LABLÉNIE Henri, Edmond, Gilbert (DOLMONT Max).

Par Alain Dalançon, Pierre Petremann

Né le 5 juillet 1907 à Plazac (Dordogne), mort le 25 mai 1993 à Bondy (Seine-Saint-Denis) ; professeur agrégé ; résistant, président du Front national universitaire puis de l’Union française universitaire ; militant communiste.

Edmond Lablénie.
Edmond Lablénie.
Fin des années 40

Edmond Lablénie fut élevé dans son village natal, Plazac, où son père Léonard et sa mère, Alice Galmot, étaient instituteurs. Ils y possédaient la demeure de la Forge de Vimont (ancienne forge du XVIIIe siècle) où il était né et pour laquelle il manifesta toujours un grand attachement, y compris après que sa famille s’en fut séparée.

Après ses études secondaires au lycée de Périgueux, il alla poursuivre des études supérieures de lettres à la faculté de Bordeaux, tout en faisant quelques piges dans la rubrique des faits divers de La Petite Gironde. En mai 1928, il était maître d’internat au lycée de garçons de Pau et il épousa le 5 janvier 1929 à Bordeaux une Espagnole, Arjo Teresa, Magdelena, née le 25 mai 1910 à Arties (Espagne), qui obtint un diplôme d’éducation physique en 1931 et dont il eut un fils, Claude, né à Paris le 15 septembre 1940.

Edmond Lablénie commença sa carrière d’enseignant à la rentrée 1929 au collège de garçons de Bergerac, comme instituteur auxiliaire, puis un mois plus tard, après l’obtention de la licence de lettres, comme professeur délégué. En 1930, année de la soutenance de son diplôme d’études supérieures, il obtint aussi un diplôme de gymnastique. Admissible à l’agrégation des Lettres en 1931, il demanda un poste double et fut nommé professeur délégué au lycée de garçons d’Agen. Bénéficiaire d’un congé avec traitement durant un trimestre jusqu’en mars 1932, droit accordé aux admissibles à l’agrégation repassant le concours, il put mieux le préparer et y être reçu (17e sur 29) à la session suivante. Il fut réformé définitif la même année, en raison d’une atteinte antérieure de la tuberculose, dont il eut à souffrir de rechutes après la guerre. Il fut donc nommé dès la rentrée professeur au lycée de Gap (Hautes-Alpes). Puis, désirant commencer une thèse, il obtint en 1933 sa mutation dans une grande ville proche d’une université, au lycée Thiers de Marseille. Inscrit quelques années après sur la liste d’aptitude au cadre parisien, il fut muté à la rentrée 1936 au lycée Janson-de-Sailly de Paris.

Dès cette époque, Lablénie s’attacha à promouvoir une nouvelle pédagogie dans sa classe et dans divers ouvrages scolaires (Les premiers mots du latin vivant en 1934, Les premiers textes du latin vivant et Questions latines en 1935, Cahier de vocabulaire en 1936). Il collaborait à une collection de manuels de Latin vivant qui comprenait 8 publications en 1939. Il était en outre secrétaire général du Comité de la Rome antique. L’inspection générale le considérait dès 1935 comme un « apôtre de la méthode directe » et, en 1939, avait envisagé de le nommer en première supérieure.

Parallèlement, Lablénie publiait des recueils poétiques où il s’efforçait de retrouver la langue et le style de La Boétie. Deux articles publiés en 1930 sur La Boétie et Pierre de Brach reçurent la médaille d’or de l’académie de Bordeaux. Par la suite, il continua à montrer, tant dans ses écrits que dans son enseignement, un attachement tout particulier à Montaigne et aux auteurs français du XVIIe siècle, inventeurs du classicisme, qu’il définissait comme « l’étude des traits permanents et universel de la nature humaine », « véritable espoir de la libération de l’homme », dont la Révolution française était l’aboutissement intellectuel et qui n’avait depuis lors, jamais cessé de vivre pour tracer les voies d’un « rationalisme égalitaire, contre le hiérarchie humaine et divine ».

