LANDAIS René, Jean

Par André Balent, Claude Pennetier

Né le 18 avril 1907 à Paris (XIVe arr.), mort le 4 mars 2002 à Thuir (Pyrénées-Orientales) ; employé de bureau (comptable), ouvrier du bâtiment, directeur du CFA de Rivesaltes (1947-1949), à nouveau ouvrier du bâtiment puis comptable ; volontaire en Espagne républicaine ; militant syndicaliste et communiste de la Seine, de l’Yonne puis des Pyrénées-Orientales ; élu à la caisse d’allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

René Landais, bataille de l’Èbre, 1938
René Landais, bataille de l’Èbre, 1938
Arch. Renée Olive, fille de René Landais, reproduction André Balent

René Landais naquit à Paris, rue Vercingétorix, dans le quartier ouvrier de Plaisance. Son père, Jules, Gabriel Landais était ouvrier imprimeur qualifié, d’ « opinions de gauche », anticlérical (il ne fit pas baptiser ses enfants), très cultivé. Né à Paris, ses parents étaient originaires de la Mayenne. Le grand-père paternel de René Landais était un ardoisier de Trélazé. Sa mère, Aline Duveau était couturière, originaire des Charentes. Divorcée, elle s’était installée à Paris où elle avait épousé Jules Landais. Ils eurent trois enfants, deux filles et un garçon. René était le dernier de la fratrie.

René Landais, orphelin de père à l’âge de cinq ans, fut élevé par sa grand-mère maternelle, une blanchisseuse charentaise. Il fréquenta un patronage catholique, rue Colas. Il s’y initia à divers sports. Il obtint le certificat d’études à douze ans et entra comme apprenti en sièges de style chez un artisan du faubourg Saint-Antoine. Il se souvient avoir alors fréquenté assidûment la bibliothèque municipale du XIVe arr. et lu Émile Zola, Romain Rolland, Henri Barbusse, Roland Dorgelès, Andréas Latzko, Anatole France.
Alors que sa mère eût préféré qu’il préparât une carrière d’employé, il était désireux de faire un apprentissage d’ébéniste. Il obtint gain de cause et trouva, le 18 octobre 1920, une place chez Colombain, un ébéniste de la rue Godefroy Cavaignac. Un ouvrier, petit-fils de communard, lui conseilla des livres, comme L’Apprentie de Gustave Geoffroy. Cet ouvrier était favorable à l’adhésion à l’Internationale communiste. Mais René Landais, mécontent de ses conditions d’apprentissage et de rémunération, quitta l’ébénisterie le 17 août 1921 et consentit, sans enthousiasme, de passer le concours d’entrée au Crédit lyonnais. Entre-temps, du 22 octobre 1921 au 31 janvier 1922, il fut employé de bureau dans un chocolaterie de Montrouge, puis, pendant la première quinzaine de 1922 dans une tonnellerie du IVe arrondissement. Reçu au concours du Crédit lyonnais, il travailla d’abord , à compter du 15 février 1922, comme « grouillot » au siège central, au service des Positions-Banque. Puis, reçu troisième au « grand concours », devint employé « à part entière ». Installé à Montmartre, il menait une vie de Bohème avec des collègues de travail devenus ses amis. En 1924, il participa à des manifestations du Parti communiste et adhéra à la CGTU. Mais, passionné par la lecture, le dessin, la musique, le théâtre, les voyages et les sports (le rugby et le tennis, en particulier), il hésitait encore à adhérer au PC, car, écrivit-il plus tard dans son autobiographie, « je pensais qu’un militant devait se consacrer corps et âme à l’action. Je ne pouvais donc pas encore faire le saut ... ».

