LAGRANGE Roger, Jean.

Par Jacques Girault, Roger Marchandeau, Gilles Morin, Jean-François Poujeade

Né le 4 mai 1913 à Vaux-en-Pré (Saône-et-Loire), mort le 29 septembre 2000 à Saint-Rémy (Saône-et-Loire) ; instituteur en Saône-et-Loire ; militant syndicaliste ; militant socialiste ; secrétaire de la fédération SFIO (1953-1959) ; membre du comité directeur (1963-1969) ; maire successivement d’Essertenne (1959-1965), de Chalon-sur-Saône (1965-1983), puis Écuisses (1989-1995) ; conseiller général (1966-1982) ; sénateur (1959-1967) ; député de Saône-et-Loire (1967-1968).

Roger Lagrange
Roger Lagrange

Fils de Philibert Lagrange et de Françoise Jandot, cultivateurs, Roger Lagrange, élève de l’École normale d’instituteurs de Lyon, fut instituteur en Saône-et-Loire (Sanvignes-les-Mines, Saint-Clément-sur-Guye). Nommé à Essertenne en 1939, il y enseigna jusqu’à son élection comme sénateur en 1959.

Membre du Syndicat national des instituteurs avant la guerre, Roger Lagrange était en 1946-1947 le secrétaire adjoint de la section de Saône-et-Loire. Dans les débats de la section départementale du SNI, le 22 mars 1948, il se montra partisan de l’adhésion à la CGT-FO. Il fut par ailleurs trésorier de l’Union départementale de la CGT-FO, chargé de la propagande et secrétaire départemental des instituteurs FO. Pour la préparation du congrès du SNI de 1952, il publia, dans L’École libératrice du 27 juin, avec huit autres militants, connus pour leur proximité avec le courant « Force ouvrière » un texte dit « d’orientation syndicale » préconisant la recherche prioritaire de l’unité « dans l’indépendance absolue du mouvement syndical ». En prolongement de ses activités syndicales, il fut président de la caisse primaire de Sécurité sociale de 1950 à 1962.

Mais ses activités étaient surtout politiques. En juin 1935, alors qu’il effectuait son service militaire à Nancy, Roger Lagrange, fiché par les services de police comme sympathisant communiste, n’avait aucun engagement politique précis. Après la guerre, membre du Parti socialiste SFIO, Lagrange appartint à la commission économique lors de la semaine d’études internationales de Saint-Brieuc (25 juillet-1er août 1948) organisée par le parti. De 1949 à 1953, membre de la direction de la fédération socialiste SFIO de Saône-et-Loire, il était le responsable de la propagande en direction du bassin minier. Membre de la commission laïcité et de la commission des associations familiales en avril 1950, secrétaire de la fédération socialiste SFIO d’octobre 1953 à janvier 1959, secrétaire de la section d’Essertenne en 1954-1958, il fut ensuite secrétaire fédéral adjoint à partir de 1959. En octobre 1955, il réagit avec force contre les socialistes du département qui menaient des actions communes avec les militants du Mouvement de la paix. Réservé sur la politique algérienne du gouvernement Mollet, il soutint la motion Defferre au congrès fédéral de 1957.

Très populaire, Lagrange avait « la cote » selon un rapport du délégué socialiste SFIO dans la fédération en juillet 1958. Il appela à voter « oui » au référendum de septembre 1958 s’opposant en cela à Fernand Mazuez, le député sortant, maire de Montceau-les-Mines, qui souhaitait engager la fédération dans une lutte ouverte contre le général de Gaulle. Il fut pourtant le suppléant de Mazuez, candidat aux élections législatives de novembre 1958 dans la quatrième circonscription de Saône-et-Loire (Montceau-les-Mines-Chalon-sur-Saône).

Élu maire d’Essertenne en mars 1959, Roger Lagrange, sur une liste commune, au deuxième tour, avec les radicaux, fut élu sénateur le 26 avril 1959. Il fit partie de la commission des affaires sociales et en devint le vice-président en 1965. Le 3 avril 1967, il quitta la Haute Assemblée ayant été élu député dans la cinquième circonscription (Chalon-sur-Saône-Louhans), sous l’étiquette FGDS (16 716 puis 28 014 voix sur 68 320 inscrits). En juillet 1968, il fut battu (15 714 puis 22 087 voix sur 68 021 inscrits).

Dans l’intervalle, Lagrange avait fortement consolidé sa position locale. En 1965, il devint maire de Chalon-sur-Saône. Georges Nouelle, maire sortant, avait conduit victorieusement la liste « Républicaine d’union », comprenant de nombreux éléments centristes (la municipalité comprenait neuf SFIO, vingt-et-un radicaux et centre gauche, un centre démocrate, un modéré) mais il ne fut pas candidat au fauteuil de maire et Lagrange, deuxième sur la liste, fut désigné, le 28 mars 1965. Il conserva ce mandat en 1971, peu enclin à faire alliance avec les communistes qui présentèrent leur propre liste. Mais Pierre Joxe*, envoyé en Saône-et-Loire , imposa l’Union de la gauche en 1977 et la liste conduite par Lagrange l’emporta à nouveau. Aux élections municipales de 1983, cédant à la pression de la section socialiste, Lagrange accepta d’apparaître en seconde position derrière Maurice Mathus, conseiller général de Chalon-Nord. Cette liste de gauche fut battue de 102 voix par la liste de droite menée par le RPR Dominique Perben. Lagrange resta conseiller municipal d’opposition jusqu’en 1989.

