TVERITINOFF Alexandre

Par Daniel Grason

Né le 19 juillet 1897 à Riazan (Russie, URSS, Fédération de Russie), mort en 1942 au Goulag soviétique ; secrétaire et trésorier de l’Union des amis de la patrie soviétique.

Alexandre Tveritinoff était le fils d’Alexandre et de Zénaïde Storipine, réfugié russe, il était marié avec Sarah Crivaïa, née le 8 février 1904, à Cetatea (Roumanie), de confession Juive. Ils étaient sans enfant. Il était arrivé en France, en 1924. Il habitait depuis 1930, 50 rue Falguière, Paris XVe arr. et exerçait la profession de chauffeur de taxi à son compte. Il avait déménagé et demeurait 1, rue du Four, à Paris VIe arr., à deux pas du siège de l’Union des amis de la patrie soviétique.

En novembre 1924, des anciens combattants du contingent russe en France de la guerre 1914-1918 se regroupèrent. Une association fut déclarée en Préfecture de Police le 16 janvier 1925 sous le nom de Union de rapatriement, son siège était fixé 4 rue du Dragon, VIe arr. à Paris, puis au numéro 24 de la même rue, puis au 32, pour revenir au 24 du 1er février 1930 au 15 octobre 1932. Ensuite le siège de l’association fut fixé au 12, rue de Buci dans le même arrondissement.

Le président de l’association était Paul Belooussoff, son rôle était honorifique. L’homme fort était Alexandre Tveritinoff, secrétaire général et trésorier, homme de confiance de l’ambassade soviétique, c’était par lui que les subsides transitaient. Alexandre Tveritinoff s’était rallié au régime soviétique. Il avait remisé sa casquette de chauffeur de taxi, pour celui de permanent de l’association.

L’objet de l’association qu’Alexandre Tveritinoff dirigeait avait pour but de regrouper les émigrés russes désireux de regagner la mère patrie, l’ex-Russie impériale était devenue après la révolution de 1917, l’URSS. La nostalgie du pays était très forte dans la communauté Russe. Ils étaient très présents à Boulogne-Billancourt et à Clichy (Seine, Hauts-de-Seine), dans la première ville, les usines Renault y étaient installées et dans l’autre, les usines Citroën, Citroën était aussi à Levallois-Perret, ainsi que les garages de taxis, dont la compagnie G 7. Le syndicat CGT des cochers chauffeurs étaient très influents chez les chauffeurs de taxis, le secrétaire général était Léon Depollier dit Léon Girault.

L’Union de rapatriement constituait un centre d’information qui renseignait les autorités soviétiques et surveillait les Russes blancs. L’association et ses dirigeants firent l’objet de plusieurs rapports des inspecteurs des Renseignements généraux, retraçant l’activité de l’association depuis son origine. La propagande de l’Union de rapatriement n’était pas sans impact, quelques milliers de russes seraient retournés en URSS dans les années vingt par son entremise. L’association vivait des cotisations de ses adhérents et des bénéfices de deux soirées artistiques organisées chaque année à la salle des Horticulteurs. L’ambassade versait une subvention mensuelle dont le montant était inconnu des simples adhérents.

Au fil des ans, des mesures d’expulsions avaient été prises par les autorités françaises à l’égard de plusieurs associations annexes de l’Union de rapatriement : l’Union des ouvriers russes, fondée en 1925 et son Groupe cosaque ; l’Union des étudiants de l’URSS, créé le 1er novembre 1934 et le Comité intersyndical national russe contrôlé par la CGTU. En 1928, ces cinq associations aux buts semblables fusionnaient pour donner naissance à une Union des citoyens soviétiques en France et des sympathisants. Un service de correspondants ouvriers (Rabcors) fut institué. Les adhérents devaient remplir un questionnaire individuel, afin d’éviter l’entrée d’éléments monarchistes.

Cette nouvelle structure ne donna pas les résultats qu’escomptaient les initiateurs. En décembre 1929, l’Union de rapatriement renaissait. Son activité était essentiellement consacrée à la propagande en faveur du régime soviétique. Le 20 mars 1937, à l’issue d’une assemblée générale de cent cinquante membres, il était décidé de renforcer dans l’intitulé le caractère patriotique de l’organisation. Elle devint l’Union des amis de la patrie soviétique. Elle comptait officiellement six cents membres dont deux cents en région parisienne, elle éditait une revue mensuelle Notre Patrie.

Pendant la guerre d’Espagne, plusieurs membres de l’association s’engagèrent dans les Brigades internationales, dont Georges Chibanoff, Léon Narvitch et Constantin Koupavkine. Lors du rapatriement des brigadistes russes, André Marty remis au consul de l’Union soviétique à Barcelone, ainsi qu’à Alexandre Tveritinoff, leurs dossiers.

La police judiciaire avait entendu Alexandre Tveritinoff concernant en tant que témoin dans le dossier concernant l’assassinat le 4 septembre 1937, par des tueurs des services secrets soviétiques, de l’agent du Komintern Ignace Reiss, près de Lausanne (Suisse).

L’Union des amis de la patrie soviétique fut dissoute le 4 avril 1940, en application des dispositions du décret du 26 septembre 1939, sur les organisations communistes. Des scellés furent apposés sur les portes d’entrées des locaux. Son président depuis 1925, Paul Belooussoff, marié à une française vivait en France depuis vingt-deux ans, il fut expulsé vers Leningrad en Union soviétique dès le 30 avril 1939 et fut envoyé au Goulag l’année suivante. Quant à Alexandre Tveritinoff, un arrêté d’expulsion du 16 juin 1939 le mettait en demeure de quitter le territoire français, en raison de son activité politique. Il quitta la France en août 1939, déclarant qu’il se rendait en URSS.
Il fut arr^té et mourut au Goulag en 1942.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136175, notice TVERITINOFF Alexandre par Daniel Grason, version mise en ligne le 28 janvier 2011, dernière modification le 10 décembre 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo GA U1. – Marina Gorboff, La Russie fantôme. L’émigration russe de 1920 à 1950, L’Age d’Homme, 1995. – Pierre Broué, Histoire de l’Internationale communiste. 1919-1943, Fayard, 1997. — RGASPI, pas de dossier du Komintern à son nom, sans doute parce qu’il relevait d’un autre contrôle que celui du Komintern. — Affaire de Tveritinoff GARF - ГАРФ. 10035. Оп. 1. Д. № П-55922. — Notes de Alexei Vovk, décembre 2018.

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