Né le 29 mai 1927 à Mulhouse (Haut-Rhin), mort le 19 mai 1974 à Bourg d’Oisans (Isère) ; employé ; militant de la Jeunesse ouvrière chrétienne, des Associations populaires familiales, de la CFTC puis de la CFDT, de la Jeune République, de l’Union de la Gauche Socialiste, du Parti socialiste unifié ; permanent régional de la JOC (1946-1948), permanent national de la JOC (1948-1951), vice-président de l’UD CFDT du Haut-Rhin à partir de 1964, président départemental des Associations populaires familiales du Haut-Rhin, secrétaire général de la Fédération CFTC puis CFDT du Textile à partir de 1960, puis de la fédération CFDT Hacuitex , secrétaire national de la CFDT (1970-1973).

Le père de Frédo Krumnow, Guillaume Frédéric Auguste Krumnow (né à Mulhouse le 27 août 1891, mort à Mulhouse le 26 novembre1948) était un ouvrier issu d’une famille allemande protestante. Il avait conservé, après le retour de l’Alsace à la France en 1918, sa nationalité d’origine. Pourtant son mariage avec une Alsacienne, Louise Marie Hassler ouvrière catholique (née à Mulhouse le 2 avril1896, morte à Pfastatt le 8 avril1960) aurait dû lui permettre d’obtenir la nationalité française. Élevé dans la cité ouvrière de Mulhouse, dans une famille de tradition socialiste et cégétiste, le jeune Frédo fit partie un moment du mouvement socialiste de l’enfance ouvrière, les Faucons Rouges. Dispensé à la demande de ses parents des cours de religion (obligatoires en Alsace-Moselle), il décida de suivre quand même l’enseignement religieux catholique et fit sa communion solennelle.
Comme tous les ressortissants allemands, le père de Frédo fut interné en septembre 1939 par les autorités françaises, puis il s’engagea comme prestataire volontaire dans une compagnie de travailleurs étrangers. Après l’annexion de fait de l’Alsace au Grand Reich en 1940, ce « Reichsdeutscher » (sujet allemand originaire du territoire du Reich) fut obligé d’adhérer à l’Opferring « cercle de sacrifice » (organisation créée par les Nazis en Alsace en attendant la mise en place du parti nazi), puis en 1942 à la NSDAP. Incorporé dans l’armée allemande, le père de Frédo subit à son retour en Alsace libérée les rigueurs de l’épuration : interné au camp du Struthof jusqu’au 13 mars 1946, il resta interdit de séjour dans le Haut-Rhin jusqu’en août 1946. Le jeune Frédo, quant à lui, suivit, pendant l’occupation, des cours de commerce en allemand à Mulhouse, tout en cherchant à approfondir ses connaissances scientifiques dans des livres français, sauvés des autodafés nazis. Avec ses camarades, il se livra à de menus actes de résistance. En août 1943, il entra comme apprenti à la caisse d’épargne de Mulhouse. En janvier 1944, à seize ans, il fut incorporé en Bade dans un camp de préparation militaire, puis en mai au service du travail obligatoire (RAD) à Coblence. Il réussit à s’évader avant son incorporation de force dans l’armée allemande et à rejoindre Mulhouse la veille de la libération de la ville, donc le 20 novembre 1944.
Frédo Krumnow reprit alors son travail à la caisse d’épargne et adhéra à la Jeunesse ouvrière chrétienne en juillet 1945. En septembre 1946, il devint permanent de la JOC pour l’Alsace, adjoint d’Eugène Descamps*, chef de province pour l’Alsace-Lorraine : il parcourut à cette fin toute la région à bicyclette. En 1948, il partit pour Paris à la suite de Descamps et devint responsable national des « Apprentis de France », tout en étant chargé des contacts avec la JOC allemande. En 1951, il décida de « retourner à la base » et grâce à Robert Moussay*, trouva un emploi chez Schaeffer-Impression à Pfastatt (Haut-Rhin). Il milita désormais à la Confédération française des travailleurs chrétiens et fut un partisan convaincu de sa transformation en Confédération française démocratique du travail (1964). Il fut vice-président de l’Union départementale du Haut-Rhin de la CFDT.
Frédo Krumnow, se maria le 31 mai 1952 à Battenheim (Haut-Rhin) avec Madeleine Kuentz, employée, née le 18 janvier 1923 à Mulhouse. Ils eurent quatre enfants.
Il milita aussi aux Associations populaires familiales (dont il fut président départemental), dans une coopérative d’HLM, à l’Action catholique ouvrière, aux Amis de Témoignage Chrétien, à l’ORCO (Organisation des consommateurs du Haut-Rhin), mais aussi dans des mouvements politiques, la Jeune République, puis l’Union de la gauche socialiste(1957-1960) et enfin, à partir de sa création en 1960, le Parti socialiste unifié. Il resta chez Schaeffer, dont il avait été secrétaire du comité central d’entreprise, lorsqu’en 1960, il fut élu secrétaire général de la Fédération du textile, devenue ultérieurement Fédération de l’habillement, du cuir et du textile (Hacuitex). Licencié pour suppression de poste en 1966, il gagna alors Paris avec sa famille pour s’y consacrer entièrement au syndicalisme. En mai 1966, après une longue réflexion collective et un voyage en Yougoslavie (septembre 1965), il présenta au congrès de sa fédération le premier rapport syndical consacré à l’autogestion. Il joua un rôle essentiel lors de la grève du personnel de la Rhodiaceta à Besançon et à Lyon (25 février-24 mars 1967). Le 27 mai 1968, c’est lui qui prit la parole au nom de plusieurs fédérations CFDT (Chimie, Métallurgie, Cadres, Hacuitex) à la manifestation organisée par l’Union nationale des étudiants de France au stade Charléty à Paris. Au congrès confédéral de 1970, il défendit face au document de la direction un texte, soutenu par Hacuitex, les Services et les PTT, d’orientation « gauchiste » prônant la lutte des classes au nom des aspirations de la « révolte » de mai 1968 et du « courant mondial de contestation », tout en n’excluant pas la négociation. Cette motion n’obtint que 26,7% des mandats. Il devint pourtant membre de la commission exécutive de la CFDT avec le titre de secrétaire national. Il y fut chargé de l’information et de l’emploi, puis devint en mars 1971 lors de l’élection d’Edmond Maire au secrétariat général, son successeur comme responsable de l’action revendicative. Il était devenu l’un des leaders de l’aile gauche de la CFDT et contribua de façon décisive à l’orienter vers le « socialisme autogestionnaire ». Le cancer l’obligea en 1973 à abandonner ses responsabilités syndicales. Il consacra ses derniers mois à la méditation théologique et mystique ( très marquée par l’influence du père Teilhard de Chardin qu’il avait découvert après la guerre), à la réflexion politique et à l’écriture . Il mourut à Bourg d’Oisans(Isère) le 19 mai 1974.