De telles convictions, qui le portaient à défendre l’idéal de démocratisation de l’enseignement secondaire, le firent adhérer au nouveau Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire (SPES) affilié à la CGT. Il fut un des rares professeurs à participer à la grève du 30 novembre 1938 contre les décrets-lois Daladier-Reynaud mais aussi contre les accords de Munich.

En 1940, volontaire pour rester à Paris, il fut requis au lycée Claude Bernard. Au moment de l’invasion allemande, il lança auprès des autorités politiques l’idée de « Légions de jeunesse », véritable « levée en masse » des 15/20 ans, pour constituer une sorte de réserve de l’armée, et rédigea un manifeste dans ce sens avec deux élèves de son lycée, Gratecap et Defaye. Lorsque Paris fut déclaré « ville ouverte », il partit à Périgueux et fut de retour dans la capitale le 27 juillet 1940. Immédiatement anti-pétainiste, il pensait qu’il fallait faire vivre une résistance intérieure. Dans le lycée Janson-de-Sailly (où s’étaient repliés les lycées Claude Bernard et La Fontaine), il lança avec son épouse et un groupe de lycéens, Notre droit, publication s’adressant à la jeunesse et se présentant sous la forme d’un recueil de maximes anti-allemandes et anti-vichystes. Il signait ses articles « Max Dolmont ». Distribué dans les lycées parisiens, son premier numéro contribua beaucoup à la mobilisation pour la manifestation des lycéens du 11 novembre 1940 à l’Étoile, à laquelle il participa, accompagnant un cortège important d’élèves de son lycée. Douze numéros parurent entre octobre 1940 et octobre 1941 et une reparution eut lieu en juillet 1944.

Edmond Lablénie menait également la résistance à travers le contenu de ses cours et ses rapports avec les élèves, dénonçant « l’école des chefs », montrant ouvertement sa sympathie aux élèves juifs astreints au port de l’étoile jaune. En janvier 1941, il organisa une représentation de Tartuffe au lycée Janson, malgré l’interdiction du rectorat. L’Inspecteur général Cayrou, envoyé dans sa classe pour le rappeler à l’ordre, fit un rapport qu’il contesta par écrit auprès du Directeur de l’enseignement secondaire. Cet acte d’indiscipline lui valut un blâme de Jérôme Carcopino, Secrétaire d’Etat à l’Education nationale, et il fut exclu des jurys d’examen par le recteur Gidel comme six de ses collègues parisiens.

À partir d’octobre 1941, Lablénie et certains de ses élèves et contacts participaient régulièrement à la rédaction d’articles pour l’Université Libre, journal de la résistance universitaire créé par Jacques Solomon et Georges Politzer, que Marcel Bonin, professeur-adjoint dans son lycée, révoqué en 1941, diffusait dans les établissements scolaires depuis 1940. Dans une lettre adressée au ministère le 2 juillet 1945, il écrivit qu’au début 1943, il contrôlait « 300 jeunes gens rassemblés dans des groupements à cadres militaires et entraînés progressivement à l’action directe ». Cependant en mars, afin d’éviter une cascade d’arrestations, il alla à la recherche d’un groupe de quatre lycéens partis dans le maquis en Bretagne ; il les retrouva près du camp de Coëtquidan et les ramena à Paris ; le proviseur, Émile Chamoux, avait déguisé en congé de maladie son absence prolongée, ce qui paraissait vraisemblable car, asthmatique, Lablénie avait une santé fragile.

En octobre 1943, Bonin lui demanda de travailler à l’organisation du Front national du secondaire dont René Maublanc était jusqu’alors le responsable mais qui, révoqué de l’enseignement en 1942, était éloigné de Paris et recherché par la Gestapo. Lablénie installa des comités dans les lycées parisiens, Pasteur, Debussy, Charlemagne, Lakanal et La Fontaine. Ces comités de base, où se retrouvaient des membres de toutes les catégories de personnels et y compris des élèves, étaient ensuite regroupés en comités académiques qui constituaient le Comité directeur de l’enseignement secondaire, dans lequel il devint le représentant du Front national aux côtés de Bonin représentant le Parti communiste et Jarry, les syndicats. Le comité de Janson compta rapidement une soixantaine de membres et d’autres comités furent créés dans presque tous les lycées de la capitale, de la banlieue ainsi que dans d’autres lycées provinciaux.

