LAGARDE Jean

Par François Prigent

Né le 22 octobre 1912 à Lanester (Morbihan), mort le 20 février 1996 à Lorient (Morbihan) ; ouvrier de l’Arsenal puis officier dans la Marine Nationale ; militant des JS ; conseiller municipal SFIO (1937-1941) de Lanester ; fondateur de la société coopérative de logement : l’Habitation familiale de logement Lorient- Brest (Foyer d ’Armor) ; adjoint (1971-1973) puis maire PS de Lorient (1973- 1981).

Fils de cultivateurs du Lot, Jean Lagarde fut enfant de chœur tout en fréquentant l’EPS Cahors jusqu’à l’âge de seize ans. Il entra à l’école des apprentis mécaniciens de Lorient en avril 1927. En 1929, il était marin sur un contre-torpilleur basé à Toulon (Var). En mai 1934, il fut durant une courte période journaliste à La Dépêche du Midi.

Désormais basé à Lanester, Jean Lagarde se maria en 1934 avec Jeanne Perron. Il intégra ainsi un cercle familial imprégné de socialisme, puisque sa femme était apparentée à Jean-Marie Le Halpert*, ouvrier de l’Arsenal, premier maire SFIO du département élu à Lanester en 1909. En décembre 1934, il adhéra à la SFIO à l’issue d’un meeting dans le Morbihan de Reynaud et Auriol. Il était également syndiqué CGT à l’Arsenal. Son premier article dans Le Rappel du Morbihan, pour le compte des JS, datait de janvier 1935. Secrétaire de section des JS de Lanester en 1936, il entra à vingt-six ans seulement dans la municipalité dirigée par Pierre Rogel* depuis 1919, en compagnie notamment de Armand Henry* à l’occasion d’une élection partielle en mai 1937. Il fut agressé physiquement par les partisans de Dorgères lors d’un meeting à Caudan le 7 octobre 1937. En 1939, il était secrétaire de la section socialiste de Lanester. Pacifiste très intéressé par les réseaux de l’Espéranto, il était également un membre actif du Foyer Laïque de Lanester, vecteur important des sociabilités socialistes locales.

En décembre 1940, les maires SFIO de Keryado (Jean Le Maux*), Inzinzac-Lochrist (François Giovannelli*) et Lanester (Pierre Rogel), marquèrent leur refus de l’autorité de Pétain. En mai 1941, Jean Lagarde fut donc déchu de son mandat municipal, tout comme l’ensemble des élus SFIO de ces communes. Réfugiée à Meslan dès 1943, la famille Lagarde passa la fin de la guerre dans le Lot, à Laroque. Militant SFIO sans responsabilités à Rochefort entre 1944 et 1947, Jean Lagarde fut marqué par son passage dans la région de Cherbourg, notamment au contact de René Schmidt* et de sa voisine, la femme de Raymond Le Corre (inspecteur des douanes, conseiller général d’Equerdreuville, résistant tué en 1944). À Cherbourg, il suivit une formation dans l’école d’administration de la marine nationale.

En octobre 1949, Jean Lagarde s’installa de nouveau dans la région lorientaise. Syndiqué à FO, il cumulait les engagements dans les milieux coopératif et maçonnique, très imbriqués avec les filières SFIO lorientaises.

En 1954, Jean Lagarde lança la société de coopération de logement l’Habitation familiale de logement Lorient-Brest, appelée ensuite Foyer d’Armor qui construisit plus de 3 000 logements sociaux dans les années 60, notamment à destination des ouvriers de l’Arsenal. Il s’appuyait entre autres sur des responsables socialistes (Picard, Henri Pustoch*, Daniel Dommanget*…). Dans la foulée de sa retraite, il fut choisi comme adjoint aux finances par Yves Allainmat* en 1965, son rôle étant amplifié lors du renouvellement de 1971. Entre temps, il déclina la proposition faite par le secrétaire fédéral Yves Guélard* de se présenter aux législatives en 1967.

En 1973, la section PS de Lorient décida au terme d’un vote houleux d’imposer de façon impérative une séparation entre les fonctions de député, de maire et de conseiller général. Déjà parlementaire en 1967, Yves Allainmat se consacra donc à sa tâche de député, tandis que Jean Lagarde devenait maire en 1973, Jean Le Moing* (directeur du CIO) entamant quant à lui un second mandat de conseiller général. A la mairie, il s’appuyait sur ses adjoints socialistes (Yves Guélard, Daniel Dommanget, Jean-Yves Le Drian*, Léon Le Gal*, Lysiane Le Duigou et Claude Chardonnet), tout en ménageant une place importante aux élus communistes (Albert Stéphant, Serge Morin, Étienne Guillamet et Armand Guillemot). Jusqu’en 1983, sa proche collaboratrice était Yvette Herry (secrétaire), tandis qu’il s’appuyait sur un nouveau directeur de cabinet, Bernard Hazo, qui remplaçait le géographe lorientais Robino.

Après une campagne militante active lors des législatives, une fête de la Rose fut organisée pour la première fois à Quéven, Jean Lagarde faisant venir François Mitterrand dans le Morbihan. En effet, il l’avait côtoyait lors de vacances en août 1969 dans sa résidence des Landes. Délégué départemental du candidat Mitterrand, Jean Lagarde fut aussi en 1974 candidat PS aux sénatoriales, en compagnie d’Albert Rivier* et de Michel Masson*. À la différence des ex-SFIO qui se positionnaient plus sur le courant Mauroy, Jean Lagarde tenta dans les années 1970 de consolider le courant Mitterrand, en s’appuyant notamment sur Jean Giovannelli*, Pierre Bernard* et bien sûr sa fille Colette Dubernat-Lagarde. Mitterrandiste, il dût affronter l’opposition virulente du courant rocardien, aboutissant aux déchirements sans fin de la fédération socialiste du Morbihan entre 1979 et 1983.

En août 1983, Jean Lagarde fut décoré par Louis Le Pensec* et Jean-Yves Le Drian*. Retiré de ses responsabilités électives, il s’investit beaucoup à compter de 1983 dans le SIVOM et le GART, élaborant notamment une réflexion en profondeur sur les transports en commun des grandes villes. Proche de Louis Chopier*, Jean Lagarde s’aligna alors dans le Morbihan sur les positions de Jean Giovannelli*, suivant même le courant Fabius lors du congrès de Rennes en 1990.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136698, notice LAGARDE Jean par François Prigent, version mise en ligne le 10 avril 2011, dernière modification le 9 septembre 2011.

Par François Prigent

SOURCES : Arch. Dép. du Morbihan. — Arch. de l’OURS, dossiers Morbihan. – Arch. Fédérales du PS du Morbihan. – Arch. Privées Philippe Meyer. — Arch. Privées Famille Lagarde. — Le Rappel du Morbihan, 1935-1996. – Articles du Ouest-France. — Entretiens avec Colette Dubernat, Jean-Yves Le Drian, Jean Giovannelli, Joseph Le Lamer, Philippe Meyer. — Colette Dubernat, De la terre à la mer. L’itinéraire de Jean Lagarde et Jeanne Perron, Liv Editions, 2006. – François Prigent (dir.) « Figures militantes et réseaux socialistes dans le Morbihan au 20e siècle », dossier spécial, in Recherche Socialiste, n° 42, mars 2008.

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