Né le 9 septembre 1927 à Toulon (Var), mort le 10 novembre 2017 au Mans (Sarthe). ; médecin généraliste et gynécologue au Mans (Sarthe) ; militant au Mouvement de la paix ; militant communiste jusque dans la décennie 1980 ; adjoint au maire du Mans, chargé des affaires culturelles de 1977 à 1995 ; écrivain sous le pseudonyme d’Yves Mazagre.

Henri Lelièvre en octobre 2010 lors du salon du livre du Mans dit "La 25e heure du livre".
Photo de Gérard Boeldieu
Le père d’Henry Lelièvre, né à Saint-Pol-de-Léon (Finistère), pupille de la nation, ancien de l’école navale, était officier de marine, lieutenant puis capitaine de vaisseau. De novembre 1938 à 1941, à bord du croiseur La Motte-Picquet, il fit partie de l’état-major de l’amiral Decoux en Indochine. La guerre s’annonçant, sa famille ne reçut pas alors l’autorisation de le suivre. Politiquement, il adhérait aux idées de Maurras largement répandues dans la marine de guerre. Sa mère, née Le Moal, originaire de Scaer (Finistère) appartenait à une famille de petite ou moyenne bourgeoisie qui compta même des gros négociants en produits de la terre et de l’élevage, des médecins, notaires et militaires. Elle était moins marquée à droite que son mari. Leurs deux fils reçurent une éducation religieuse (catholique).
Comme la plupart des enfants de militaires, Henry Lelièvre connut une scolarité nomade : primaire dans les petits lycées de Toulon puis de Port-Louis, près de Lorient (Morbihan) ; secondaire dans les lycées de Rennes puis de Toulon. Lors de ce second séjour à Toulon, il fut témoin d’événements qui le marquèrent à jamais : l’invasion allemande, le 11 novembre 1942, puis le sabordage de la flotte française, le 27, suivi de l’entrée de troupes italiennes. Sa haine de l’occupant s’accrut et il se jura qu’à l’inverse de son père, qui obéissait aux ordres, jamais, il ne se saborderait, au propre comme au figuré. Libéré assez vite après avoir été retenu « prisonnier sur parole », entré ensuite dans la vie civile, son père rejoignit Paris où il dirigea une succursale Renault. Lelièvre termina ses études secondaires aux lycées Buffon et Janson-de-Sailly, Bon élève, il décrocha son baccalauréat de philosophie à l’âge de seize ans.
En 1944, au début de ses études de médecine à Paris, Lelièvre adhéra au Parti communiste français, pour continuer l’œuvre de Jean-Pierre Mulotte (1926-1944), un de ses camarades de Janson-de-Sailly, fusillé par les Allemands. Il milita dans le milieu étudiant. Au début des années 1950, secrétaire à l’organisation de la section communiste de Saint-Cloud, il rejoignit le Mouvement de la paix. Il fit partie du cercle des jeunes poètes créé par Elsa Triolet au sein du Comité national des écrivains.
La thèse de doctorat de médecine de Lelièvre, inspirée des thèses de Lamarck, de Mitchourine et de Lyssenko, traite de L’hérédité des caractères acquis. Le 11 février 1950, à Paris (XVIIe arrondissement) il épousa, à l’église bien que de plus en plus détaché du catholicisme, Claude Henriette Giraut, étudiante en médecine, fille d’une des toutes premières doctoresses établies dans la Sarthe. Le couple s’installa en novembre 1952 au Mans, lui, reprenant le cabinet de sa belle-mère, comme médecin généraliste et gynécologue, elle comme médecin scolaire. Elle soutint les activités militantes de son mari sans elle-même militer. Ils eurent deux filles.
De 1953 à 1956, les préoccupations professionnelles prédominèrent : constitution d’une clientèle, implication dans le Planning familial (créé en 1956), adhésion au Cercle de la médecine psychosomatique (autour du professeur Klotz). Pendant cette période, Lelièvre apparaît dans la vie publique sarthoise essentiellement en tant que militant du Mouvement de la paix, opposé à la guerre d’Indochine (1953), au réarmement allemand (1954-1955) et, activement, à partir de juin 1956, à la guerre d’Algérie.
