LAGAIN Armand, François.

Par Alain Prigent, François Prigent

Né le 23 octobre 1900 à Brest (Finistère), mort le 2 juillet 1962 à Pleumeur-Bodou (Côtes-d’Armor) ; instituteur ; militant syndicaliste ; militant socialiste des Côtes-du-Nord, maire de Pleumeur-Bodou.

Fils d’un manœuvre, Armand Lagain fut reçu à l’École normale d’instituteurs de Saint-Brieuc (promotion 1916-1919). Il enseigna comme stagiaire à Pleudaniel (1919) puis à Plourac’h (1920). Appartenant à la classe 1920, il fut réformé en septembre 1920. Après avoir effectué la rentrée scolaire 1920 à Saint-Thélo, il fut titularisé sur un poste d’adjoint au Quillio (1921). Nommé en octobre 1921, dans le Trégor, à Pluzunet, il y enseigna jusqu’en 1939.

Lagain épousa Yvonne Briant, née le 1er juin 1900 à Perros-Guirec, institutrice (promotion 1916-1919).

Membre de la commission administrative du Syndicat des membres de l’enseignement laïc (CGTU) à partir de 1922-1923, responsable aux questions laïques, Lagain en devint le secrétaire général en 1924. En 1925 et en 1929, candidat sans succès au Conseil départemental de l’enseignement primaire, il fut battu par le candidat du Syndicat national. Partisan, avec les militants de la tendance syndicaliste-révolutionnaire, de l’unité et hostile aux orientations syndicales du Parti communiste, signataire de l’Appel des 22 pour l’unité syndicale, il rejoignit le SN en 1932 avec les adhérents de la Ligue syndicaliste dont il était le secrétaire départemental. Il fut élu membre du conseil syndical de la section départementale du SN, puis de son bureau, responsable aux affaires sociales.

Représentant du syndicat des instituteurs des Côtes-du-Nord au congrès de Toulouse (mars 1936), Lagain devint secrétaire de l’Union locale CGT de Lannion et suivit de près les grèves de l’été 1936 dans le Trégor avec Raymond Garrivet*. En janvier 1937, il fut très présent lors du conflit qui opposa les 700 teilleurs de lin du Trégor au patronat du textile du Nord. Ayant participé avec 200 collègues des Côtes-du-Nord à la grève le 30 novembre 1938, il fut sanctionné d’une retenue de huit jours sur son traitement.

Militant, depuis 1935, du courant de la Gauche révolutionnaire au sein du Parti socialiste SFIO, Lagain défendit l’idée de l’unité organique du Parti socialiste SFIO et du Parti communiste. Proche d’Augustin Hamon et de Philippe Le Maux, il participait à la rédaction de La charrue rouge. En 1938, il protesta auprès du congrès fédéral socialiste contre la dissolution de la Fédération de la Seine et l’exclusion de la Gauche révolutionnaire.

Lorsque Louis Le Coadou* fut mobilisé, Lagain assuma la responsabilité de secrétaire de la section départementale du SNI au début de la guerre. Inscrit au carnet B, il fut l’objet d’une surveillance spéciale de la part des autorités pendant la Drôle de guerre. Il fut déplacé d’office à Moncontour, en septembre 1939, pour avoir tenu des propos défaitistes. Le 10 mai 1940, le préfet informa l’Inspecteur d’Académie de son intention de le révoquer puisqu’il poursuivait sa propagande pacifiste en particulier dans un article censuré du bulletin des instituteurs d’avril 1940. Le 11 mai, le préfet exigea d’une délégation de la fédération socialiste SFIO et du comité de défense laïque des Côtes-du-Nord, conduite par Stanislas Le Moël*, son retrait de toute responsabilité syndicale. Le 13 mai, Lagain informa le préfet de sa démission. Cependant fin mai 1940, inculpé par le tribunal militaire de Rennes, il fut suspendu de ses fonctions. Son dossier, « considérable » selon le préfet, fut détruit avec une partie des archives du cabinet le 18 juin 1940. Après la débâcle, le 24 juin, il fut réintégré dans ses fonctions à Moncontour. En septembre 1941, il fut déplacé par mesure disciplinaire à Gurunhuel près de Guingamp. Jusqu’à l’arrestation de Raymond Garrivet en janvier 1943, il tenta de maintenir l’organisation clandestine du syndicat.

À la Libération, Lagain fut élu à la présidence du comité de gestion de la commune de Pleumeur-Bodou. Il ne s’impliqua plus dans la vie départementale de la section du SNI, se consacrant désormais à son engagement politique. Nommé à Kérénoc, école d’un hameau de cette commune, il y termina sa carrière.

Armand Lagain, membre du Parti socialiste SFIO, fut candidat aux élections à la deuxième Assemblée nationale constituante en juin 1946 sur la liste socialiste. Il fut aussi candidat sur les listes socialistes aux élections législatives de novembre 1946 et de 1951.

Lagain, élu maire de Pleumeur-Bodou en 1947, constamment réélu, le demeura jusqu’en juillet 1962.

Son nom fut donné à l’école publique Kérénoc à Pleumeur-Bodou qui avait aussi une rue Armand Lagain.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136493, notice LAGAIN Armand, François. par Alain Prigent, François Prigent, version mise en ligne le 31 mars 2011, dernière modification le 17 juillet 2011.

Par Alain Prigent, François Prigent

SOURCES : Arch. Nat. F7/13655. — Arch. dép. Côtes d’Armor série M, réunions syndicales et corporatives, grèves et conflits du travail ; 1T1522, dossier professionnel versé par l’inspection académique. — DBMOF, prénommé par erreur André dans la notice par J.Y. Guiomar. — Alain Prigent, Les instituteurs des Côtes-du-Nord sous la IIIe République. Laïcité, amicalisme et syndicalisme, Sables d’Or les Pins, 2005. François Prigent, Un socialisme d’extrême gauche dans le Trégor, « La Charrue Rouge » d’Augustin Hamon et Philippe Le Maux (1930-1937), mémoire de maîtrise, sous la direction de Claude Geslin, 2000, Rennes II. — Notes de Christian Bougeard et de Jacques Girault.

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