René Landais participa activement à la grève unitaire des banques de 1925 qui se solda par un cuisant échec. Il fut, le 15 février 1925, renvoyé comme « meneur ». Un marchand de tissus de la rue d’Aboukir l’embaucha un temps comme facturier (de septembre 1925 à juillet 1926). Mais, écrit-il dans le document autobiographique qu’il nous a communiqué, « je décidai de devenir paysan ». Ouvrier agricole à Fontclaireau (Charente), commune d’origine de sa grand-mère maternelle et où il s’était rendu, auparavant, pendant les vacances) du début de juillet à septembre 1926, il ne revint à Paris au bout de trois mois que sur les instances de sa mère et de sa sœur qui vint le chercher. Il serait, quant à lui, resté à la campagne où il s’épanouissait car il adorait les travaux champêtres et l’ambiance villageoise. Il travailla ensuite, du 9 septembre 1926 au 7 avril 1927, comme pointeau payeur-comptable chez Hotchkiss à Levallois-Perret. Pratiquant assidûment divers sports, il fréquentait aussi les théâtres et les cinémas et lisait toujours autant : « Nous accédions à la culture, et c’était très rare dans les milieux pauvres des salariés », remarque-t-il dans son autobiographie.

L’année suivante, le 4 mai 1927, l’Armée l’appela pour le service militaire à Mayence (510e RCC). Il refusa de faire partie du peloton des élèves sous-officiers. Il apprécia l’hospitalité des Rhénans et s’il était antimilitariste, il devint « aussi internationaliste". Suspecté de sympathies communistes, il fut sévèrement puni et termina son service dans un régiment d’infanterie. Libéré de ses obligations militaires au début octobre 1928, il retrouva dès le 8 de ce mois son emploi chez Hotchkiss. Il adhéra à la cellule communiste de l’entreprise en septembre 1929 et suivit l’école de rayon animée par Pierre-Laurent Darnar (voir Laurent Pierre*). Une enquête patronale provoqua son renvoi le 20 février 1931. C’est pendant une période de chômage – il militait au PC, toujours à Levallois-Perret – qu’il participa, en 1931, à l’école régionale communiste. Au chômage, il adhérait toujours au syndicat des employés comptables et fut un temps membre de sa commission exécutive. Ce furent ses camarades du syndicat qui lui proposèrent un emploi de caissier comptable à La Bellevilloise, coopérative ouvrière de consommation à direction communiste. René Landais travailla à La Bellevilloise, du 8 mai 1931 à sa faillite le 6 juin 1934. Il militait à une cellule d’entreprise Vaucanson du XXe arrondissement, rattachée au 2e rayon, fut membre de la commission exécutive du syndicat les employés de la coopérative et un adhérent très actif du Club sportif des employés, section tennis, affilié à la Fédération sportive du travail. Tennisman de bon niveau (champion de France 3e catégorie), il se rendit à la Spartakiade illégale de Berlin en 1932.

À la même époque, il eut une liaison avec une Polonaise juive, militante dans les milieux de l’émigration qui avait étudié à Sciences politiques, Reine Gurfinkiel* (1909-1973). Il se maria avec elle en mai 1932. Ce mariage était, écrivit-il plus tard, un « mariage blanc ». Toutefois, ils vécurent plusieurs mois ensemble. Mais après que Reine Gurfinkiel eut quitté la Bellevilloise pour la Grange aux Belles, et un dernier voyage romantique à Majorque, ils se séparèrent. Ils divorcèrent en juillet 1939.

René Landais réussit à parfaire encore sa formation intellectuelle grâce à des contacts noués dans le cadre du PC. Il consacra ses vacances à de longs voyages. Mais il vécut intensément les mois qui préparèrent la constitution du front populaire. Il participa aux manifestations parisiennes des 9 et 12 février 1934 avec ses camarades du 2e rayon.

