LANTERNIER Lucien, Joseph

Par Paul Boulland

Né le 13 novembre 1919 à Cran-Gevrier (Haute-Savoie), mort le 29 décembre 1994 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ; ajusteur mécanicien ; syndicaliste CGT et militant communiste de Haute-Savoie puis de banlieue parisienne, secrétaire de la fédération PCF de Haute-Savoie puis de Seine-Ouest (Hauts-de-Seine) (1955-1974), membre du comité central du PCF (1954-1976) ; conseiller municipal (1965-1987) puis maire (1973-1987) de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), conseiller général des Hauts-de-Seine (1967-1985).

Son père était ouvrier en papeterie et poursuivit sa carrière comme contremaître. Sa mère, d’origine italienne, fut ouvrière en filature, puis femme au foyer. En 1946, Lucien Lanternier décrivait ses deux parents comme sympathisants communistes. Titulaire du brevet élémentaire, il entra dans la vie professionnelle en 1932. Ajusteur-mécanicien à l’usine de roulements à bille SRO d’Annecy (Haute-Savoie), il adhéra à la CGT en 1936, au cours des grèves du Front populaire. Délégué d’atelier, il fut licencié pour sa participation à la grève du 30 novembre 1938. Il entra alors comme mécanicien à la papeterie Aussedat où travaillaient son père et ses oncles. Appelé comme deuxième classe dans l’aviation où il servit comme mécanicien, il participa à la Drôle de guerre.

De retour chez Aussedat, Lucien Lanternier travailla à y renouer les liens syndicaux aux côtés d’un militant communiste et de quelques militants socialistes, à partir de la fin 1943. Lorsque leur petit noyau put entrer en contact avec les organisations clandestines, il adhéra aux Milices patriotiques en voie de constitution avant de passer à la compagnie FTP 93/27 avec laquelle il participa aux combats de la Libération.

Lucien Lanternier réintégra l’usine Aussedat en septembre 1944 et se vit immédiatement confier les tâches de délégué et de trésorier du syndicat CGT. Selon son autobiographie de 1947, il ne rejoignit pas immédiatement le Parti communiste, par crainte de ne pouvoir militer sur le terrain syndical et politique. Convaincu par un camarade de l’usine et par son beau-père, antifasciste italien réfugié en France, il donna finalement son adhésion au PCF dans les premiers mois de l’année 1945. Il se signala particulièrement par son activité en faveur de l’augmentation de la production de l’entreprise, dans une période où la pénurie de papier était dénoncée par le PCF comme un obstacle au développement de sa propagande et de ses publications. Les dirigeants locaux soutinrent la promotion de ce « militant d’avenir » au comité puis au bureau de la section communiste d’Annecy et il accéda au comité fédéral de Haute-Savoie en 1947. Il restait toutefois très actif sur le terrain syndical, comme secrétaire du syndicat CGT et dirigeant du comité d’entreprise de l’usine Aussedat puis comme responsable de l’activité en direction des jeunes au sein du bureau de l’UD-CGT de Haute-Savoie. Élève d’une école centrale de la jeunesse du PCF en septembre 1947, Lucien Lanternier y fut jugé comme un militant « à suivre », « intelligent » et à « l’esprit vif ». Il s’imposa progressivement à la direction de la fédération communiste de Haute-Savoie et fut candidat aux élections législatives de juin 1951.

Au milieu des années 1950, les responsabilités de Lucien Lanternier s’accrurent rapidement. Lors du XIIIe congrès du PCF (juin 1954), au cours duquel il était intervenu pour présenter le bilan de l’activité de sa fédération, il fut élu membre suppléant du comité central. Quelques mois plus tard, il fut choisi comme directeur adjoint de l’école centrale de quatre mois du PCF à Viroflay, avant d’intégrer le comité de rédaction des Cahiers du communisme. Enfin, en juin 1955, la direction du parti qui avait entrepris d’importants changements à la tête des fédérations de banlieue parisienne récemment créées, le choisit pour succéder à Fernand Lefort* en Seine-Ouest. Durant près de vingt ans, Lucien Lanternier fut le premier secrétaire de cette fédération industrielle, celle des usines Renault de Billancourt, devenue fédération des Hauts-de-Seine en 1966. Cette grande stabilité fut renforcée par sa titularisation au comité central, dès 1956.

Élu conseiller municipal de Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine) depuis 1965 et conseiller général des Hauts-de-Seine en 1967, Lucien Lanternier succéda en 1973 à Waldeck l’Huillier* comme maire de Gennevilliers. Il demanda à être déchargé de la direction fédérale puis à être retiré du comité central à l’occasion du XXIIe congrès (1976) afin de se consacrer à ces mandats. Dans le courrier sollicitant son retrait du Comité central, en décembre 1975, il se déclarait « en accord total avec la politique du Parti » mais, dans les années suivantes, notamment après la proclamation de l’état de guerre en Pologne en décembre 1981, il manifesta de plus en plus sa distance critique à l’égard de la direction. En 1982, alors que la direction des Hauts-de-Seine s’apprêtait à remettre en question son appartenance au comité fédéral, il fit lui-même part de son souhait de ne plus y siéger. Il prit ensuite part au courant des Reconstructeurs et fut en particulier proche de Marcel Rigout* qu’il rejoignit, à partir de 1992, au sein d’Alternative démocratie et socialisme, avec Gaston Viens .

Conseiller général jusqu’en 1985, Lucien Lanternier céda le siège de maire de Gennevilliers à Jacques Brunhes en 1987.

Marié à Annecy en février 1941 avec Nérina Righi, ouvrière en bijouterie, militante communiste, Lucien Lanternier était père de trois enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136701, notice LANTERNIER Lucien, Joseph par Paul Boulland, version mise en ligne le 10 avril 2011, dernière modification le 12 septembre 2011.

Par Paul Boulland

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — l’Humanité. — La Voix populaire. — Paul Boulland, Acteurs et pratiques de l’encadrement communiste à travers l’exemple des fédérations de banlieue parisienne (1944-1974), thèse de doctorat d’Histoire, Université Paris 1, 2011. — Renseignements fournis par son épouse Nérina Lanternier. — État civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément