IBRAM Wolf

Par Françoise Olivier-Utard

Né le 30 août 1918 à Wizna (Pologne), mort le 9 juin 2003 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; représentant de commerce ; résistant de l’UJJ en Dordogne ; bataillon MOI des FTPF à Roanne ; membre du parti communiste ; membre du Mouvement de la Paix, de France-URSS et des Échanges franco-allemands.

Wolf Ibram était né en Pologne, dans une famille juive. Orphelin de père dès sa naissance, il perdit aussi bientôt sa mère et fut placé dans un internat rabbinique. Il apprit le yiddish, l’allemand et le polonais. A 16 ans, il reçut une formation agricole à Varsovie, au sein d’un mouvement de gauche. L’antisémitisme grandissant, il décida d’émigrer pour rejoindre son oncle et sa tante. Il traversa l’Allemagne et passa en France. Il arriva le 21 juillet 1937 à Strasbourg, s’installa chez on oncle, qui habitait le quartier populaire de la Krutenau et avait ouvert un atelier de tailleur. Wolf prit le prénom de Willy, plus proche d’un prénom français. Il trouva du travail dans une ferme à Stutzheim, village proche de Strasbourg. Il apprit le français tout seul.
Il se retrouva dans la mouvance militante communiste pour venir en aide aux Brigadistes volontaires qui transitaient par Strasbourg.

Il fut déplacé en septembre 1939 à Périgueux(Dordogne), lieu d’évacuation de la plupart des Strasbourgeois. Exempté du service militaire par le conseil de révision polonais le 21 octobre 1939 à Périgueux, il travailla volontairement pour la Défense nationale aux usines Schneider-Creusot. Il avait repris immédiatement son activité, qui consistait à apporter une aide matérielle aux anciens des Brigades internationales d’Espagne. Il adhéra au parti communiste illégal à Périgueux, en 1940.

Il organisa la résistance des jeunes juifs. Il était en contact avec les directions de Lyon et de Toulouse et mit sur pied, avec l’aide de Raymond Vesmare, le premier groupe de jeunes juifs résistants. De janvier 1942 à février 1944 il fit partie du triangle de la direction régionale de l’Union des juifs pour la Résistance et l’Entraide pour le département de la Dordogne. Il recrutait pour le maquis, comme en témoigna après la guerre le capitaine André Rolland, de l’état major interrégional de cette Union.

Il fut incorporé le 26 février 1942 au sein du 647ème Groupement de Travailleurs Étrangers (à Chancelade, Dordogne), composé d’étrangers espagnols et de juifs. Il fut détaché à la scierie de Razac-sur-l’Isle (645° GTE), puis affecté aux mines de lignite de Dantou (commune de Cladech, à 9 km de Saint-Cyprien). Averti par des voisins, il put s’enfuir le 26 août 1942, jour de l’exécution de la rafle des juifs en Dordogne. Il fut porté manquant le 1er septembre 1942. Un avis de recherche fut lancé contre lui le 6 septembre par la police de Vichy. Il dut se cacher pendant plusieurs mois avant de rejoindre Toulouse (Haute-Garonne), où il reprit ses activités à l’Union des Jeunes Juifs. Il organisa des sabotages de trains et de ponts.

En 1944, Willy Ibram s’engagea dans les unités combattantes de la ville de Lyon. Après le débarquement des Alliés en Normandie, il fut envoyé à Roanne où il organisa le bataillon MOI au sein des FTPF. Il était alors le lieutenant Pierre.

Il revint à Strasbourg après la Libération, retrouva sa famille et épousa le 1er juin 1947 Rosy Schwab, née le 18 octobre 1926 à Strasbourg, commerçante, rencontrée à Périgueux. Le couple eut trois enfants.

Willy Ibram fut naturalisé français le 18 septembre 1949.

Il suivit une formation de tailleur puis devint représentant de commerce, d’abord pour la maison de disques Chant du Monde puis dans le textile.
Ce fut un militant très actif de la cellule Langevin (cellule francophone de Strasbourg -centre). Il fut aussi membre du Mouvement de la Paix, de France-URSS et des Échanges franco-allemands dans le Bas-Rhin. Au moment de la guerre d’Algérie, il mit ses enfants à l’abri de peur de représailles. Dans les années 60, il allait en Espagne, avec sa famille, pendant les vacances, pour rapatrier des communistes espagnols. Il se rendit en visite à Dresde, ville jumelée à Strasbourg.

Willy Ibram resta profondément attaché au communisme toute sa vie mais fut profondément affecté par les propos antisémites de certains camarades de sa cellule au moment de la Guerre des Six Jours.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137124, notice IBRAM Wolf par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 25 mai 2011, dernière modification le 25 mai 2011.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : Arch. de la fédération du Bas-Rhin. — Entretien avec ses filles Corinne et Nadine, le 19 avril 2011 — Bernard Reviriego, Les Juifs en Dordogne, 1939-1944, Archives départementales de la Dordogne, 2003, Franlac, p. 78, 134, et 362 (courte notice biographique).

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