Après la faillite de La Bellevilloise, René Landais fut dans l’impossibilité de trouver du travail. Il partit un temps dans l’Yonne où il noua des contacts amicaux et militants. Puis, de retour dans le XIVe arr., il fut l’un des secrétaires de la section communiste aux côtés de Raymond Losserand. Il retrouva, le 18 juillet 1935, un emploi d’aide-comptable à la direction de la Fédération des transports de la CGTU. Il assista plus particulièrement les responsables du Syndicat des chauffeurs camionneurs de Paris dont les effectifs augmentèrent rapidement à la faveur de la dynamique unitaire du rassemblement populaire. Au chômage du 30 avril 1936 au 30 août 1936, il retrouva ses fonctions de permanent syndical au syndicat des chauffeurs.
Suivant de près la guerre civile espagnole, il se décida à franchir le pas. Il s’engagea dans les Brigades internationales le 17 février 1937 et partit de Paris avec trente-trois Parisiens du XIVe arrondissement, parmi lesquels un de ses amis, Henri Tanguy* [Rol Tanguy].

Il franchit la frontière avant que celle-ci ne fût définitivement fermée, le 28, aux volontaires. Leur groupe fut réuni à d’autres volontaires au fort de Figueres et, après un court séjour à Barcelone, gagna Albacete par train. René Landais fut affecté comme commissaire politique à l’état-major des Brigades internationales. Pendant longtemps, on lui refusa une affectation au front. Il fut chargé depuis Albacete de diverses missions en Andalousie, puis de la réception d’un délégation du Front populaire français qu’il conduisit dans diverses localités du Pays valencien. À Albacete, Maurice Lampe* fit de René Landais le commissaire politique adjoint de la base des Brigades internationales. André Marty* le prit sous sa protection. Pourtant, René Landais n’appréciait guère « son caractère brutal et odieux » tout en soulignant qu’il ne pouvait « laisser dire qu’il fut le ‘‘ boucher d’Albacete’’ ».

C’est à la base d’Albacete qu’il fit la connaissance d’une dactylo, Georgette Clerc*, et que commença la liaison qu’il eut avec elle. En mars 1938, lors de l’offensive des forces franquistes en Aragon qui coupa la zone républicaine en deux, Landais reçut l’ordre d’évacuer par camion la bibliothèque et les dossiers des Brigades d’Albacete à Barcelone. Il s’acquitta de cette mission, accompagné par Georgette Clerc, avec qui il vivait maritalement, et Adèle Arranz*. À Barcelone, Landais fut affecté auprès de Gallo, inspecteur des Brigades. Il fit des démarches pour rejoindre enfin le front. Sa requête fut acceptée par André Marty. Il fut détaché à la 14e brigade internationale en position sur le front stabilisé depuis mars sur la rive gauche de l’Èbre. Il y retrouva des amis (Henri Tanguy*, Roger Codou*, Marcel Sagnier*). Lorsqu’il arriva sur le front la bataille de l’Èbre était commencé et la 14e brigade avait été décimée dans une opération de diversion de franchissement du fleuve à Campredó, au sud du dispositif républicain près d’Amposta.

René Landais, affecté au commissariat politique de la brigade, participa à la suite de la bataille de l’Èbre, particulièrement aux longs et durs combats de tranchées de la serra de Cavalls. Il assurait la rédaction d’un "journal" qu’il diffusait en première ligne. Pendant, la bataille, il lisait L’Espoir d’André Malraux que « Régine » [Reine Gurfinkiel] lui avait fait parvenir. Après le retrait des Brigades internationales du front décidé par Negrín président du Conseil (21 septembre 1938), il fut chargé de regrouper les Internationaux à Calella, port de pêche de la Costa Brava. Après le défilé d’adieu aux brigadistes à Barcelone, il rentra en France avec un convoi qui les conduisit à Paris-Austerlitz. Quelques jours après, Georgette Clerc les rejoignit. Ils retournèrent à Perpignan. Pendant un séjour à Mérens-les-Vals (Ariège), ils se rendirent en Cerdagne, à Saillagouse, dans la famille de Georgette. C’était le premier vrai contact de Landais avec les Pyrénées-Orientales (Voir Cayrol Antoine).

De retour à Paris, au début de 1939, René Landais fut désigné le 15 janvier 1939 par le Parti communiste comme permanent au Comité de coordination des réfugiés espagnols –il le demeura jusqu’au 18 mai 1939– et il fut coopté au comité de la Région communiste Paris-Ville. Il devait également travailler avec André Marty et Tanguy à la rédaction d’une histoire des Brigades internationales mais, en accord avec un responsable aux cadres (Félix Cadras), il partit, le 18 mai, s’embaucher dans l’Yonne chez René Berthaud, un petit patron communiste d’Auxerre. Il entra au comité fédéral.
Après la signature du Pacte germano-soviétique, la direction communiste de l’Yonne l’envoya à Paris prendre des directives. Léon Mauvais* lui déclara qu’il fallait « faire confiance à l’URSS ». Il participa à la confection d’un journal qui fut diffusé dans l’Yonne début septembre 1939.

Il fut mobilisé le 6 septembre, alors que Georgette Clerc était enceinte. Sa première femme avait entamé une procédure de divorce. Il put se marier avec Georgette Clerc à Auxerre le 23 avril 1940, lors d’une permission exceptionnelle de trois jours. Entre-temps, sa fille Renée était née le 8 janvier 1940.

De Fontainebleau, il fut affecté au front, dans les Ardennes, près de Carignan, dans une unité, le 246e RI, où se retrouvaient nombre de « suspects » politiques, chargés de creuser des tranchées et de construire des blockhaus. Lors de l’attaque allemande, en mai 1940, René Landais se trouvait en retrait du front, près de Vouziers (Ardennes). Son unité fit mouvement vers le confluent de la Meuse et du Chiers. Il fut fait prisonnier près de Raucourt (Ardennes). Il fut tout d’abord transféré dans une ferme d’État à Deutsche Krone (aujourd’hui Walcz, dans la partie de la Poméranie annexée à la Pologne en 1945), puis au stalag II-A d’Hammerstein en Poméranie (aujourd’hui Czarne en Pologne) ; au stalag II-B de Neubrandenburg (aujourd’hui dans le land de Mecklembourg – Poméranie occidentale, Allemagne) dans divers commandos dont celui de Stettin (aujourd’hui Szczecin, Pologne) ; à Brême ; à Emden, près de la frontière hollandaise ; à Vegesack, près de Brême, où il apprit la défaite allemande de Stalingrad et où il fut membre d’une organisation communiste clandestine ; à Westetimke (Basse Saxe) dans un ancien oflag britannique où il participa à la reconstitution d’une cellule du PC français et où, le 24 avril 1945, au moment de la libération du camp, il fut élu secrétaire d’une amicale des PG du 2e arbeitsbatallon du camp. René Landais tenta en vain deux évasions, depuis une forêt près de Stettin et à Emden. Il réussit cependant à constituer des noyaux communistes dans les camps.