Au début du printemps 1944, Edmond Lablénie se réfugia de Bonnelles (Seine-et-Oise) à Bourg-la-Reine (Seine). Il était désormais en contact avec l’ensemble des responsables du Front national du secondaire, y compris de la province. A la suite du débarquement en Normandie, il proposa de multiplier les réunions dans les établissements afin d’élargir encore la base. Plusieurs dizaines de rencontres furent consacrées à la préparation de l’ « l’insurrection nationale » et la mise en place de milices patriotiques. Il utilisait aussi ces réunions pour montrer que le Front national de l’enseignement secondaire était le seul mouvement de résistance à caractère professionnel, mettant en avant les revendications de l’Université. Le Front national des divers ordres d’enseignement comptait alors un millier de membres dans la région parisienne et son comité directeur, dont Lablénie faisait partie avec Voguet*, Cohen* et Bonin, fut chargé de préparer l’insurrection en liaison avec le ministre nommé par Alger, Henri Wallon.

À partir du 17 août 1944, le domicile parisien de Lablénie, au 4, rue Paul Saunière (XVIe arr.), devint le quartier général ; on y distribuait des armes, des brassards, des ordres de mission ; la liaison avec l’état-major de Rol-Tanguy était assurée par un professeur adjoint, Jacques Pouilloux. Le 20, le ministère de l’Éducation nationale fut occupé et Henri Wallon y fut accueilli. Des établissements furent occupés par les milices patriotiques qui suspendirent les directeurs et directrices qui s’étaient compromis avec le régime de Vichy. Le 24, toutes les composantes de la résistance universitaire étaient réunies au sein du FNU (Front national universitaire). Edmond Lablénie, qui avait adhéré au Parti communiste français, en devint le président sur proposition de Joliot-Curie avec René Zazzo comme vice-président et Notre Droit reparut. Le 30, avec Maublanc et Bonin, soutenus par 1 350 professeurs des lycées et collèges venus acclamer dans la cour d’honneur du ministère le « ministre de la résistance », il présenta à ce dernier les vœux et les revendications de l’Université française.

Le FNU s’installa place de la Sorbonne dans la future maison de l’Université. Les dossiers dont Lablénie et le comité directeur avaient la charge étaient nombreux, depuis l’épuration et les réparations aux victimes de guerre, jusqu’à la gratuité du secondaire, le rétablissement des programmes et la mise en place de sessions spéciales d’examen et de concours pour les résistants et prisonniers de guerre.

Dans le même temps, il se préoccupa de l’aide urgente au logement des habitants de Rouffignac, dont son oncle, Ferdinand Lablénie, était maire. Cette bourgade de Dordogne fut la première à être pillée, incendiée et détruite presque entièrement le 31 mars et le 2 avril 1944 par les Allemands (44e division B commandée par le général Brenner) lors d’une opération de répression contre les maquis voisins. Il intervint ainsi pour que le ministère de la Reconstruction dote cette commune d’une quarantaine de baraquements en bois et ensuite pour que la reconstruction des écoles de Rouffignac et de Mouleydier (complètement incendié également par les Allemands le 21 juin 1944) fasse partie de la première tranche de priorité en 1947.

Edmond Lablénie présenta le rapport moral du FNU lors de son premier congrès en décembre 1944. Il s’y attacha à défendre l’unité des universitaires, celle de l’enseignement au-delà des degrés et des fonctions, en intégrant même les élèves parmi les acteurs (il avait été à l’origine de l’intégration des lycéens dans le Front national des étudiants). Sa seconde préoccupation était l’épuration. Elle avait été commencée dans les comités d’établissements et Henri Wallon avait reconnu officiellement les mesures de suspension et les demandes d’enquêtes, ce que confirma son successeur, René Capitant.

