BÉNICHOU Georges. GALLOIS, dans la Résistance.

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Né le 13 juin 1902 à Sidi Bel Abbès (département d’Oran. Algérie), mort en 2001 dans le région d’Orthez (Pyrénées-Atlantiques) ; employé représentant de commerce ; militant à l’AEAR puis au Parti communiste à Paris.

Georges Bénichou, âgé, et sa dernière compagne Simone Chaye
Georges Bénichou, âgé, et sa dernière compagne Simone Chaye

Georges Bénichou était le fils d’un représentant de commerce d’Oran mort en juillet 1922 et d’une mère sans profession morte en 1919 à cinquante-trois ans. Ses parents étaient issus du « milieu traditionnel de la petite bourgeoisie juive algérienne ». Son père Raphaël Bénichou, dit Élie, était né en février 1863 à Mascara ; sa mère, Sembra Julie s’appelait aussi Bénichou, mais sans lien de parenté. Elle était née à Oran le 12 janvier 1865 et était morte dans cette ville le 12 janvier 1919 ; elle était descendant d’un faille juive dont l’origine algérienne remonte très loin dans les siècles, devenue française par le décret Crémieux de 1870. Le père de Georges Bénichou avait fait son service militaire à Marmande (Lot-et-Garonne).

Georges Bénichou vécut à Bidi-Bel-Abbès
Il fit ses études à Oran à l’école primaire jusqu’à treize ans puis au lycée jusqu’à dix-neuf ans où il obtint son baccalauréat Sciences Langues/Mathématiques élémentaires. Après un certificat de licence en sociologie il dut abandonner ses études alors qu’il désirait être professeur. Il effectua alors son service militaire (selon son petit-fils il s’engagea dans l’armée) puis en juillet 1924 il fut secrétaire du directeur commercial d’une imprimerie et fabrique de cartonnages de Reims (Marne) qui l’envoya à Paris comme représentant jusque juin 1926.

Il se maria en juin 1925 avec Antoinette Barthou, fille d’un entrepreneur de maçonnerie de Reims, d’une « famille petite bourgeoise cléricale et très réactionnaire ». Ils eurent un garçon en avril 1927 mais le couple, séparé en juillet 1930, divorça en juin 1932 pour incompatibilité de tempérament, de caractère, de croyance religieuse (il était athée), de conception politique (il était sympathisant communiste). La grand-mère maternelle eut la garde de l’enfant, que le père pouvait rencontrer mais il fallut attendre l’âge de treize ans pour qu’il puisse venir chez son père.

Après juin 1926, Bénichou fut employé comme représentant ou rédacteur au service commercial de diverses entreprises de la région parisienne jusqu’en janvier 1935. Il en dénombrait une dizaine dans lesquelles son salaire mensuel oscillait entre 1150 et 1700 FR. Par exemple : à une usine d’outillage du XVIe arr., aux machines à écrire MAP, aux parfums Houbigant, aux automobiles Delage, dans diverses maisons d’articles d’éclairage et produits d’entretien. En mars, avril 1935 il exerça par intermittence quelques travaux de secrétariat dans des organisations proches du PC.

C’est en janvier 1931 que Georges Bénichou commença « à sortir de la position de sympathisant inactif ». Il entra à l’association des “Amis de Monde” qui était née à la suite de l’hebdomadaire qu’Henri Barbusse avait fondé en 1928 pour y débattre des rapports entre la création littéraire artistique et la révolution. René Lefeuvre était alors, depuis 1930, membre du secrétariat des “Amis” et responsable des groupes d’études organisés parallèlement au journal. Lucien Laurat et A. Tasca (Rossi) y enseignaient l’économie politique et l’histoire du mouvement ouvrier ; Bénichou y étudia le marxisme. En 1931 il publia dans Monde un reportage sur l’enseignement en Algérie.

Mais Monde connaissait plusieurs crises depuis 1930, date à laquelle la publication fut attaquée au Congrès de Kharkov, critiques reprises en 1931 par L’Humanité. Barbusse tenta de maintenir une certaine autonomie jusqu’en 1933. Bénichou qui se définira (en 1935) « confusionniste, ce qui ne me permettait pas de distinguer l’importance des divergences des oppositionnels » quitta en juillet 1931 les Amis de Monde et adhéra, lors de sa fondation en mars 1932 à l’AEAR où il fut membre de la section littéraire dont il deviendra trésorier d’octobre 1933 à août 1934. Il y occupait la fonction de critique littéraire. Bien que non adhérent au PC il sut gagner la confiance du secrétariat et du bureau de la fraction communiste aux réunions de laquelle il fut admis. Il citait parmi ses relations Vaillant-Couturier, J. Nicolas, Aragon, Nizan et Moussinac. C’est d’ailleurs J. Nicolas qui parraina son adhésion au parti en mai 1935.