Il rejoignit sa femme à Orléans (Loiret). Tous deux décidèrent de se fixer à Saillagouse, dans les Pyrénées-Orientales où sa femme avait des attaches familiales. En juillet et août 1945, il travailla à Olette (Pyrénées-Orientales) comme auxiliaire des Ponts-et-Chaussées. À partir du 27 juillet, il travailla comme ouvrier spécialiste à la THEG, entreprise de travaux publics chargé de rehausser et de renforcer la digue du barrage des Bouillouses, à plus de 2000 m d’altitude, construit en 1910. La THEG œuvrait comme prestataire de service pour le compte de la SHEM (société hydro-électrique du Midi), filiale de la SNCF et propriétaire de l’ouvrage. Les conditions de travail étaient dures et il ne revenait que le samedi soir chez lui à Saillagouse. De plus, les travaux étaient suspendus pendant l’hiver. Il participa activement à la mise en route d’une section syndicale, fut élu délégué du personnel puis responsable du comité d’entreprise. Il participa également à la mise place de trois cellules communistes d’entreprise aux Bouillouses, du PCF, du PCE et du PSUC (Parti socialiste unifié de Catalogne, communiste). Il réussit à faire améliorer les conditions de travail des ouvriers et à obtenir, avec l’appui du député communiste André Tourné*, que, pendant l’hiver, alors que le chantier des Bouillouses était fermé, ils fussent employés à des travaux de réfection du canal d’irrigation de Bohère, près de Villefranche-de-Conflent, dans la commune de Ria-Sirach (Pyrénées-Orientales). L’été suivant il revint travailler aux Bouillouses. Dans le même temps, il participa activement à la vie du PCF de la Cerdagne et du Capcir, assurant l’organisation de la propagande pendant l’élection cantonale des 23 et 30 septembre 1945 dans le canton de Mont-Louis - où le candidat communiste, François Rouquet*, maire de Fontpédrouse, fut devancé par le socialiste SFIO Charles Bourrat* élu au second tour – et pendant les élections législatives du 21 octobre 1945. À propos de ce scrutin, il écrivit en 1978 dans son autobiographie inédite : « Jamais les paysans catalans [de Cerdagne et du Capcir]" n’ont assisté "si nombreux aux réunions du Parti communiste, c’est un grand succès pour notre camarade André Tourné (...) élu député à une large majorité ». Délégué de la section de Mont-Louis du PCF à la conférence fédérale de Perpignan (1946), il fut élu au comité fédéral. Le chantier des Bouillouses s’acheva à l’automne 1946 et, le 23 novembre, il dut trouver un nouvel emploi. Il fut embauché le 5 décembre 1946, sur un chantier à Olette (Pyrénées-Orientales) où l’entreprise Ségrette de Toulouse construisait une petite centrale électrique pour le compte de la SHEM.
Sa famille déménagea à Catllar (Pyrénées-Orientales, près de Prades, où il avait trouvé une maison à louer. Peu de temps après naquit son fils Pierre en février 1947.

Les responsables départementaux de la CGT lui demandèrent d’assurer la direction du centre de formation professionnelle accélérée du Bâtiment qui venait d’ouvrir dans un « îlot » disponible du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Il prit ses nouvelles fonctions de directeur le 15 janvier 1947. Quelques mois plus tard, sa famille vint s’installer au CFA de Rivesaltes où un logement de fonction avait été aménagé. Mais la localisation du CFA, dans un lieu inhospitalier éloigné de l’agglomération de Rivesaltes incita sa femme à revenir à Catllar où lui-même ne revenait que le samedi. Landais défendait systématiquement les revendications des stagiaires du centre qu’il dirigeait, ce qui indisposait les patrons. Il encouragea les stagiaires à participer à la grève du Bâtiment de 1949. Ce fut le motif qui conduisit, finalement à son licenciement par le ministre du Travail, Daniel Mayer*, à compter du 27 juillet 1949. De retour à Catllar, il chercha un emploi et réussit à se faire embaucher, le 1er décembre 1949, chez Deixonne, une entreprise du Bâtiment de Prades. Il y travailla un mois , puis à compter du 1er janvier 1950 et jusqu’au 15 mai, il fut embauché chez Léon Fabre, à Prades pour la construction d’un pont canal, puis, après ce chantier, par un parent et homonyme de Fabre. À la fin de 1949, il loua, avec sa femme, une petite maison avec un jardin à Eus, un village voisin. Plus tard, ils y acquirent une maison en ruines qu’ils réhabilitèrent. À Eus, René Landais mena avec sa femme et ses enfants « une vie dure et rustique mais très saine ». Ayant peu de ressources, ils devinrent « végétariens par force ». Amoureux de la nature, ils lurent les livres des Américains Herbert McGolfin Shelton (1895-1985), adepte du naturisme et du végétarisme et de Rachel Louise Carson (1907-1964), biologiste qui dénonça l’utilisation des pesticides et leur nocivité sur le fonctionnement des écosystèmes. Quelque part, René Landais et Georgette Clerc donnaient raison par leur style de vie — et par le manque de ressources financières, en partie contraint — aux « premiers naturistes et écologistes » dont il estimait, en 1978, qu’ils faisaient partie, après la lecture de ces deux auteurs.