Lors du renouvellement de novembre 1955 des administrateurs de la Caisse primaire de Sécurité sociale de la Sarthe, avec six autres membres du Mouvement de la paix, Lelièvre constitua une “liste d’employeurs indépendants” (employeurs de secrétaires, de femmes de ménage) dans le but avoué de réduire la représentation de la “liste d’entente patronale interprofessionnelle” (CNPF). Avec 2 107 suffrages, sa liste obtint deux sièges. La liste concurrente, qui espérait la totalité des sièges du collège patronal, avec 4 658 voix, dut se contenter de quatre. Même situation au renouvellement de 1962. En seconde position sur sa liste en 1955, en tête en 1962, Lelièvre siégea donc, deux mandats durant, au conseil d’administration de la caisse primaire de Sécurité sociale sarthoise jusqu’à l’application de la réforme Jeanneney de 1967 qui remplaça, pour recruter les administrateurs, le principe de l’élection par celui de la nomination.
Au cours de 1957, au secrétariat général du Comité départemental de la Paix sarthois, Lelièvre remplaça son camarade Pierre Combe*, chargé par sa fédération de suivre l’importante section de l’usine Renault, l’avocat Maurice Chaumont*, socialiste SFIO dissident, devenant président. Ils siégèrent au Conseil national du Mouvement.
Sous leur impulsion conjointe jusqu’à la mort de Chaumont (1964), sous celle de Lelièvre seul jusque vers 1988, la plupart des initiatives du Mouvement de la paix contre les guerres en cours, pour la détente internationale, pour le désarmement général, contre l’arme atomique, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, pour le développement, etc, préparées en réunions privées au domicile de Lelièvre, furent concrétisées dans la Sarthe. Les Sarthois étaient conviés à participer à des assises annuelles, régulières pendant la guerre d’Algérie, plus rares par la suite, à des rassemblements, des journées d’action, telles les journées franco-allemandes des 13 et 14 juin 1959, à la veille d’une conférence au sommet, en présence de quarante pacifistes de Brême, à des manifestations de rue, à des conférences-débats, animées par des responsables nationaux (Jacques Madaule sur la faim dans le monde, le 6 juin 1972 ; l’amiral Sanguinetti sur l’oppression subie par les peuples d’Amérique latine et sur le désarmement, en 1982) ou des personnalités extérieures (Mohammed Bedjaoui, ambassadeur d’Algérie en France, sur l’Algérie nouvelle, le 6 décembre 1972). Contre la guerre d’Algérie, Lelièvre déplora le refus de Robert Dernelle*, de la majorité “autonome”, d’engager la section sarthoise du syndicat des instituteurs dont il était le secrétaire, aux côtés du Mouvement de la paix, sauf, mais sur une base minimum d’entente, lors du rassemblement du 27 octobre 1960 au Mans, en réponse à l’appel de l’Union nationale des étudiants de France. En tant que médecin, Lelièvre estimait essentiel le combat pour l’interdiction générale de l’arme atomique et des essais nucléaires. Sur les effets des retombées radioactives, il s’efforça de sensibiliser ses confrères membres de la Société de médecine de la Sarthe, qu’il présida, et d’informer le public, par l’écrit (articles de presse, tracts) et la parole (réunions publiques dans le département). En mai 1968, il présida un “comité sarthois de soutien aux travailleurs en lutte”.
