LAMBLIN Robert, Cyrille.

Par Jacques Girault

Né le 23 février 1927 à Halluin (Nord) ; professeur dans l’enseignement supérieur ; militant communiste en Ille-et-Vilaine, en Loire-Atlantique et dans les Bouches-du-Rhône.

Son père, ouvrier vernisseur de chaises, ayant « un vieux fond d’anarchisme », votant communiste à « Halluin la rouge », travailla à partir de 1938 dans une coopérative créée par les communistes. Sa mère, ouvrière, fut licenciée par son employeur pour s’être arrêtée trop longtemps lors de sa maternité. Robert Lamblin, qui n’avait reçu aucune éducation religieuse dans sa famille, fut un croyant fervent dans sa jeunesse. Elève de l’école primaire » supérieure Colbert à Tourcoing, après avoir réussi le concours d’élèves maîtres en octobre 1943, il devint interne au lycée de Tourcoing et progressivement s’éloigna de l’influence du catholicisme social. Reçu au baccalauréat « Philosophie », il prépara le concours de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud (lettres) qu’il réussit en 1948.

Obtenant tour à tour une licence et un diplôme d’études supérieures de philosophie à la Sorbonne. Professeur agrégé de philosophie en 1952, Lamblin fut nommé au lycée de garçons de Rennes (Ille-et-Vilaine) puis, membre du jury du concours d’entrée à l’ENS de Saint-Cloud, devint, en octobre 1956, assistant à la Faculté des Lettres de Rennes. Devenu maître-assistant dans la nouvelle université de Nantes en 1964, inscrit sur la liste d’aptitude à l’enseignement supérieur, il fut élu chargé d’enseignement à l’Université d’Aix-en-Provence en 1970, puis, il obtint un poste de professeur de philosophie à l’Université de Provence où, retraité, il devint professeur émérite.

Lamblin se maria en juillet 1948 à Halluin avec une institutrice qu’il avait connue pendant sa scolarité de normalien. Le couple eut six enfants qui partagèrent leur passion de la montagne et de l’alpinisme.

Robert Lamblin, en accord avec le programme du Conseil national de la Résistance, proche des analyses de Pierre Hervé* dans Action, effectua sa scolarité à l’ENS où le Parti communiste français était très actif. Il renforça son bagage théorique en approfondissant l’étude du marxisme. Il milita dans les organisations locales de Saint-Cloud, d’Halluin, puis de Rennes du Mouvement de la Paix contre la menace atomique lors de la signature de l’appel de Stockholm en 1950, contre le réarmement allemand et la guerre d’Indochine. Il devint en 1953 le président du Mouvement en Ille-et-Vilaine mais refusa la proposition du député progressiste Emmanuel d’Astier de la Vigerie* de le faire entrer au conseil national. Il participa pendant un temps aux activités du groupe local de l’Union progressiste et fut le responsable départemental de la Nouvelle Gauche. Lors de la sortie du livre de P. Hervé, La révolution et ses fétiches, le 9 février 1956, dans une longue lettre à France-Observateur qui fut publiée, il souligna que la manière dont le Parti réglerait l’affaire Hervé serait « un test » pour ses sympathisants.

Se considérant comme « étranger à l’esprit de parti tel qu’il sévissait au PCF », Lamblin resta pendant longtemps « compagnon de route » du PCF auquel il adhéra en juin 1957 et en donna les raisons dans un article d’Ouest-Matin, quotidien communiste. Il expliquait son désir de rejoindre le parti des ouvriers pour mieux lutter « pour la libération de la classe ouvrière ».

Robert Lamblin devint secrétaire de la cellule rayonnant sur un ensemble de logements HLM de la périphérie de Rennes de 1957 à 1960. Secrétaire départemental du Mouvement de la Paix qui s’était élargi à des militants d’origines politiques et syndicales en 1958, actif dans la lutte pour la paix en Algérie, il fut cité en exemple dans l’hebdomadaire communiste France nouvelle, puis à nouveau par Fernand Dupuy* lors de la conférence fédérale du PCF en 1959. Prenant la parole lors de la conférence de la fédération communiste d’Ille-et-Vilaine, les 6-7 mai 1961, il estima que des obstacles se présentaient pour empêcher le renforcement du Mouvement de la Paix. Tout d’abord l’orientation nouvelle du PCF qui, pour encourager « l’organisation des masses par elles-mêmes », entraînait la mise à l’écart systématique de « personnalités des comités de bases ». En somme, cette politique encourageait l’anticommunisme d’autant qu’elle s’accompagnait d’un manque de démocratie dans le parti se traduisant par la faiblesse des discussions. Soupçonné de s’écarter de la ligne de la direction du PCF et de la fédération, Lamblin fut déchargé de ses responsabilités. Lors de la conférence fédérale des 8-9 mai 1964, il défendit son action passée dans le Mouvement de la Paix qui avait été critiquée. France nouvelle, le 7 octobre 1964, publia sous le titre « Les communistes et le patriotisme », la réponse de François Billoux à une lettre de Lamblin contestant l’analyse du parti qui entendait « concilier le patriotisme et l’internationalisme prolétarien ».