Le 20 mai 1950, il fut embauché comme comptable chez Jaulent, épicier en gros à Perpignan. Il y travailla jusqu’à ce qu’il fit valoir ses droits à la retraite, le 18 avril 1969.

Dans un premier temps, il continua de résider à Eus ce qui impliquait plus de deux heures de trajet quotidien pour se rendre à son travail. Son militantisme fut de ce fait réduit à la participation aux campagnes électorales et à la vente du Travailleur catalan. Puis il déménagea à Perpignan, ou, pendant quelque temps, à proximité, à Canet-Plage. À Perpignan, il milita avec sa femme à la cellule « Gabriel Hispa » du quartier Saint-Mathieu. Après son licenciement de la direction du CFA de Rivesaltes, il avait demandé à être déchargé de ses responsabilités au comité fédéral. Mais, comme il l’écrivit plus tard, il n’a « jamais eu d’ambition dans le Parti » où il avait « constaté des signes de bureaucratie et beaucoup d’obséquiosité de la part de certains militants envers les dirigeants (ce qui n’existait pas dans le PC de l’entre -deux -guerres) » et était « très gêné par certaines formulations : notre grand camarade Maurice Thorez, notre grand camarade André Marty, etc ». Il fit part de ses doutes à Antoine Cayrol*, cousin germain de sa femme, mais ils pensaient tous deux que ces défauts pourraient être « rectifiés ». Lui-même continua à militer avec ardeur dans sa cellule. Mais délégué à une conférence fédérale, René Landais fut révolté par un fonctionnement qui, selon lui, n’avait rien à voir avec le « centralisme démocratique ». Pour l’heure, il accepta la proposition du représentant du comité central, Gabriel Roucaute, qui demanda aux délégués que sa femme fût élue au comité fédéral, alors que sa cellule qui avait critiqué la direction fédérale, avait présenté publiquement la sienne. Après avoir déménagé dans une HLM neuve du Moyen Vernet, il milita à la section de Perpignan Nord, et, avec sa femme, ils constituèrent la cellule d’un quartier en pleine expansion, animant un comité de locataires des HLM. 

Élu trésorier puis secrétaire de la section de Perpignan Nord, il participa aux campagnes des élections cantonales (octobre 1951) et municipales (avril-mai 1953), milita au CNAL et fut élu (CGT) pour un mandat de six ans à la Caisse départementale d’allocations familiales des Pyrénées-Orientales. Le 9 mars 1959, René Landais fut candidat au premier tour des élections municipales à Perpignan sur la liste d’Union ouvrière et démocratique présentée par le PCF et conduite par Raoul Vignettes*. Il obtint 7632 voix sur 27693 votants. Il ne fut pas présent au second tour sur la liste conduite par le maire sortant, Félix Depardon*, issue de la fusion entre les listes du PCF, de l’URD (PSA, UGS, Ligue des droits de l’Homme et une partie de la SFIO).

Le rapport de Khrouchtchev au 20e congrès du PCUS l’ébranla, mais ne fit que confirmer quelques-uns des doutes qui le taraudaient. Au fil des ans, il eut un regard de plus en plus critique sur le PCF, sa politique et ses modes de fonctionnement. Il rompit avec le Parti, en même temps que sa femme, après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie en août 1968. Cette rupture, préparée par une longue réflexion et des lectures « hétérodoxes » au regard des normes officielles du parti fut vécue comme un drame. La découverte du court roman d’Alexandre Soljenitsyne, Une journée d’Ivan Denissovitch, acheva de détruire définitivement ses illusions sur le modèle soviétique.

René Landais adhérait à l’AVER, mais il se détacha progressivement de cette association après sa rupture avec le PCF.