ŒUVRE : Poèmes en dialecte dans Klapperstei, Mulhouse. — « Que faire dans les trois ans qui viennent ? » Le Nouvel Observateur, 19 mars 1973. — Introduction à Quatre grèves significatives, Paris, 1973 (rééditée dans CFDT au coeur). — Croire ou le feu de la vie, Paris, 1975. — CFDT au coeur, Paris, 1976.

SOURCES : L’Alsace, Mulhouse, 21 et 22 mai1974. — Le Monde, 21 mai 1974. — Le Travailleur d’Alsace, juin 1974. — Préface de Roger Toutain à CFDT au coeur, 1976. — Cahiers de l’Alsace Rouge, 1977, n°s 3 et 4. — Charles Dillinger (dir.), De Wissembourg à Sélestat. 50 ans de JOC, Strasbourg, 1979, p.171,172,177 - Encyclopédie de l’Alsace, t.8,p.4575 (J.-C. Richez). — Hervé Hamon, Patrick Rotman, La deuxième gauche. Histoire intellectuelle et politique de la CFDT, Paris, 1982. — Pierre Cour-Salies, La CFDT, un passé porteur d’avenir, Montreuil, 1988. — Guy Groux, René Mouriaux, La CFDT, Paris, 1989. — Odile Fournier, Les chemins de l’innovation. L’analyse d’un processus de création collective par des militants de gauche et de tradition chrétienne à Mulhouse de 1945 à 1965, Mémoire Licence en sciences sociales appliquées au travail, Strasbourg II, 1989. — Michel Branciard, Histoire de la CFDT, Paris, 1990. — Lettre de Madeleine Krumnow à Léon Strauss, 7 novembre 1990. — Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne, n°22, 1994, p.2123-2124. – Frank Georgi, L’invention de la CFDT 1957-1970, Paris, Editions de l’Atelier/CNRS Editions, 1995. — Frank Georgi, Eugène Descamps, chrétien et syndicaliste, Les Éditions de l’Atelier, Paris, 1997. — Colloque Almémos du 13 mars 2004 Strasbourg, De la CFTC à la CFDT- 1964. L’évolution confédérale. L’adhésion de l’Alsace, Almémos, Strasbourg, 2004. — État civil de Mulhouse.

Léon Strauss

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