Arrivé à Nantes à partir d’octobre 1964, Lamblin milita dans la cellule qui regroupait les enseignants de l‘université et des professeurs des lycées. Habitant Saint-Sébastien-sur-Loire, il participa aux initiatives contre la guerre au Viet-Nam.

Lors des événements de mai-juin 1968, Lamblin, au cœur des luttes, devint assesseur du doyen du département de lettres en accord avec l’assemblée générale des étudiants et des personnels. Lors de la conférence de la fédération communiste de 1969, il insista, à propos des discussions sur les relations avec les communistes chinois sur la nécessité de préserver l’avenir en recherchant dès maintenant la réconciliation. Burles, dans ses conclusions, critiqua sévèrement ces propos.

Isolé politiquement, déchargé de ses responsabilités depuis 1962, Lamblin se remit à son travail de thèse sur Fichte sous la direction de Jean Hyppolite puis de Pierre Aubenque. Celle-ci achevée en 1967 ne fut soutenue qu’en 1977 sous le titre « Raison absolue et finitude ». Membre du SNESup, il prit part à la vie de la cellule universitaire d’Aix. Il fit également partie du conseil et du bureau de l’université.

Politiquement, la grande question, selon lui, était maintenant celle de l’unité entre socialistes et communistes symbolisée par le programme commun de la gauche. Après la diffusion de la pétition dite « d’Aix » condamnant l’analyse faite par la direction du PCF des élections législatives de 1978 et son attitude vis-à-vis des intellectuels, il succéda en 1979 à Michel Barak* comme secrétaire de la cellule Jacques Duclos. Il exposa par la suite à la conférence fédérale les raisons que sa cellule avait de voter contre la résolution proposée pour le prochain congrès, réactivant selon lui le processus d’union à la base pour mieux s’opposer maintenant à une union de la gauche. Le 21 février 1982, il écrivit une lettre à Georges Marchais* donnant sa démission du PCF qui fut publiée dans Le Monde.

Robert Lamblin s’engagea avec ceux qui, dans la Convention communiste et dans « Rencontres communistes hebdo », proposaient une voie différente conduisant notamment à la réunification des forces de gauche. En 1883, il fut candidat aux élections municipales d’Aix-en-Provence sur une liste de gauche indépendante qui recueillit de très faibles résultats (2,5 % des suffrages exprimés). Il figura parmi les candidats à l’élection européenne de 1984 sur la liste commune à RCH et le PSU. Lors du colloque de 1986 sur la réunification du mouvement socialiste, il développa des analyses différentes de celles d’Henri Fiszbin, estimant qu’il fallait se garder de se fondre dans les rangs du Parti socialiste et conserver une force organisée dans laquelle les travailleurs se reconnaîtraient.

Robert Lamblin par la suite refusa d’adhérer à tous les regroupements de contestataires issus du PCF. Estimant qu’il n’était pas « un homme d’action » et que son « engagement était essentiellement moral », appartenant « à une espèce extrêmement rare des matérialistes idéalistes ou des idéalistes matérialistes », s’appuyant surtout sur les apports de Kant, Fichte et Hegel, il élabora une réflexion sur « Les responsabilités théoriques de la crise du communisme ; principes pour un socialisme non marxiste » qu’il ne diffusa pas et qu’il résuma dans son livre autobiographique paru en 2005. Sans remettre en cause l’analyse marxiste du capitalisme et la nécessité d’un parti communiste, il voulait « réévaluer […] la nécessité de l’affirmation individuelle dans la sphère de l’activité économique » et « proposer un programme de transition au socialisme ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136825, notice LAMBLIN Robert, Cyrille. par Jacques Girault, version mise en ligne le 2 mai 2011, dernière modification le 28 février 2018.

Par Jacques Girault

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Une vie : autobiographie sociale, politique, philosophique, op. cit. — Notes d’Alain Prigent et de Renée Thouanel. — Sources orales.

ŒUVRE : parmi ses ouvrages, signalons Une interprétation athée de l’idéalisme hégélien, Paris, L’Harmattan, 1998, Une vie : autobiographie sociale, politique, philosophique, Paris, L’Harmattan, 2005.

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