qu’ils ne connaissaient pas, avec des entreprises de fabrication de câbles, de piles, dans lesquelles les conditions de travail étaient d’un autre âge. Ce conflit allait se conclure dans la colère et la déception.

À peine deux ans plus tard, le 1er janvier 1970, Monique Leblanc avec tous les membres de son service (60 personnes) fut transférée à la Compagnie générale d’automatismes (CGA) au centre de Villarceaux, à Nozay (Essonne), établissement d’environ 400 personnes, filiale de la CGE et spécialisée dans les automatismes. Les transferts d’une filiale à une autre étaient très fréquents dans le groupe CGE. La CGA, déménagera à plusieurs reprises dans l’Essonne, avant de s’établir à Brétigny-sur-Orge. Dans ce nouvel établissement, seul un comité d’entreprise, sans représentants syndicaux, existait. En s’appuyant sur la nouvelle loi, obtenue après les événements de Mai 1968, son syndicat désigna Monique Leblanc comme la représentante syndicale CFDT. Elle constitua une nouvelle section syndicale CFDT, qui devint rapidement majoritaire. En octobre 1970, elle fut mandatée pour participer, dans la délégation de la FGM, au congrès de la FIOM à la Haye où elle représenta les ingénieurs (à cette occasion, elle fut interviewée sur la place des cadres dans la FGM par un journaliste du syndicat allemand de la métallurgie – IGM). Le syndicat de la construction électrique de la région parisienne la représenta à l’élection du nouveau conseil fédéral de la FGM au congrès de Dijon en mai 1971. Elle obtint la majorité des voix requises, pour être élue, mais sont classement dans la liste ne permit pas de la retenir.

En 1975, Monique Leblanc se reconvertit professionnellement à l’informatique (secteur en plein développement) et géra des projets de régulation des transports publics pour plusieurs grandes villes. En 1976, lors de la restructuration des syndicats de la métallurgie de la région parisienne, passant de syndicats régionaux de branches à des syndicats généraux de la métallurgie, elle participa à la commission exécutive du syndicat départemental de la métallurgie de l’Essonne jusqu’en 1981.

Après l’élection de François Mitterrand, président de la république en 1981 et le vote de la loi de nationalisation d’un certain nombre de groupes industriel et financiers en 1982, la CGE fut nationalisée. L’entreprise CGE proprement dite était alors une PME de 350 personnes ne comprenant que le siège, mais elle employait plus de 100 000 salariés en France, et au total 165 000 salariés dans le monde dans une structure extrêmement complexe organisée en une multitude de filiales et sous-filiales. En lien avec la fédération représentée par Louis Morice*, et par son expérience et sa connaissance de l’entreprise et de la CFDT du groupe, Monique Leblanc assura la coordination syndicale entre les différentes inters syndicales de chaque groupe (Alcatel-CIT ; Alsthom, SAFT ; CGEE ; Câbles de Lyon, etc.) et maintint le lien avec les administrateurs salariés, notamment Jean Yves Gacon*, des Chantiers de l’Atlantique à Nantes, qui intégra par la suite l’ENA.

Durant sa nationalisation, la CGE devient ALCATEL-ALSTHOM puis ALCATEL. Monique Leblanc prépara les élections des administrateurs salariés où sur 6 élus 2 appartenaient à la CFDT. Suite à l’instauration de la loi instituant les comités de groupes, un comité de groupe pour ALCATEL fut établi et rassembla les représentants des comités centraux des entreprises filiales. Elle fut désignée pour repésenter la CFDT. Durant ce mandat, elle fut déçue face à la direction du groupe qui, surtout après la privatisation, prônait l’autonomie des filiales et réduisait son rôle à la présentation des comptes consolidés. Elle fut remplacée au comité de groupe en 1991 et, jusqu’à 1997, année de son départ en préretraite, continua ses activités syndicales.

Parallèlement à ses nombreuses responsabilités syndicales, Monique Leblanc fut membre du PSU de 1968 à 1978 à la section du XIIe arr. Elle adhéra au PS en 1995 et fut élue secrétaire de la section du XIIe arr. de Paris de 2006 à 2008. Elle fut également élue au conseil municipal du XIIe arr. et désignée comme adjointe au maire, chargée de la démocratie locale, de 2002 à 2008. En 2011, elle est toujours membre du bureau fédéral du PS de Paris.

En 2009, elle était devenue secrétaire d’une association d’aide aux devoirs à l’école primaire Picpus (XIIe arr.) et s’était engagée dans le collectif de soutien aux sans papiers du XIIe.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137232, notice LEBLANC Monique, Marie-Geneviève par Jean Limonet, version mise en ligne le 3 juin 2011, dernière modification le 2 avril 2018.

Par Jean Limonet

SOURCES : Archives interfédérales de la CFDT. – Archives de l’UPSM-CFDT. – Fonds personnel Monique Leblanc. – Le Figaro, 10 juin 1968. – Journal de l’IGM, novembre 1970. – L’Union, 17 juin 1985. – Entretiens avec Monique Leblanc, 16 janvier, 6 et 16 février, 5 mars, 15 mai 2011.