Après son départ à la retraite, il s’installa avec sa femme à Eus dans la maison qu’ils avaient restaurée au début des années 1950. Ils la vendirent ensuite pour s’installer à Lescurat (Dordogne). Mais ils se séparèrent de corps (décision du tribunal de Périgueux du 13 décembre 1977). Après cette séparation, il s’installa à Thuir (Pyrénées-Orientales) où vivait sa fille Renée, PEGC au collège Pierre-Moreto de Thuir (dont le mari, également PEGC, René Olive, militant du PS, devint maire de la ville et conseiller général du canton, mandats qu’il détient toujours en 2011). Peu après, en 1978, il écrivit une longue autobiographie dont ne subsiste plus que 127 feuillets dactylographiés, s’arrêtant en 1956, le reste étant perdu. Il rédigea ce texte à l’intention d’ « étudiants révolutionnaires » (principalement ses neveux parisiens, d’après Mme Renée Olive). En effet, les premières années de cette nouvelle phase de son existence, il passait une partie de l’année à Paris, chez sa sœur. Au début des années 1980, il participa à une émission d’une radio associative d’extrême gauche parisienne à laquelle il livra un bilan de son engagement dans les Brigades inernationales et une appréciation parfois critique de l’action des communistes pendant le conflit, allant jusqu’à évoquer "l’assassinat de Nin".

À Thuir, il mena une existence solitaire, consacrant beaucoup de temps à la lecture, une de ses grandes passions. Diminué et fatigué, il entra en 1992 dans une maison de retraite de Thuir où il mourut dix ans plus tard.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136855, notice LANDAIS René, Jean par André Balent, Claude Pennetier, version mise en ligne le 4 mai 2011, dernière modification le 25 avril 2016.

Par André Balent, Claude Pennetier

René Landais, bataille de l’Èbre, 1938
René Landais, bataille de l’Èbre, 1938
Arch. Renée Olive, fille de René Landais, reproduction André Balent
René Landais chez Georgette Clerc à Barcelone, carrer Aragó ,1938.
René Landais chez Georgette Clerc à Barcelone, carrer Aragó ,1938.
Arch. privées Renée Olive, fille de René Landais, reproduction André Balent.
Bataille de l’Èbre, 1938, Béranguer, Bigouret, Landais.
Bataille de l’Èbre, 1938, Béranguer, Bigouret, Landais.
Arch. privées Renée Olive, fille de René Landais, reproduction André Balent.

ŒUVRE : Une autobiographie sans titre, inédite, tapuscrit incomplet de 127 p. écrite en 1978, à « la demande d’étudiants en sociologie ». (Arch. privées André Balent).

SOURCES : Arch. privées Renée Olive, fille de René Landais, Thuir. — Tapuscrit autobiographique, op. cit., [1978]. — Témoignage autobiographique, mai 1983. — Notice DBMOF, tome XXXIII, 1988, p. 102. — Rémi Skoutelsky, L’espoir guidait leur pas. Les volontaires français dans les Brigades internationales, Paris, Grasset, 1998, pp. 165-166. — Entretien avec René Landais (Claude Pennetier). — Entretiens avec Renée Olive, fille de René Landais, Thuir, 11 septembre 2001, 27 avril 2011 (André Balent). — Entretiens avec Antoine Cayrol*, cousin par alliance de René Landais, Saillagouse, 1er septembre 2001, 12 juillet 2004 (André Balent). — L’Indépendant, février-mars 1959, en particulier le n° du 20 mars 1959. — Le Monde, 18 avril 1986. —Le Travailleur catalan, Perpignan. — Arch. RGASPI 545.6.1039 liste des Brigadistes français en Espagne républicaine, fiches individuelles du 31 décembre 1937 ; RGASPI 545.6.1041, BDIC mfm 880/1 cadres français enrôlés dans les Brigades internationales ; RGASPI 545.6.1043, BDIC mfm 880/2 bis, liste nominative de cadres du PCF, commissaires politiques et officiers, mars 1938 ; RGASPI, 495 270 5067, dossier biographique pas encore consulté.

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