Lorsque, les 11 et 12 février 1961, dans le contexte de l’affaire Servin-Casanova, le Conseil national du Mouvement de la paix discuta des « remarques faites par le comité central du Parti communiste français à propos de l’activité des militants communistes responsables participant à la direction du Mouvement de la Paix », Lelièvre se montra conciliant : « Les textes du Parti communiste dont il a été question ne me gênent pas ; ils sont sérieux, emprunts du sens des responsabilités, et je souhaiterais que tous les partis fassent de même [...] Il est normal que le Parti communiste demande des comptes à ceux de ses dirigeants qui militent au Mouvement, à condition bien entendu de ne pas porter atteinte à son autonomie […] » (Combat pour la paix n° 141, mars 1961, p. 10).
Du 19 mai 1957 au début de 1982, Lelièvre siégea au comité fédéral sarthois du PCF. « Très dynamique et dévoué, il jouit d’un prestige certain parmi ses amis politiques en raison de sa situation professionnelle », lit-on dans un rapport de police du 18 janvier 1960. Avec le temps, sa propension à affirmer hautement son statut d’intellectuel en irrita plus d’un. Il s’entendait au mieux avec le premier secrétaire fédéral, Robert Jarry*. Lors de dissensions internes au parti, ils convenaient de mettre en avant le Mouvement de paix. Ainsi au lendemain de l’allocution du général de Gaulle sur l’autodétermination (16 septembre 1959) lorsque des communistes refusèrent d’appuyer le chef de l’État pour ne pas cautionner le pouvoir personnel. Ses camarades confièrent à Lelièvre la conduite des relations avec les chrétiens, ce qui l’amena, dans les années 1960, à multiplier les contacts avec la Nouvelle Gauche, au point d’être soupçonné de “noyautage”. Aux élections municipales, certaines des connaissances de Lelièvre au Mouvement de la paix (anciens socialistes, chrétiens de gauche, pacifistes de diverses nuances, tiers-mondistes, sans-parti), sollicitées par lui, acceptèrent de figurer sur des listes menées par des communistes quand les socialistes refusaient l’union. Ainsi au Mans en 1966, après la dissolution de la municipalité de droite élue en 1965, puis en 1971. Lelièvre se posait, selon ses propres termes, en communiste « libéral, humaniste et progressiste ». Ses maîtres mots : « débats », « pluralisme », « ouverture ». Lors des discussions préparatoires aux élections municipales de 1977 ne prôna-t-il pas de faire figurer sur les listes de gauche des socialistes indépendants voire des hommes de droite dont il estimait les opinions politiques plus avancées que celles de certains socialistes ?
Entre 1958 et 1981 inclus, le PCF porta Lelièvre candidat dans la Sarthe à chaque élection, nationale et locale. Aux scrutins législatifs de 1958 à 1973, dans la circonscription de La Flèche, placé pratiquement toujours dernier ou avant-dernier des quatre à six candidats en lice, l’allure de la courbe des suffrages recueillis par Lelièvre s’avère conforme à celle de l’audience du PCF dans le pays. Parti de 4 878 voix au premier tour de 1958, il en obtint 5 843 en 1962, 7 577 en 1967, 5 464 en 1968, 7 604 en 1973. Sauf en 1958, il se retira à l’issue du premier tour, au profit du radical Albert Fouet élu député en 1962 puis en 1967, non réélu ensuite. En 1978 Lelièvre accepta d’être le suppléant éventuel de Claude Jullemier, finalement devancé par le chiraquien et le socialiste, dans la première circonscription (Le Mans – Sillé-le-Guillaume). Candidat en titre cette fois, en 1981, dans la même circonscription, Lelièvre recueillit 3 555 suffrages soit 7,72 % des exprimés. Aux élections cantonales, il fut candidat malheureux dans le premier canton du Mans en 1961 et 1967, dans celui de la Chartre en 1973, à nouveau dans le premier canton du Mans en 1979. Le seul mandat qu’il exerça fut celui d’élu municipal du Mans à partir de 1977, consécutivement au succès, au second tour, de la liste d’Union de la gauche conduite par Robert Jarry*. À sa demande, Lelièvre devint alors adjoint au maire, chargé des affaires culturelles. En 1979, il fit donner à trois rues nouvelles du Mans les noms de militants sarthois du Mouvement de la Paix décédés plus ou moins récemment : Maurice Chaumont, une ancienne institutrice socialisante, une catholique pratiquante qui avait rejoint le PCF. (De la même façon, il fit honorer la mémoire du professeur Klotz en juin 1990).
