LE COËNT Auguste.

Par Christian Bougeard

Né le 24 septembre 1910 à Saint-Nicolas-du-Pélem (Côtes-du-Nord), mort le 27 mai 1996 ; cultivateur ; maire et conseiller général communiste de Saint-Nicolas-du-Pélem ; député (1946) et conseiller de la République des Côtes-du-Nord (1946-1948).

Auguste Le Coënt vit le jour dans la petite ferme familiale « du Ruellou » à Saint-Nicolas-du-Pélem, dans une région du Centre Bretagne pauvre touchée par l’exode rural vers la Région parisienne. D’une famille catholique pratiquante — une sœur religieuse —, le jeune paysan obtint son certificat d’études primaires, puis s’engagea en 1929, en devançant l’appel. Mobilisé en 1939 comme sergent-chef, Auguste Le Coënt fut fait prisonnier en juin 1940 dans l’Aisne mais il parvint à s’évader 8 jours après et à regagner l’exploitation familiale. Dans les années 1934-1936, le jeune homme s’intéressa à la vie politique faisant même campagne en 1936 pour le candidat du Front populaire, le radical-socialiste Pierre Sérandour, élu de justesse contre le marquis de Kérouartz (URD). Il adhéra alors à la SFIO en 1936-1937, participant même à un congrès en 1937, sans véritablement militer.

À partir de 1942, les campagnes du sud-ouest des Côtes-du-Nord basculèrent dans l’opposition à Vichy (manifestations paysannes contre les prélèvements, boycott dans certaines communes du recensement des jeunes au STO au début 1943, accueil de nombreux réfractaires). La résistance communiste se développa rapidement dans cette région (dès 1941-1942) ainsi que le Front national animé par Jean Devienne* au début 1943. En 1943, Auguste Le Coënt adhéra au Parti communiste clandestin et la ferme familiale servit d’accueil à des responsables communistes tandis qu’il rejoignait le groupe FTP fort actif qui se constituait dans la commune. Au début de 1944, il installa la direction régionale clandestine du PCF pour l’Ouest dans son hameau, jouant le rôle d’agent de liaison avec les diverses organisations de la résistance communiste. Les activités d’un groupe mobile de maquisards FTP provoquèrent deux rafles allemandes dans la région de Saint-Nicolas-du-Pélem au printemps 1944 mais la résistance communiste et FTP, bien organisée, ne fut pas démantelée. Auguste Le Coënt commanda un maquis, formé en juin 1944 puis la compagnie FTP Moisan qui participa à la libération de la commune, le 4 août 1944. En juillet 1944, il fut propulsé au CDL clandestin des Côtes-du-Nord comme représentant des FTP : « c’est le parti qui a dû me désigner », déclarait-il dans un entretien le 24 juin 1981. Il ne semble pas avoir participé à des réunions avant la libération du département ni avoir pris une part active aux travaux du CDL en dehors des réunions plénières. Il ne figure pas dans les principales commissions qui fonctionnèrent fin 1944-début 1945, selon un document non-daté, qui en fait un représentant des agriculteurs au titre des « personnalités patronales », le représentant de la CGA étant le socialiste Yves Henry*.

À la Libération, Auguste Le Coënt fut désigné comme président du CLL, puis comme maire provisoire de Saint-Nicolas-du-Pélem en remplacement d’un maire de droite (URD) qui avait été pétainiste. Une réunion du PCF le 17 novembre 1944 se soldait par 47 adhésions, selon L’Aube nouvelle dans une commune rurale qui n’avait sans doute pas d’adhérents avant la guerre. Ce choix fut confirmé par les électeurs en avril-mai 1945 et le très populaire et célibataire Auguste Le Cöent resta maire jusqu’à son retraite en 1983. C’était le début d’une très longue carrière d’un élu paysan qui contribua, sans sectarisme et même avec son franc-parler à l’égard de la ligne du parti, à implanter durablement le communisme dans le Centre Bretagne. Son action municipale dès 1945-1946 fut remarquée : s’il s’intéressait beaucoup à la voirie et à l’électrification des hameaux, il fit aussi construire par des prisonniers allemands une piscine municipale et créa une bibliothèque ainsi que des cantines scolaires et pour les gens âgés nécessiteux. En septembre 1945, Auguste Le Cöent devint conseiller général du canton de Saint-Nicolas-du-Pélem, réélu dès le 1er tour en 1949 contre un seul candidat socialiste. Dès septembre 1946, le PCF qui comptait 12 conseillers généraux plus un apparenté sur 48, revendiqua la présidence pour Auguste Le Cöent qui obtint seulement 6 voix socialistes sur 12, pas assez pour être élu. Ensuite, le PCF pratiqua l’union de la gauche avec la SFIO au profit du Dr Clech (« voir ce nom ») jusqu’en 1949, puis Auguste Le Cöent fut le candidat d’un groupe réduit à 8 puis 6 élus contre René Pleven. Il siégea au Conseil général des Côtes-du-Nord jusqu’en 1985.

Cette solide implantation politique à la Libération tient aussi au militantisme dans le syndicalisme agricole. Le 8 mars 1945, un congrès d’unité vit la fusion des comités de défense et d’action paysanne (CDAP) créés par le PCF au sein de la nouvelle CGA. Auguste Le Cöent fut élu au bureau de 5 membres, comme secrétaire du syndicat présidé par le militant socialiste Romain Boquen. Il créa et anima à Saint-Nicolas-du-Pélem une coopérative agricole La Pélémoise et une mutuelle chevaline. Un rapport du 6 mars 1946 du préfet Avril qui l’avait bien connu au CDL le présentait alors comme un homme « d’humeur indépendante, de relations faciles, menant une action professionnelle en dehors de tout esprit de parti ». Mais, dès 1947, avec la rupture du tripartisme, Auguste Le Coënt fut évincé de la direction de la CGA, selon les RG.

Dès 1945-1946, l’agriculteur-aviculteur Auguste Le Coënt figura en bonne position sur les listes du PCF aux élections législatives comme ancien résistant, présenté en novembre 1946 comme membre du comité directeur national du FN. Le 2 juin 1946, Auguste Le Cöent était 3e derrière les deux députés communistes sortants Marcel Hamon* et Guillaume Daniel* , dont la liste obtint 38,3 % des voix dans le canton de Saint-Nicolas-du-Pélem, 10 points de plus que la moyenne départementale. Second le 10 novembre 1946, en position éligible, il devint brièvement député des Côtes-du-Nord. En effet, le maire de Saint-Nicolas-du-Pélem démissionna le 23 décembre 1946, pour laisser son siège à Hélène Le Jeune*, après son élection au Conseil de la République dans le cadre du tripartisme départemental qui donnait un siège au socialiste Yves Henry* et un au MRP Siabas. Auguste Le Cöent fut élu secrétaire de la commission de l’Agriculture de la deuxième chambre mais il n’avait pas conservé un très bon souvenir de ce bref passage au Sénat. En effet, il ne fut pas réélu le 7 novembre 1948, ni en 1955, alors qu’il conduisait la liste communiste.

Ensuite, membre du comité fédéral dans les années 1950-1960, militant du Mouvement des combattants de la paix, Auguste Le Cöent fut régulièrement candidat sur la liste communiste aux élections législatives, en 6e position en 1951, en 4e en 1956. Un rapport officiel à cette occasion insistait sur son influence dans les milieux agricoles : « M. Le Cöent est une valeur réelle pour le Parti communiste. Intelligent, actif et bon administrateur, il jouit de l’estime des militants et sympathisants de son parti et aussi de nombreuses personnes ne partageant pas ses opinions ». De 1958 à 1973, Auguste Le Cöent fut l’adversaire de Marie-Madeleine Dienesch MRP, ralliée au gaullisme en 1966, lors des élections législatives dans la circonscription de Loudéac, menant des campagnes fermes mais courtoises. Présent en tête de la gauche, il affrontait au 2e tour la députée des Côtes-du-Nord depuis 1945, ou son suppléant André Glon, quand elle devint secrétaire d’État de 1968 à 1974. Les résultats au 1er tour du candidat du PCF oscillaient entre 23,4% en novembre 1958 et 27% en 1962 et en 1967. Mais en juin 1968, Marie-Madeleine Dienesch fut réélue dès le 1er tour et en 1973, le PS arriva en tête de la gauche.

Enterré civilement à Saint-Nicolas-du-Pélem le 28 mai 1996, Auguste Le Cöent fut l’archétype du « notable rouge » du monde rural du Centre Bretagne, issu de la Résistance, et animé d’un pragmatisme et d’une volonté de moderniser sa commune et sa région.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136664, notice LE COËNT Auguste. par Christian Bougeard, version mise en ligne le 8 avril 2011, dernière modification le 16 juillet 2011.

Par Christian Bougeard

SOURCES : Arch. départ. Côtes d’Armor, 1 W 6 et 7. Rapports du préfet (1944-1945) et (1946-1954). — 20 W 79 et 80. Elections (1945-1946) et (1951-1956). — 1192 W 39, W 40, W 41. Élections 1956-1958.
L’Aube nouvelle, 1944-1950. — Ouest-France, 4 juin 1946. — Entretien avec Auguste Le Cöent du 24 juin 1981. — Christian Bougeard, Le choc de la guerre dans un département breton : les Côtes-du-Nord des années 1920 aux années 1950, thèse d’Etat, Rennes 2, 1986.

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