LACROIX Gilbert, Paul.

Par Jacques Girault

Né le 7 février 1930 à Noisy-le-Sec (Seine) ; instituteur ; militant communiste en banlieue Nord de Paris ; adjoint au maire de Noisy-le-Sec, conseiller général de Seine-Saint-Denis.

Gilbert Lacroix, adjoint au maire en 1971.
Gilbert Lacroix, adjoint au maire en 1971.

Fils d’un ouvrier soudeur-ajusteur dans les ateliers de la compagnie de l’Est, puis de la SNCF à Pantin, membre de la CGT, Gilbert Lacroix, qui passa sa jeunesse à Noisy-le-Sec, entra à l’Ecole normale d’instituteurs de la porte d’Auteuil à Paris en 1947-1948. Titulaire du baccalauréat « Philosophie », il enseigna dans l’école de l’Avenir parisien à Drancy, avant d’être nommé instituteur à l’école Brossolette à Noisy-le-Sec en 1955 où il habitait.

Lacroix se maria en décembre 1950 à Noisy-le-Sec avec Michèle Huou, institutrice communiste, fille d’un chef de secteur du métropolitain, sympathisant communiste. Le couple eut trois filles.

Lacroix fut affecté dans les services auxiliaires de l’armée qui ne furent pas appelés.

Membre du Syndicat national des instituteurs depuis son entrée à l’école normale, Lacroix fut, comme délégué de l’école, désigné pour participer au conseil syndical de la section de la Seine du SNI. Il effectua un voyage en Allemagne dans la zone française en août 1949 pour une rencontre pédagogique. Depuis 1952, il était le secrétaire de la sous-section du SNI à Noisy-le-Sec mais se considérait surtout comme un militant politique.

Membre de l’Union de la jeunesse républicaine de France depuis janvier 1948, Lacroix adhéra au Parti communiste français à son entrée à l’école normale et fut secrétaire de la cellule d’octobre 1948 à juillet 1949. Dans le même temps, en raison de son engagement politique, il fut élu délégué des normaliens en 1949-1950. Il participa au comité de la section communiste du XVIe arrondissement (Chardon-Lagache) de 1948 à juillet 1950. Membre de la cellule Paul-Vaillant Couturier, puis de celle des enseignants de Noisy-le-Sec, du comité de la section communiste à partir de 1950-1951, puis de son bureau en 1953-1955, il était le responsable de la propagande lors de la réorganisation de la section. Il fut arrêté en janvier 1951, pour collage d’affiches et lors d’une manifestation à Paris lors de la venue du chancelier allemand Conrad Adenauer. Il participait au secrétariat de rédaction de L’École et la Nation, revue du PCF en direction des enseignants en 1952-1953. Proposé pour suivre le stage pour les instituteurs communistes de septembre 1955, il ne put y venir pour raisons de santé.

Devenu secrétaire de la section communiste de Noisy-le-Sec, responsable à l’éducation, Lacroix suivit l’école centrale d’un mois du PCF en mars-avril 1961. Il participa au stage central d’éducateurs en novembre 1964. Dans la commune, outre la rédaction des tracts, il suivait plusieurs cellules locales ou d’entreprises (Vallourec, CLA, Fonderies APS, etc) et y prenait souvent la parole. Il fut actif pendant l’école centrale du PCF (octobre-février 1967). Il entra à la commission de la fédération de Seine-Nord-Est de contrôle financier avant d’être désigné au comité fédéral de Seine-Nord-Est puis de Seine-Saint-Denis de 1962. Il dirigea plusieurs écoles fédérales. Il ne fut pas réélu en décembre 1972 pour « raisons de santé » selon le secrétariat de la fédération. En fait, il n’était plus membre du PCF depuis cette date.
Parallèlement, Lacroix, animateur du foyer laïque, faisait partie du conseil communal du Mouvement de la Paix et du Comité contre les accords de Londres regroupant des enseignants de Noisy-le-Sec en 1955.