De 1977 à 1982, dans sa cellule et au comité fédéral, tout en affirmant être « d’accord avec la stratégie globale du Parti », Lelièvre critiqua certaines des décisions et orientations de sa direction nationale. Il s’en prit surtout à Georges Marchais, secrétaire général, dont il n’appréciait ni le style, ni la gouaille. La reconnaissance de la force de frappe française annoncée, sans débat préalable, le 21 juin 1977, le révolta puisqu’elle remettait en cause ce contre quoi il se battait constamment. Attaché à « la notion si riche d’alliance entre la classe ouvrière et les intellectuels », il dénonçait une certaine montée de l’ouvriérisme et réclamait plus de démocratie dans le Parti. Lors des débats sur les rapports entre socialisme et démocratie, à propos de la nature des régimes politiques et sociaux des pays de l’Est, il paraphrasait le dirigeant communiste italien Berlinguer pour qui il convenait de « prendre acte du fait que cette phase du socialisme qui a commencé avec la Révolution d’Octobre a épuisé sa force motrice ». Tout en reconnaissant que la rupture de l’Union de la gauche n’était pas imputable aux seuls communistes, il n’en mettait pas moins en avant les « incohérences » de leurs dirigeants pour expliquer le déclin électoral du PCF constaté en 1981, en particulier au Mans, où, pour la première fois depuis la Libération, le Parti socialiste devança le parti communiste. « Nous ne sommes pas dirigés » lançait-il.
L’expression de divergences tourna à l’affrontement à la fin de 1981, en pleine préparation du XXIVe congrès du PCF, après que Lelièvre eut exprimé, cette fois publiquement par voie de presse, sa condamnation de « l’état d’urgence » en Pologne, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, « de la nécessité du pluralisme dans la vie politique », de la défense des libertés. « Je ne peux plus me taire » lança-t-il avant de s’en prendre à « l’attitude de Ponce-Pilate attentiste de la direction du Parti communiste français ». Comme au Mouvement de la paix, et en adhérent d’Amnesty International qu’il était alors, Lelièvre concluait en appelant l’opinion publique à se manifester partout où les droits de l’Homme étaient bafoués (Presse locale, 23 décembre 1981). Le comité fédéral de la Sarthe n’admit pas cet « étalage de divergences sur la place publique » et cette charge contre la direction nationale. Onze militants sarthois déclarèrent partager les « préoccupations » et « désaccords » de Lelièvre qui, selon eux, ne pouvaient être « assimilés à une position anticommuniste » comme l’affirmait le secrétaire fédéral. À la fin de janvier 1982, tandis que le mouvement de contestation de la direction touchait d’autres fédérations, dans la Sarthe, la conférence fédérale préparatoire au congrès entérina la décision du comité fédéral d’exclure de ses rangs Lelièvre et trois de ses amis pour « attaques publiques et procès d’intention contre des directions élues et manquement de solidarité ». Lelièvre et François Plet, autre élu municipal du Mans, rejoignirent Henri Fiszbin. Ils firent partie des 67 communistes et anciens communistes fondateurs de “Rencontres communistes”. Présenté par ses promoteurs comme un forum de discussions pour une nouvelle politique communiste, ce groupe fut rapidement considéré par les dirigeants communistes comme « une organisation autre que le Parti communiste ». Le 30 juin 1982, la direction fédérale considéra que Lelièvre et Plet s’étaient d’eux-mêmes placés hors du parti. En octobre suivant, elle leur signifia qu’ils ne pourraient figurer « à quelque titre que ce soit » sur la liste d’Union de la gauche à l’élection municipale du Mans prochaine, en 1983. En désaccord avec Fiszbin, à leurs yeux « trop soumis » au gouvernement socialiste et qu’ils soupçonnaient de tendre vers la création d’une organisation « étrangère au Parti communiste », Lelièvre et Plet lui en firent part par lettre publique et quittèrent « Rencontres communistes » en décembre 1982. Sans renier leurs divergences sur les pays de l’Est, ils déclarèrent accepter les conclusions du XXIVe congrès et reconnaître la légitimité des instances dirigeantes du PCF. Ce faisant, il s’agissait surtout pour eux d’être aux côtés de Robert Jarry afin de contribuer à sa réélection comme maire, dans un contexte de rupture de l’Union de la gauche initiée par les socialistes du Mans qui, au vue des résultats électoraux de 1981, revendiquaient le poste. Devancée largement au premier tour, la liste socialiste fusionna avec celle de Jarry qui, au final, retrouva son fauteuil de maire. En 1989, débuta un troisième mandat d’élu municipal pour Jarry, Lelièvre et Plet, cette fois alliés des socialistes en dépit des directives du PCF, et, de ce fait, exclus du parti.
