JUHEL Eugène [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy

Ouvrier du bâtiment puis métallurgiste ; anarcho-syndicaliste ; secrétaire de la CNT-F en 1946-1947.

En 1914, Eugène Juhel était un membre en vue des Jeunesses syndicalistes de la Seine. Au moment de la guerre, il écrivit dans La Bataille syndicaliste des articles « dans la note » générale de la rédaction, c’est-à-dire dépourvus d’allusions à l’antimilitarisme d’avant-guerre.

En 1921, Juhel travaillait comme ouvrier à l’arsenal de Cherbourg.

En 1922, il était un militant actif du Syndicat unique du bâtiment (SUB) de la Seine, affilié à la CGTU. Après le congrès confédéral de Saint-Étienne, il fut également membre du comité départemental de la Seine du Comité de défense syndicaliste (CDS).

Le 19 octobre 1924, le SUB de la Seine rompit avec la CGTU, tout en demeurant affilié à la Fédération du bâtiment. Celle-ci rompit à son tour le 31 octobre.

Suite au congrès des 1er et 2 novembre 1924 de la Minorité syndicaliste révolutionnaire de la CGTU fut formée l’Union fédérative des syndicats autonomes (UFSA). Eugène Juhel intégra alors sa commission administrative provisoire (voir Lucien Huart).

Du 18 au 20 juin 1925 il fut délégué au congrès de Lyon de la Fédération autonome du bâtiment qui devait trancher un important débat : maintien dans l’autonomie ou retour à la CGT. Juhel déclara à ce sujet : «  Le SUB pense que l’unité ne peut se faire que sur la base de la Charte d’Amiens. Il croit que l’autonomie provisoire est le meilleur moyen d’arriver à l’unité. Il déclare que les deux CGT sont sous l’emprise de partis politiques et que l’unité ne peut venir d’elles. Il pense que c’est la Fédération du bâtiment qui la réalisera avec ses syndicats et ses militants si ceux-ci veulent intensifier leur propagande pour débourrer les crânes et montrer l’excellence de notre position  ». La motion cosignée de Barthe, Pommier, Le Pen, Alliet et Cotinaux qui préconisait « la fusion immédiate » avec la CGT obtint 29 voix. La motion cosignée par Boisson, Vagneron, Simon, Boudoux, Juhel, Pastergue et Malgloire obtint 30 voix. Il y eut également 3 abstentions. À une voix près, la Fédération du bâtiment demeura donc dans l’autonomie. À l’issue du congrès, Eugène Juhel fut désigné secrétaire fédéral adjoint. Il fut, à la même époque, secrétaire de la 13e région fédérale du SUB (Drancy-Le Bourget-Bobigny).

À l’automne 1926 il fut nommé secrétaire adjoint du Cercle syndicaliste fédéraliste Fernand Pelloutier, dont Boudoux était le secrétaire.

Dans La Voix du travail d’octobre-novembre 1926, parut l’appel « Pour le regroupement de nos forces » qui préconisait la création d’une 3e CGT, authentiquement syndicaliste révolutionnaire. L’appel était cosigné de Huart et Besnard (UFSA), Leroy (Fédération autonome des coiffeurs), Boisson, Juhel et Andrieux (Fédération autonome du bâtiment).

Au congrès extraordinaire des 13 et 14 novembre 1926 à Lyon, Eugène Juhel fut élu secrétaire de la Fédération autonome du bâtiment. À ce congrès fut également votée la constitution d’une « troisième CGT », qui fut constituée les 15 et 16 novembre sous le nom de CGT syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR).

Lors du IIe congrès de la CGT-SR tenu à Lyon du 2 au 4 novembre 1928, Juhel, malgré ses réticences, fut élu secrétaire général sur proposition de Lucien Huart. Le siège confédéral et l’administration du Combat syndicaliste furent déplacés de Lyon à Paris, et Juhel en fut le gérant en janvier et février 1929.

Vers 1930, Juhel habitait 2, impasse Marcès (Paris 11e) et était le responsable de la souscription lancée pour publier le livre de Pierre Besnard Les Syndicats ouvriers et la révolution sociale. Il démissionna de son poste de secrétaire général de la CGT-SR au début de 1931.

S’ensuivit une longue éclipse, et Juhel ne réapparut sur la scène militante qu’à la Libération. Il fut alors membre de la Fédération syndicaliste française (FSF) qui se transforma en mai 1946 en Confédération nationale du travail (CNT-F). Eugène Juhel fut alors membre de la commission administrative provisoire de la CNT-F. Désigné comme permanent avec Aimé Capelle*, il fut chargé, avec d’autres, de la propagande et de l’enregistrement des adhésions.

Lors du Ier congrès de la CNT-F, qui se tint du 7 au 9 décembre 1946 à Paris, Georges Thuot fut élu secrétaire général, mais il fut bientôt remplacé par Juhel. Ce dernier fut ensuite directeur du Combat syndicaliste dont le premier numéro parut en avril 1947. Il était alors membre de la fédération des métaux.

Juhel resta secrétaire général jusqu’au IIe congrès, en 1947, où il fut remplacé par Jacquelin.

Son adresse figurait toujours, en 1950 sur les listes d’anarchistes à surveiller.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136850, notice JUHEL Eugène [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy, version mise en ligne le 3 mai 2011, dernière modification le 23 mai 2014.

Par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy

SOURCES : Arch. Nat. F7/13348 et 13053 ― Arch. PPo BA/1900 ― Compte rendu du congrès du SUB, juin 1925 ― Samuel Jospin « La CGT-SR à travers son journal Le Combat syndicaliste, 1926-1937 », mémoire de maîtrise, Paris-I, 1974 ― René Bianco, Cent ans de presse..., op. cit. ― Boris Ratel, « L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France entre 1919 et 1939 », mémoire de maîtrise, université Paris-I, 2000 ― Sylvain Boulouque, « Julien Le Pen ou le paradoxe du syndicalisme libertaire », IRL, printemps 2002 ― Julien Loncle, « Histoire d’un courant anarcho-syndicaliste français : la CNT (1945-1995) », mémoire de maîtrise, université de Bourgogne, 2002.

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