Médaillé de la Résistance en 1945, Edmond Lablénie fut alors détaché, jusqu’à la fin de l’année scolaire 1944-1945, en tant que vice-président du Comité supérieur d’enquête au ministère de l’Éducation nationale, institué le 26 octobre 1944, et siégea dans la section A de la 1ère commission, concernant les recteurs, inspecteurs généraux et inspecteurs d’académie de Paris. Mais il mit rapidement en cause le fonctionnement de la commission, considérant que trop souvent les hauts fonctionnaires étaient épargnés, estimant qu’ils étaient tous coupables et avaient, de ce fait, perdu tout crédit. Il signa plusieurs articles dans l’Université Libre dénonçant ces pratiques, ce qui lui valut d’être menacé de mort et objet de pressions, afin qu’il démissionne du Comité supérieur. À l’intérieur du PCF, certains comme Voguet considéraient par ailleurs son acharnement comme inutile et dangereux.

Edmond Lablénie défendait en même temps la nécessité de la réforme de l’enseignement du second degré, qu’il souhaitait voir généralisé, unifié, en particulier par l’intégration des enseignements techniques. C’était le même programme que se fixa l’Union des syndicats du second degré réunissant les syndicats du second degré de la Fédération générale de l’enseignement-CGT, SNCM (Syndicat national des collèges modernes), SNET (Syndicat national de l’enseignement technique) et SNES (Syndicat national de l’enseignement secondaire) dont il était adhérent, mais sans y prendre de responsabilité. Se posait en effet la question du rapport entre ces syndicats et l’UFU, au comité directeur duquel siégeaient leurs secrétaires généraux. Lors de son second congrès, en mars 1945, le FNU s’était transformé en UFU, après avoir fusionné avec les comités nationaux de professeurs et d’instituteurs de la zone Sud et s’être rapproché de l’Union nationale des intellectuels français créée en janvier 1945 et présidée par Georges Duhamel. Lablénie conserva la présidence de l’UFU et devint membre du comité directeur de l’UNI, mais rencontra vite des oppositions aux orientations qu’il souhaitait maintenir au mouvement issu de la Résistance.

En mai 1945, il convoqua une réunion des militants communistes de l’UFU, à laquelle André Voguet*, René Maublanc et Jean Roulon, qui étaient en désaccord avec lui, ne se rendirent pas. Il expliqua que la création de l’UFU avait été décidée d’en haut et avait été mal acceptée par la base de l’ex-FNU. Il souligna que les camarades chargés de faire la liaison avec la direction du parti (Pierre Villon, Georges Cogniot) n’avaient pas compris que l’UFU qui comptait 15 000 adhérents n’était pas le parti qui n’en rassemblait que quelques centaines. Une fracture s’était en effet manifestée entre ceux qui, comme Zazzo et lui, défendaient une orientation large et unitaire de la Résistance et ceux qui estimaient que le temps était venu de faire la part entre les alliés et les adversaires, notamment les chrétiens-démocrates. Il estima que le parti avait tout intérêt « à conserver un immense mouvement (…) premier de ce genre dans l’Université et qui a l’avantage qu’il est complètement dirigé par nous. » Il présenta donc sa démission de la présidence et fut remplacé un peu plus tard par Jean Orcel, professeur au Muséum, alors non-communiste. Au début de l’année suivante, il démissionna également de la direction de l’UNI.

À partir de cette époque, Lablénie fut marginalisé dans son parti et la condamnation par Roger Garaudy du « sectarisme de l’unité » de certains intellectuels au congrès du PCF de juin 1947 le visait certainement, et peut-être Joliot-Curie lui-même qui venait de démissionner de la direction de l’UNI quelques jours plus tôt.