Lelièvre accomplit trois mandats d’adjoint au maire du Mans chargé des Affaires culturelles, de 1977 à 1995. Selon ses propres conceptions, « l’élitisme populaire », « favoriser la création grâce à la créativité de tous » et son souci du débat, il contribua à élargir l’offre culturelle, structures et manifestations, dans une ville longtemps perçue comme « un gros bourg ». Trois de ses créations, sous l’égide de la ville du Mans, ont perduré. Médiatisées, elles contribuent aujourd’hui tous les ans au rayonnement du Mans. Dans le sillage des conférences-débats des années 1970 et 1980 du Comité départemental de la paix, elles s’apparentent à des colloques ouverts à tous gratuitement. Sur un thème fixé, les interventions de spécialistes, choisis par un coordinateur, sont suivies de débats avec le public. Les actes sont régulièrement publiés. Leur gestion est de type associatif. Lelièvre sollicita, avec des fortunes diverses, le soutien actif et financier des collectivités locales, de la Région, de l’Université du Maine, des associations laïques, des libraires, etc.
À partir de 1989 ce furent, centrés sur la philosophie, et en partenariat avec le quotidien Le Monde, les Forums annuels dits « Forums Le Monde-le Mans » avec, pour premier animateur, Roger-Pol Droit. La présidence de l’association organisatrice revient d’office à l’Université du Maine. En 1990, Lelièvre, faisant le pari qu’on pouvait « discuter calmement de sujets brûlants », lança « Les Carrefours de la pensée ». Le premier, consacré aux héritages du congrès de Tours soixante-dix ans après, se tint les 7 et 8 décembre, sous la responsabilité de Jacques Girault*. La publication des actes fut financée par la ville du Mans. La séquence suivante sur la question palestinienne fut dirigée par Dominique Vidal et Alain Gresh qui poursuivit jusqu’en 2004, relayé par la suite par Martine Bulard. Patronnés par le mensuel Le Monde diplomatique, les Carrefours, sans négliger des thèmes transversaux, devinrent à dominante géopolitique. L’Université du Maine se désengagea en 2004. Une grosse part de l’organisation incombe aujourd’hui à la Fédération des œuvres laïques. En 1992, à l’occasion d’un débat sur la francophonie, Lelièvre fonda « Le Mans Cité Chanson », à la fois tremplin pour de nouveaux talents et lieu de discussions avec le public.
En 1995, s’estimant peu soutenu par Robert Jarry, qui aurait jugé trop élitistes ses initiatives, Lelièvre se retira de la vie municipale. Jusqu’en 2002, il anima des « cafés philosophiques » préparatoires aux « Forums » tout en continuant de s’impliquer dans la direction des « Carrefours ». Relativement à Le Mans Cité Chanson, il déplora l’abandon, par ses successeurs, de la partie débats au profit du seul tremplin, ainsi que l’insuffisance des références à la francophonie. Éloigné de la vie politique militante, Lelièvre entretient de bonnes relations avec Jean-Claude Boulard, maire socialiste du Mans depuis 2001 qui, à la tête de la Communauté depuis 1983, approuva et soutint fermement ses réalisations culturelles.