En octobre 1932, R. Lefeuvre avait décidé de publier une revue pour y éditer les études des collaborateurs des “Amis de Monde”. Elle parut à partir de janvier 1933 sous le titre de Masses (en référence à la revue américaine New Masses). Parmi les participants : Michel Collinet, Michel Leiris, Jacques Soustelle, Kurt Landau... G. Bénichou, en accord et sous le contrôle du secrétariat de l’AEAR, adhéra aux « Amis » de cette revue et fit partie de son comité de rédaction pour « y jouer un rôle d’observateur et de neutralisateur ». Il caractérisait Masses comme « regroupant sous la direction de Lefeuvre, oppositionnel avéré et franc-maçon, à côté d’éléments socialistes, syndicalistes, trotskistes, anarchistes, souvariniens, des éléments sincères mais débutants ». Dans le comité de rédaction où il agissait, tous les membres, sauf Lefeuvre, « étaient des intellectuels sains mais ignorants » dont il sut se faire des partisans et jusqu’au n° 8 la revue conserva “un caractère objectif où l’URSS et le PC ne furent jamais attaqués” et elle réussit à gagner près de 3 000 lecteurs dont 700 abonnés. Mais en juillet 1933 Lefeuvre refusa la décision de Bénichou (et du comité de rédaction) qui s’opposait à la parution de deux articles : d’une part un reportage sur l’arrivée d’Hitler au pouvoir où était critiquée la ligne de l’IC et du PC allemand et, d’autre part, un article sur le cas Victor Serge alors emprisonné en URSS. L’Humanité du 14 juillet 1933 publia un article sur la démission de Bénichou et ses amis du comité de rédaction. Dans son autobiographie de mai 1936, il tenait à préciser que ce travail de fraction fut la seule relation entretenue avec les milieux oppositionnels, « en plein accord et sous le contrôle continuel » du secrétariat de l’AEAR. La revue Masses s’arrêta en juillet 1934 et Bénichou rappelait deux années plus tard que Lefeuvre dirigeait alors l’organe de la Gauche révolutionnaire de la SFIO.

Bénichou n’adhéra pas immédiatement au PC. Il fit partie de janvier 1933 à octobre 1934 d’un groupe théâtral de la FTOF où il devint membre de la commission exécutive jusque 1935. Il participa en mars et avril 1933 au comité Thaelmann. D’autre part du 18 février au 2 mars 1935 il fut désigné comme accompagnateur-traducteur d’une délégation de mineurs envoyée dans le cadre du SRI en Espagne dans les Asturies.

Après son adhésion officielle au parti en mai 1935 il fut membre du secrétariat du Comité populaire d’aide aux victimes du fascisme en Espagne, l’année suivante il était secrétaire du Comité d’aide aux victimes du fascisme en Italie. Il fut affecté à la cellule 426 du 5e rayon où il participa à toutes les activités sans occuper un poste responsable. Il était membre du syndicat des employés depuis le 1er avril 1936. Il habitait alors au 41 rue des écoles dans le Ve arr. Il était noté A par la Commission des cadres qui mentionnait : “Rédacteur Huma”.

Après son divorce, sa compagne, dès 1936 (mariage vers 1938) était Étiennette Appert, ancienne femme d’un avocat chinois , parlant de nombreuses langues dont l’anglais, la hollandais, le russe, le chinois. Elle travaillait aux éditions ESI (Éditions sociales internationales). Ils eurent un fils, Lionel.

Georges Bénichou fut résistant, à Marseille, Lyon et Toulouse. Il était ami avec Jean-Pierre Vernant et Meyerson. Georges et Étiennette travaillèrent dans le cadre de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide. à placer des enfants de confession juive chez des paysans du Gers. Il logea Rosine Bet qui fut grièvement blessé lors attentat à Toulouse et mourut peu après.

Son fils était en 1944 responsable du Front de les jeunesse patriotique à Toulouse.

À la Libération, il fut directeur de la Voix de Midi qui se trouva en concurrence avec Le Patriote et disparu. Dotée d’une capacité de droit, Étiennette fut conseillère juridique pour Unilever. Elle fut également à la disposition du service commercial de l’Ambassade d’URSS à Paris.

Georges Bénichou connaissait bien les milieux littéraires communistes (Aragon, etc). Sa deuxième femme aurait été parmi les organisateurs des voyages touristiques en URSS après 1945. L’expérience de l’URSS aurait un peu éloigné Antoinette du soviétisme et toute la famille rompit avec le PC à la fin des années 1940 ou au début des années 1950. Mais pour devenir ensuite pro-chinois. Le couple créa une entreprise d’import-export avec la Chine, entreprise ayant le monopole de l’importation d’ouate chirurgicale chinoise pour les hôpitaux parisiens. Le fils fut lui aussi militant communiste et résistant mais rompit comme ses parents avec le PC.

Après le décès d’Étiennette Appert vers 1994, il eut une troisième compagne, Simone Chaye, une résistante connue et reconnue pour son sauvetage des enfants juifs. (http://www.ina.fr/fresques/ouest-en-memoire/fiche-media/Region00434/simone-chaye-resistante.html)

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136409, notice BÉNICHOU Georges. GALLOIS, dans la Résistance. par René Lemarquis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 11 mars 2011, dernière modification le 6 juillet 2019.

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Georges Bénichou, âgé, et sa dernière compagne Simone Chaye
Georges Bénichou, âgé, et sa dernière compagne Simone Chaye

SOURCE : RGASPI 495.270.4330 : autobiographie du 14 mai 1936. — Témoignage de son petit-fils, David-Marc Bénichou.

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