En 1947, Edmond Lablénie participa à la création de l’ACREN (Association des anciens combattants de la résistance de l’Education nationale), afin de poursuivre l’action pour la reconnaissance de la lutte menée et pour conduire l’épuration à son terme. Cette même année, le 8 mai, il fut décoré de la Légion d’honneur à la Sorbonne par le recteur Gustave Roussy, en présence d’une assistance choisie, dont le directeur de l’ENS, le doyen de la faculté des lettres, Choley, plusieurs inspecteurs généraux, le président du Conseil supérieur d’enquête, Petot… et son camarade et ami Roger Allègre, responsable militaire du Front national universitaire, qui prononça un discours. Ce fut sans doute vers cette époque que l’un et l’autre quittèrent le PCF. De son côté, son épouse avait obtenu la croix de guerre avec étoile de bronze en mai 1947, et plus tard en janvier 1983, le ministre de la Défense, Charles Hernu, lui attribua la croix du combattant volontaire avec barrette « Guerre 1939-1945 ».

En 1948, c’est en homme inquiet que Lablénie mesurait les limites de certaines réalisations et le retour aux pratiques du passé. L’éclatement de l’unité de la résistance universitaire soumise aux divisions politiques, sur fond de début de la guerre froide, le rendit très amer. Il avait repris un poste de professeur de 1ère au lycée Jacques Decour à la rentrée 1945, estimant que l’inspection l’avait sanctionné d’une certaine manière en ne lui confiant pas une classe préparatoire. Son refus de toute inspection par des « inspecteurs mal blanchis », affirmée publiquement dans un article de Franc-Tireur du 3 mars 1948, créa un trouble dans le monde universitaire. Alors débuta « l’affaire Lablénie ». Le 12 avril, il demanda une audience au Directeur de l’enseignement secondaire, Monod, s’inquiétant « de l’offensive générale de tous les traîtres de Vichy et de leurs amis ». Il reprocha à Raoul Binon, dernier secrétaire général du SNALCC en 1940 et premier co-secrétaire général du SNES en 1944, devenu inspecteur d’académie à Paris, d’avoir porté la francisque en 1941. Ce dernier répliqua, en demandant la convocation d’un jury d’honneur qui le lava de tout soupçon en octobre 1948. Edmond Lablénie fut inculpé d’outrage à un ministre pour avoir dénoncé le rôle pendant la guerre, dans la construction du Mur de l’Atlantique, du Sous-secrétaire d’Etat à l’Éducation nationale, André Morice, maire de Nantes. Après un nouveau refus d’inspection, il fut suspendu de ses fonctions avec traitement, en mars 1949. Il refusa alors de comparaître devant la commission paritaire administrative nationale des agrégés. L’affaire divisait. S’il fut soutenu par la FEN et le SNES, mais sans éclat, ce ne fut pas le cas de ses collègues dans son propre lycée. Des pétitions pour ou contre circulèrent. Un article du Figaro (9 avril 1949) plaida pour son maintien en fonction. Une grève des cours d’une partie de ses élèves de première eut même lieu en sa faveur à la fin de l’année scolaire ; il bénéficiait en effet d’une grande popularité auprès d’eux, à la fois en tant que résistant et en tant que pédagogue ; il donna d’ailleurs des cours plusieurs fois par semaine chez lui à ceux qui refusaient de suivre l’enseignement de son remplaçant. À la rentrée d’octobre, devant la menace d’une sanction, Lablénie assouplit sa position dans une lettre au ministre, souhaitant que « l’autorité soit toujours sauvegardée, dans l’intérêt même de l’Université ». De sorte que le ministère annula la réunion du Conseil académique qui devait le sanctionner et il fut rétabli dans ses fonctions, en décembre 1949.

Ayant postulé pour une poste d’assistant à la Sorbonne, il finit par obtenir une charge de cours, mais sa nomination ne se fit pas sans problème, une pétition d’enseignants de droite ayant voulu s’y opposer, à laquelle répondit une contre pétition impulsée par Maurice Lacroix. En octobre 1950, le ministère le mit à la disposition du CNRS comme attaché de recherches pour terminer sa thèse, puis à la rentrée 1951, il reprit un poste de professeur de première au lycée Voltaire.