Propriétaire pendant quarante ans d’un bateau basé à Toulon, en bon fils de marin, Lelièvre a été un excellent navigateur sur tous les océans et mers. Deux fois il traversa l’Atlantique. Des paysages, des plantes, des animaux des terres et continents visités transparaissent sous forme métaphorique dans son œuvre littéraire signée du pseudonyme Yves Mazagre.
Il mourut le 10 novembre 2017 et ses obsèques civiles eurent lieu au Mans le17 novembre.

ŒUVRE : sous le pseudonyme d’Yves Mazagre : Chair vive, Pierre Seghers, 1953. — L’Oiseau plongeur, le Milieu du Jour, 1996. — Le Royaume singulier, Librairie-Galerie Racine, 1998. — La Théorie des impostures, Librairie-Galerie Racine, 2000. — L’agave s’impatiente (naissance de l’anti- poésie), Librairie-Galerie Racine, 2001. — Considérations sur les déluges, Librairie-Galerie Racine, 2001. — Thérèse, Les Éditions de l’Amandier, 2004.— Suzanne, Éditions de l’Amandier, 2005. — Protée (les impostures de l’identité), Éditions de l’Amandier, 2006. — Sur le fil d’un présent continu (l’Obsession des araignées) suivi de Les îles flottantes, Éditions de l’Amandier, 2008. — René Renais, Éditions de l’Amandier, 2009. — La lutte finale, Librairie-Galerie Racine, 2010. — Ouvrages d’artistes : Le Muscle et la Poésie, avec Roger Blaquière, 2000. — Le Miroir des bonobos, avec Claude Ribot, 2002. — Ulysse le consommateur, avec Richard Rak, 2003.

SOURCES : Presse locale et régionale. — Sarthe-Nouvelle (organe de la fédération de la Sarthe du PCF). — Notices dans des journaux électoraux. — Les “têtes” de la Sarthe, 1993 (p. 124 et 125). — Centre régional d’Archives Historiques de la Sécurité sociale au Mans : procès-verbaux des délibérations du Conseil d’administration de la Caisse primaire de Sécurité sociale de la Sarthe de 1955 à 1967. — Archives départementales de la Sarthe : dossiers 1278 W 337 (sur les débuts du Mouvement de la paix dans la Sarthe), 1278 W 336 (avec fiche des RG du 18 janvier 1960). — Archives d’Henry Lelièvre sur le Mouvement de la paix dans la Sarthe de 1958 aux années 1980 (déposées depuis la fin 2010 aux Archives départementales de la Sarthe). — Gérard Boëldieu « Le Mouvement de la paix dans la Sarthe : une dynamique contrariée », in Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault (dir.) La France en guerre 1954-1962. Expériences métropolitaines de la guerre d’indépendance algérienne, Éditions Autrement, Paris, 2008. — Combat pour la paix (organe du Mouvement de la Paix). — « Un clerc entre la guerre et la paix », La Vie mancelle, janvier et février 1980 (entretien avec Michel Rosier). — Archives municipales du Mans : délibérations du conseil municipal. — Michel Collin, « L’émergence d’un nouveau discours sur la culture, à travers l’évolution d’une municipalité de gauche dans la décennie 1980 », extrait de Jalons pour l’histoire des politiques culturelles locales, Ministère de la culture. Comité d’histoire, Paris, 1995 (Point de vue jugé “gauchiste” par Henry Lelièvre). — Note de Jacques Girault sur les débuts des « Carrefours de la Pensée ». — Nombreuses conversations informelles et plusieurs entretiens avec l’intéressé. — Site internet des Éditions de l’Amandier : fiche sur Yves Mazagre.— Etat civil.

Gérard Boëldieu

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