En 1959, pour les élections municipales, Lacroix se montra partisan de la formation d’une municipalité d’union où les communistes étaient minoritaires au sein du conseil municipal. Malgré des réserves émises au niveau de la direction du PCF, cette tactique se renouvela à chaque élection avec des gains de voix. Il devint, le 24 mars 1959, premier adjoint au maire. Permanent, membre de la commission des finances, il était délégué à l’enfance, aux écoles publiques et à leurs œuvres. Réélu conseiller municipal, il devint quatrième adjoint, le 6 avril 1965 et membre des commissions des affaires culturelles et des fêtes, des adjudications, du comité d’administration de la caisse des écoles. Il représenta la ville au conseil d’administration de l’association « les enfants inadaptés de Noisy-le-Sec et leurs amis ». Réélu conseiller en 1971, il conserva son poste d’adjoint au maire, délégué à l’enseignement. Lors de ces mandats d’adjoints, furent construites plusieurs écoles maternelles et primaires et furent mis à la disposition du rectorat des terrains pour la construction d’un lycée et d’un collège d’enseignement technique. En outre, en contact avec les parents d’enfants inadaptés et avec la caisse d’allocations familiales, fut construit et géré un institut médico-pédagogique, et créé un Centre médical psycho-pédagogique. Il ne se représenta pas en fin de mandat.

Lacroix fut élu au Conseil général de Seine-Saint-Denis en 1967 avec 4 193 puis 5 503 voix. Il fut réélu en 1970 avec 5 517 voix mais ne se représenta pas en 1976. Il présida la commission de l’enseignement, de la jeunesse et des sports.

En 1972, Lacroix quitta le PCF. Citons son témoignage en 2011 :
« Les raisons de ce départ furent diverses, certaines anciennes, d’autres plus conjoncturelles. Depuis un certain temps, je m’interrogeais sur l’URSS et, à force de ruminer, j’avais abouti aux mêmes conclusions qu’Hélène Carrère d’Encausse, considérant qu’elle pouvait imploser. J’avais été très heureux de la déclaration de Waldeck Rochet et du bureau politique manifestant notre désapprobation, puis notre réprobation, face à l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie. J’ai cru alors que le PCF allait voler de ses propres ailes, ce qui me paraissait d’autant plus prometteur que les prémices de l’union de la gauche se manifestaient. […] Dès avant ce décès [Waldeck Rochet], Georges Marchais apparaissait comme devant lui succéder et je n’éprouvais aucune sympathie à son égard. Il était venu une fois assurer une reprise des cartes à la cellule de Vallourec qui comptait pas loin d’une cinquantaine d’adhérents (sur plus de mille salariés). Il s’y est conduit comme un démagogue. Malgré tout j’ai encore assisté - comme invité - au congrès qui devait l’introniser comme secrétaire général. Je l’ai vu se conduire d’une manière inadmissible avec Juquin*, que je n’avais jamais rencontré mais dont alors j’ai instinctivement pris le parti. Juquin, naïvement, avait demandé une discussion “sans tabou”. Et Marchais, au lieu d’essayer de voir sur quoi aurait pu porter la discussion, le traita de “monsieur tabou”, s’efforçant non sans succès de le ridiculiser aux yeux de l’assemblée des congressistes (d’où partirent des éclats de rire). Je ne digérai pas. Pas plus que je ne digérai le retour d’URSS de Marchais, après qu’il eut “vu Brejnev de ses yeux”. Ajoutons à tout cela le suicide d’un militant espagnol originaire de Fontenay-sous-Bois et que Fernande Valignat* nous avait demandé d’accueillir au comité de section - où d’ailleurs il s’exprima peu -. Cet homme dont j’ai oublié le nom, avait alors une soixantaine d’année. On retrouva son corps dans le canal de l’Ourcq. Bien qu’ignorant les raisons de son suicide, j’ai pensé alors qu’il fallait que je m’en aille plutôt que risquer de finir comme lui, toutes les couleuvres n’étant pas bonnes à avaler. Et je suis parti, lettre à l’appui soit auprès de la section soit auprès du maire, sans invoquer de raisons de santé. »

Lacroix démissionna de toutes ses responsabilités électives. En congé de convenances personnelles depuis 1959, il réintégra l’enseignement en décembre 1972 à l’école Carnot à Noisy-le-Sec. Il enseigna par la suite à l’école Langevin dans la commune. Devenu conseiller en formation continue à l’académie de Créteil, en septembre 1981, il fut nommé directeur de l’école primaire René Deschamps à Drancy, fonction qu’il exerça jusqu’à sa retraite en 1990.

Se considérant comme « incroyant », Lacroix, par la suite, habitait Arlay dans le Jura où résidait sa famille et n’avait plus d’activités politiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136432, notice LACROIX Gilbert, Paul. par Jacques Girault, version mise en ligne le 17 mars 2011, dernière modification le 17 mars 2011.

Par Jacques Girault

Gilbert Lacroix, adjoint au maire en 1971.
Gilbert Lacroix, adjoint au maire en 1971.

SOURCES : Arch. com. Noisy-le-Sec (Fadila Bouhadjila, Mathieu Régis). — Archives du Comité national du PCF.

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