Sous ses mandats de maire, les grands travaux engagés par les précédentes municipalités furent continués et s’ajoutèrent des réalisations nouvelles : réalisation de la ZUP (Cités des Prés Saint-Jean), nouveau lycée (1967), maison de la culture (1971), musée Niepce (1972), prairie Saint-Nicolas, zone piétonne (1976), déviation pour les poids lourds (1976), port fluvial sud (1982), boulodrome (1978). Annonçant son décès, Le Journal de Saône-et-Loire, le 1er octobre 2000, titrait « Roger Lagrange maire de l’expansion et de l’urgence ». L’article soulignait le caractère innovant de ses réalisations dans les domaines de l’environnement et de l’intercommunalité. Il se faisait aussi l’écho de reproches faits au maire (démolition de la salle des fêtes dans les locaux de la halle (1970), le viaduc de la Colombière (1971) baptisé « toboggan »).

Au niveau départemental, Lagrange succéda aussi à Nouelles, à la mort de celui-ci en 1966, au siège de conseiller général de Chalon-sur-Saône-Nord, les 20-27 novembre. Laissant son canton à Joxe en 1973, il opta pour le nouveau canton de Chalon-sur-Saône-Centre où il fut élu et reconduit en 1976. Son image de socialiste gestionnaire modéré lui permettait de poursuivre son mandat dans ce canton plus bourgeois (62,54 % des voix au second tour). Il appartint à la commission départementale en 1967. Aux élections cantonales de 1982, il fut battu à la surprise générale.

Sur le plan national, Lagrange, membre du comité directeur du Parti socialiste SFIO de 1963 à la disparition du parti en 1969, fut signataire, pour le congrès national extraordinaire de décembre 1968 à Puteaux de la motion majoritaire « pour le renforcement de l’unité socialiste », prônant la création d’un nouveau Parti socialiste, avec la CIR, l’UCRG et l’UGCS. Il se rallia à la motion Mollet-Mauroy, pour le congrès national constitutif de mai 1969 à Alfortville et enfin à la motion Mollet pour le congrès d’Issy-les-Moulineaux en juillet 1969. En revanche, il occupa peu de fonctions de responsabilités politiques locales dans cette période, même s’il fut vice-président de la FGDS départementale à partir de décembre 1965.

Pour l’élection législative de 1973, Lagrange avait annoncé qu’il ne briguerait pas un mandat de député. Aussi Pierre Mauroy fit-il une démarche auprès de lui pour qu’il soit le suppléant du candidat socialiste Joxe. Il fut désigné comme conseiller régional de Bourgogne en 1974. Son ultime mandat fut d’être élu maire d’Écuisses (proche d’Essertenne) de 1989 à 1995.

Vice-président de l’Association des maires de la Saône-et-Loire en 1967, président des élus républicains de Saône-et-Loire, Lagrange, délégué cantonal de l’Éducation nationale en 1962, présida la Caisse d’épargne de Chalon en 1966 et le Groupe des caisses d’épargne de Bourgogne-Franche-Comté.

Lagrange se maria le 2 août 1934 à Melay (Saône-et-Loire) avec Clémence Dupuis, née le 3 avril 1913 à Torcy, institutrice jusqu’en 1965. Ils eurent deux filles.

Ses obsèques civiles se déroulèrent à Crissey. Le nom de « Roger Lagrange » avait été donné de son vivant à une maison de retraite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136501, notice LAGRANGE Roger, Jean. par Jacques Girault, Roger Marchandeau, Gilles Morin, Jean-François Poujeade, version mise en ligne le 3 avril 2011, dernière modification le 9 septembre 2011.

Par Jacques Girault, Roger Marchandeau, Gilles Morin, Jean-François Poujeade

Roger Lagrange
Roger Lagrange

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/563 ; CAC, 19830172, articles 72, 105 et 172. — Arch. Dép., Saône-et-Loire, 1239W84, 116, 117, 140, 141, 152, 272, 278, 298, 306, 316. — Arch. com. Chalon-sur-Saône, 38 W/ 2DT. — Arch. de l’Assemblée nationale, dossier personnel. — Arch. de l’OURS, dossiers Saône-et-Loire. — Arch. de la Fondation Jean Jaurès, 13 EF 71, 6EF73/2. — Arch. ADIAMOS 71. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 41 et décembre 1968. — Presse syndicale. — Presse locale (transmise par Hélène Joannelle, bibliothèque municipale). — La Documentation socialiste, n° 198, juin 1969. — Pierre Lévêque, Histoire de Chalon-sur-Saône, Presses Universitaires de Dijon, 2005. — Notes de René Bêche, Daniel Dériot, Pascal Rigaud.

Iconographie : Photo de Lagrange dans les années 1980 transmise par la mairie de Chalon-sur-Saône.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément