BOURDON Georges, Henri (ou Henry)

Par Louis Botella

Né le 15 janvier 1868 à Vouziers (Ardennes), mort vers le 9 novembre 1938 ; secrétaire général du Syndicat national des journalistes (autonome, de 1922 à 1938) ; fondateur et président honoraire de la Fédération internationale des journalistes (1926-1938) ; collaborateur de la Revue bleue et du Figaro ; un des créateurs de la Ligue des droits de l’homme.

Georges Bourdon était le fils d’un maitre de pension. Il fréquenta le collège Rollin puis le Lycée Condorcet. Il poursuivit ses études supérieures à la Sorbonne (Faculté de Lettres).

Bachelier, Georges Bourdon participa en novembre 1886 à la fondation du théâtre des Escholiers à Paris. Ardent dreyfusard, il fut un actif défenseur du un théâtre populaire.

Georges Bourdon fut un des fondateurs, le 10 mars 1918, de l’Association de défense et de discipline professionnelle. Selon Arnaud Mercier, professeur à la Faculté de Droit de Grenoble, il ne fut pas l’un des membres fondateurs mais il y a adhéra immédiatement après sa création. Lors de l’assemblée générale du 17 juin 1928, elle se transforma en syndicat national.
Georges Bourdon devint son secrétaire général (ou son président, selon les sources) en 1922 en succédant à Lucien Descaves, écrivain, critique littéraire et journaliste.

Le développement du SNJ en dehors de la région parisienne fut long et difficile. La première section provinciale à voir le jour fut celle du Nord-Pas-de-Calais en 1925. Des tentatives furent effectuées, à la même période, à Marseille et à Bordeaux. Elles ne réussirent pas.
En 1922, le futur SNJ n’eut que 700 adhérents alors qu’au décès de Georges Bourdon, il rassembla 70% des journalistes professionnels.
Le SNJ adhéra par la suite au Comité général des associations et syndicats de la presse française, fondée le 2 mai 1919 ; certaines de ces associations rassemblèrent aussi bien des journalistes que des directeurs de journaux.
Le Bulletin du Syndicat des Journalistes fut son organe. Il eut pour sous-titre Association de défense et de discipline professionnelle. Il fut remplacé en 1928 par Le Journaliste.

Georges Bourdon assuma la fonction de secrétaire général du SNJ jusqu’à son décès intervenu en 1938. Il fut alors remplacé par Stephen Valot, secrétaire général adjoint depuis 1934.

Georges Bourdon et ses collègues obtinrent en 1927 la création d’une caisse de retraites spécifiques. Ils luttèrent pendant plus de vingt-ans pour obtenir la reconnaissance législative d’un statut de journalistes.

Ils obtinrent satisfaction avec le vote, en mars 1935, de la loi Henri Gernut-Emile Brachard, tous deux députés radicaux, faisant suite au rapport Brachard déposé le 22 janvier 1935 au bureau de la Chambre des députés. Par la suite, les journalistes virent deux autres revendications satisfaites : la création, le 22 mai 1936, de la carte de presse et de la commission de la carte d’identité des journalistes professionnels.

En 1937, la première convention collective des journalistes fut conclue entre les organisations patronales de la presse et le Syndicat national des journalistes, ayant toujours Georges Bourdon à sa tête.

Georges Bourdon, Stéphen Valot et Boris Mirkhine-Guetzévitch, ces deux derniers étant co-directeurs, furent à l’origine de la création en 1937 de l’Institut de science de la presse, prenant la suite du Centre d’études journalistiques, datant de 1929. A partir de janvier 1938, le SNJ publia également Les Cahiers de la Presse, organe de cet institut.

Déjà en 1919, une tentative de fusion eut lieu entre cette association, autonome, et la Fédération française des travailleurs du livre (FFTL), affiliée à la CGT. Une consultation fut lancée au sein des deux organisations. Si la FFTL, lors de son congrès tenu à Nancy, en accepta le principe par 84 voix contre 77 et 15 abstentions, il n’en fut pas de même pour le futur SNJ.

Deux nouvelles tentatives eurent lieu en 1926 et en 1937. En vain. À la suite de ce dernier échec,les partisans de l’adhésion à la CGT n’obtinrent que 43% des voix, la CGT mit en place le Syndicat national des journalistes confédérés, avec Maurice Harmel (Le Peuple) comme secrétaire général et Daniel Mayer (Le Populaire) Charles Boullay-Duparc (Le Petit Parisien), Jean Guignebert (Radio-Cité) et Eugène Morel (trésorier) parmi ses dirigeants.

Georges Bourdon fut l’un des fondateurs et le premier président de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), créée le 13 mai 1926 à Paris. Le premier congrès ordinaire de la FIJ se tint en septembre 1926 à Genève (Suisse) puis le second en novembre 1928 à Dijon. Dans les premières années de son existence, le siège de la FIJ fut situé au 2, rue Montpensier à Paris. Un autre Français, Stéphen Valot, fut secrétaire général de cette internationale professionnelle.

Il fut également un des créateurs de la Ligue des droits de l’homme dont la première assemblée générale eut lieu le 4 juin 1898 à Paris. Au cours de cette assemblée générale, il regretta que personne n’ait soufflé mot de l’Affaire Dreyfus en déclarant "Nous sommes ici que par elle et pour elle".

Il fut signalé en 1918 comme étant membre du comité central de la Ligue, alors présidée par Ferdinand Buisson. Parmi les autres membres de ce comité central, il y eut Victor Basch (l’un des vice-présidents), Marcel Cachin, Félicien Challaye, Marcel Bidegaray, (secrétaire général du Syndicat national du rail), Anatole France, Charles Gide, Paul Painlevé, Albert Thomas, Henri Gernut (secrétaire général et futur député)...En 1917, la Ligue rassembla 17 572 adhérents. Par la suite, Georges Bourdon devint vice-président de cette association.

Il fut également membre de la Société des gens de lettres et de l’Association des amis de Zola, président honoraire des Escholiers, secrétaire général de la Société de l’histoire de la guerre.

Il publia de nombreux ouvrages et enquêtes : Le théâtre grec moderne (1892), En écoutant Tolstoï (1901), Les théâtres anglais (1903), La Russie libre (1905), La renaissance athlétique (1906), Lorsque le coq chanta, roman (1907), Les journées de Casablanca (1908), L’énigme allemande (1913), Les chaînes, pièce jouée à la Comédie française à partir du 16 janvier 1920.

Il fut également l’auteur en 1903 d’une enquête sur le tramway parisien.
Georges Bourdon, Francis Delaisi, Pierre Desnoyer, Léon Groc, Jean Pior et Stéphen Valot furent les auteurs d’un ouvrage collectif Le journalisme d’aujourd’hui, édité par la Librairie Delagrave et paru en 1931.

Il épousa Claude Le Roy en octobre 1908 à Paris (VIIIe arrondissement). De cette union naquit une fille prénommée Colette. En 1924, il demeura au 41, rue Saint-Ferdinand dans le XVIIe arrondissement de Paris et il eut une résidence secondaire à Etretat (Seine-Inférieure) [Seine-Maritime], la Villa Folle brise.

Chevalier de la Légion d’honneur et titulaires de décorations étrangères, il fut promu par la suite officier puis commandeur dans l’Ordre national de la Légion d’honneur.

Selon les informations fournies par l’Annuaire des Contemporains Qui êtes-vous ?, il possédait alors une bibliothèque de 4 000 ouvrages.
Il appartint également au Racing Club de France.
En 2008, pour commémorer son 90e anniversaire et pour célébrer Georges Bourdon, Normand d’adoption, le SNJ organisa un colloque à Rouen.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136359, notice BOURDON Georges, Henri (ou Henry) par Louis Botella, version mise en ligne le 28 février 2011, dernière modification le 8 novembre 2018.

Par Louis Botella

SOURCES : Les Ardennais célèbres, site Internet du Conseil général des Ardennes. – Qui êtes-vous ?, volume 3, Annuaire des contemporains, Notices biographiques, 1924, Maison Ehret, G. Ruffy, successeurs, Editeur, en dépôt à la Librairie Delagrave. - François Boissarie in L’histoire du SNJ, Syndicat national des journalistes, 2006. — Bernard Voyenne in Revue française de sciences politiques, année 1959, volume 9, n° 4, pp. 901-934. — Claire Bernard et René Mouriaux in Presse et syndicalisme, Mots, volume 14, 1987, (p. 7-19), Centre de la vie politique française, Fondation nationale des sciences politiques. - Arnaud Mercier in L’institutionnalisation de la profession de journaliste, Hermès, n° 13-14, (p. 219 à 233), 1994. — Marc Martin in Médias et journalistes de la République, Collection Odile Jacob, avril 1997. — Christian Delporte in Les journalistes en France de 1886 à 1950, Naissance et construction d’une profession, Le Seuil, Paris, 6 janvier 1999. — Le SNJ célèbre son 90e anniversaire, Syndicat national des journalistes, octobre 2008. — Alain Colas in Matériaux pour l’histoire contemporaine (p. 60/63), n° 37/38, janvier-juin 1995, Centre de documentation et de recherche sur les droits de l’homme de la BDIC. — Alfred Dreyfus réhabilité en 1906, Célébrations nationales 2006, ministère de la Culture et de la Communication. — Arch. de la Fédération Internationale des Journalistes - FIJ. — Arch. de la Comédie française. - Syndicat national des journalistes CGT.— Le Journaliste, SNJ, publié à l’occasion du 100e congrès national, Paris 17-18-19 octobre 2018 : "Un siècle de combats". — Christian Delporte, 100 ans de journalisme, une histoire du SNJ, op. cit. — État civil.

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