Edmond Lablénie fut très affecté par la mort accidentelle de son fils Claude, alors brillant étudiant en médecine, dans un accident de ski en Auvergne, en janvier 1963. Il se sépara de son épouse qui lui survécut longtemps (elle décéda le 5 janvier 2009, à 104 ans, à Tourrette-Levens (Alpes-Maritimes)), et eut pour compagne jusqu’à sa mort Jacqueline Bechet, divorcée de Claude Allègre en 1967, documentaliste au CNDP, rue d’Ulm à Paris. Il termina sa carrière au Centre national de l’enseignement par correspondance, enseigna en préparation au CAPES, écrivit des cours de didactique de l’enseignement des lettres publiés par la Société d’édition de l’enseignement supérieur et poursuivit ses recherches sur Montaigne, publiées sous l’égide de la Société des amis de Montaigne par la SEDES.

Personnage atypique, Lablénie, très déçu par les organisations politiques - pourries par le culte du chef - et syndicales - engluées dans le corporatisme -, publia en 1965 sous son pseudonyme de résistant, Max Dolmont, une brochure de 92 pages diffusée par le cercle Egalité de Neuilly, baptisée « …Et par mépris des Dieux ». Dans une succession de courtes réflexions et maximes, il y exposait une sorte de testament politique sur « la révolution égalitaire » dont il rêvait : « - Culture générale. Fonction spécialisée. Salaire égal. Direction collective. Discipline du travail. Liberté du loisir. – Pourquoi faire une révolution scientifique, si ce n’est pour l’amour ou par pitié de l’homme, et par mépris des dieux ? ».

Après cette date, tous ceux et celles qui furent ses proches, témoignaient qu’il ne souhaitait plus évoquer la période de la Résistance et de l’après Libération.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136208, notice LABLÉNIE Henri, Edmond, Gilbert (DOLMONT Max). par Alain Dalançon, Pierre Petremann , version mise en ligne le 7 février 2011, dernière modification le 17 janvier 2017.

Par Alain Dalançon, Pierre Petremann

Edmond Lablénie.
Edmond Lablénie.
Fin des années 40

ŒUVRE :
« L’énigme de la servitude volontaire », Revue du XVIe siècle, t. XVII,1930, p. 203-227. —« La vie poétique de Pierre Brach, seigneur de la Motte-Montussan », Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, t. XXIII,1930, p.193-202.
Aspects de la Résistance universitaire, ACREN, Bordeaux, Taffard, 1964.– Max Dolmont, …Et par mépris des dieux, Éditions du Cercle égalité, Bordeaux, impr. Taffard, 1965.
Recherches sur la technique des arts littéraires, SEDES, 1962.– Etudes littéraires, exercices pratiques, SEDES, 1964.
Essai sur le caractère de Montaigne, 1964.– Essais sur Montaigne, SEDES, 1967.– Montaigne, auteur de maximes, SEDES, 1968.

SOURCES : Arch. nat., F17/ 26574 et 27599. — Arch. IRHSES. — Notre droit, L’Université Libre, Cahiers de l’Université Libre n°2, décembre 1944. — Cinquante huit récits de la Résistance Universitaire. Publications de l’ACREN n°1, 1948. — « L’Université Libre, des enseignants dans la Résistance », Points de Repères n°24, IRHSES, décembre 2000. — Témoignage d’Albert Ouzoulias sur le 11 novembre 1940 in Les Fils de la nuit, Grasset 1975. — Résistance civile et militaire dans la France de Vichy, témoignage de Gilles Bernard Vachon sur E. Lablénie. — Un village martyr : Rouffignac, témoignage de Fernand Lablénie, (site internet www.perigord.tm.fr/2richess/.../rouffig.hym.~— Michel Pinault, Frédéric Joliot-Curie, O. Jacob, 2000, p. 399-400, et version longue de sa thèse, notamment commentaire du rapport de Lablénie sur la réunion du 18 mai 1945, 9 p. dactylographiées et un addendum, Arch. ESPCI, fonds Langevin l 57/16. — Renseignements et documents fournis par son petit neveu, Claude Lablénie, sa petite nièce Françoise Lablénie, sa compagne, Jacqueline Béchet. — Notes de Jacques Girault.

ICONOGRAPHIE : Edmond Lablénie à la fin des années 1940 ou au début des années 1950.

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