MATHIER Ernest, Alphonse

Par Daniel Grason

Né le 4 janvier 1895, à Paris XVIIIe arr. (Seine), mort le 30 juin 1985 à Paris XVe arr. ; ajusteur mécanicien auto ; militant communiste ; volontaire en Espagne républicaine.

Fils de Camille, boucher et de Maria, née Guillard, marchande de comestibles, Ernest Mathier termina sa scolarité à l’école primaire, en obtenant le CEP. Il apprit son métier d’ajusteur, en apprentissage pendant trois ans. Il effectua quatre années de service militaire de 1914 à 1919, il échappa en partie aux tranchées de la grande guerre, il fut deux ans dans l’infanterie, puis à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines), au 23e Régiment du Train auto, où il se perfectionna dans la mécanique automobile. Il suivait attentivement les événements qui se déroulaient en Russie.

Les grèves de 1923, des métallurgistes de Saint-Michel-sous-Gland et des aciéristes d’Hirson dans l’Aisne, le marquèrent. Il demanda à l’issue de celles-ci à adhérer au parti communiste, auprès de Pourquier, secrétaire de la région nord-est. Il se syndiqua à la CGTU. En 1927, il fut condamné à un mois de prison, par le Tribunal de Saint-Quentin (Aisne) pour avoir écrit un article dans le journal de Saint-Quentin, jugé diffamatoire sur un chef de fonderie. Il fut mis en liberté sous condition de payer l’amende de mille deux cents francs. Il collabora de 1924 à 1928 au journal L’exploité de la région nord-est. En 1929, il fut l’élève d’une école élémentaire du parti communiste. L’éducation politique des militants se faisaient par la lecture de la presse et des brochures édités par le parti communiste. Il était lecteur de l’Humanité, l’Avant-garde, La Voix populaire, les Cahiers du bolchevisme, Correspondance internationale, et la brochure sur Le Capital.

Marié, père d’un enfant, il vint habiter au 65, rue de Neuilly, à Clichy (Seine, Hauts-de-Seine). Il travaillait chez Pellerin, à Levallois-Perret, une entreprise de cent quatre-vingt salariés où il exerçait ses talents de mécanicien sur les automobiles Ford et Matford. Ernest Mathier, militant de l’ARAC fut parmi les manifestants des 6, 9 et 12 février 1934, avec ceux qui manifestèrent contre la tenue d’une soirée cinématographique du Parti social français, à Clichy. Six manifestants antifascistes furent tués par balles. Des responsabilités furent confiées à Ernest Mathier, trésorier de l’ARAC de la ville pendant quatre ans ; en 1936, secrétaire de la cellule 729, délégué à la conférence de la région Paris Ouest, à Argenteuil en décembre 1937 ; la même année, il était secrétaire de la section syndicale CGT de son entreprise, délégué titulaire.

Le 1er mars 1938, il était en Espagne, incorporé à la XIVe Brigade, comme soldat. Ernest Mathier envoya une lettre au journal local, publiée en juillet : « Dans les tranchées, nous ne sommes pas trop malheureux. Nous avons des guitounes qui nous protègent assez bien. La seule chose que nous craignons, c’est l’aviation. Dans nos heures de veille, nous pensons à la France démocratique et nous rougissons de honte de voir cette France de 1789 refuser d’ouvrir sa frontière. Cela permettrait pourtant à la République sœur de pouvoir acheter des armes pour chasser l’envahisseur ». Les volontaires ignoraient comme la population française, que des trains entiers d’armes et de munitions franchissaient régulièrement les Pyrénées. Ces armes étaient achetées par le gouvernement républicain espagnol à l’Union Soviétique. Elles arrivaient dans les navires de France-Navigation de Mourmansk, étaient déchargées à Bordeaux, mises immédiatement dans des trains à destination de l’Espagne. Gaston Cusin, membre du parti socialiste, vérificateur des douanes, syndicaliste CGT, il fut chargé dès juillet 1936 par Léon Blum de devenir contrebandier. Ses fonctions officielles dans différents cabinets ministériels lui permettaient de contourner la non-intervention. Il déclara dans les années soixante-dix : « Jamais frontière fermée pourtant ne fut si bien ouverte ».

Ernest Mathier rentra d’Espagne, début novembre 1938. Le Comité d’aide à l’Espagne républicaine de Clichy présidé par Joseph Legarlantézec*, conseiller municipal socialiste organisa le dimanche 13 novembre une réception pour le retour des brigadistes, en présence des sections communistes et socialistes, de l’Union des syndicats, du Comité mondial des femmes, en présence de Maurice Naile, conseiller général communiste.

Les Brigadistes de Clichy : Couégnias, Marcel Grélaud, Marcel Haulard, Roger Ledinot, René Legrand, Ernest Lemoigne, Riébé, Roeland, Véto, Ernest Mathier et André Paillez de Bois-Colombes, étaient là. Marcel Grélaud prit la parole, il rendit hommage, – en présence de sa mère – à Maurice Maldent mort le 2 août en Espagne. Il déclara : « Nous qui avons lutté dans les tranchées de la liberté, face aux troupes d’invasion étrangère, nous savons que notre sacrifice aurait été inutile si le peuple d’Espagne n’avait pas su faire l’unité.
Nous n’avons fait que changer de front, mais ici comme en Espagne, nous jurons de consacrer tous nos instants à la lutte antifasciste, jusqu’à la victoire définitive du peuple espagnol et du nôtre contre tous ses ennemis ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136968, notice MATHIER Ernest, Alphonse par Daniel Grason, version mise en ligne le 11 mai 2011, dernière modification le 6 décembre 2011.

Par Daniel Grason

SOURCES : RGASPI 545.6.1040, BDIC mfm 880/1 ; RGASPI 545.6.1043, BDIC mfm 880/2 bis ; RGASPI 545.6.1044, BDIC mfm 880/2 bis ; RGASPI 545.6.1310 ; BDIC mfm 880/25. – Arch. Mun. Gennevilliers, La Voix populaire, 1er juillet, 18 novembre 1938. – Dominique Grisoni, Gilles Hertzog, Les brigades de la mer, Grasset, 1979. – Marie-Cécile Bouju, La production des maisons d’édition du PCF (1921-1956), 1999. – État Civil, Paris XVIIIe arr.

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