NARVITCH Léon

Par Daniel Grason

Né en 1911 en Ukraine, assassiné le 10 février 1938 à Barcelone (Espagne) ; militant communiste ; membre de l’Union des amis de la patrie soviétique ; volontaire en Espagne républicaine ; chargé d’une mission d’infiltration dans le POUM et semble-t-il démasqué.

Le père de Léon Narvitch était membre du Parti bolchevick, commissaire aux impôts en Biélorussie, il fut assassiné en 1921 par des koulaks, selon son fils Léon. Léon Narvitch mena pendant plusieurs années, une vie errante. Il alla à Odessa et prit un bateau à destination de Dantzig, puis se fixa à Grodno (Pologne). Il participa en 1926 avec des jeunes communistes à un mouvement de protestation de chômeurs, arrêté, il resta trois mois en prison. Expulsé, il partit pour Brême (Allemagne) où il travailla au Club international des marins jusqu’en 1931. Embarqué comme marin sur un navire, il fut bloqué à terre pendant trois mois en Afrique du Nord.

En 1932, il participa à des grèves dans le Borinage (Belgique). Expulsé, il se réfugia à Anvers où il travailla parmi les marins et fut secrétaire d’une association clandestine des ouvriers russes et ukrainiens émigrés. La police découvrit l’organisation, Léon Narvitch croupit huit mois en prison. Il fut libéré à la suite d’une amnistie. Il partit en France, adhéra au Parti communiste de France et fut organisé dans sa sous-section russe, à Paris.

Dès le 8 août 1936, Léon Narvitch était en Espagne envoyé par le Parti communiste de France. Son parcours comporte de nombreuses lacunes du fait d’une activité secrète. Il combattit sur le front de Huesca comme instructeur des mitrailleurs, auprès d’un groupe d’artillerie. Il fut affecté à la XIVe Brigade, bataillon Commune de Paris en tant que commissaire de compagnie, il prit part aux combats de Casa de Campo.

Blessé aux poumons, le capitaine Léon Narvitch bénéficia d’une permission le 23 octobre 1937, il donna comme destination le 12, rue de Buci, Paris VIe arr. siège de l’Union des amis de la patrie soviétique voir Paul Belooussoff. La direction de la base d’Albacete avertit par lettre André Heussler de son retour en France.

Le Service d’investigation militaire (SIM), dirigé par le Yougoslave Vlajko Begović dit Vladimir Stefanović, chargea Léon Narvitch de repérer les organisations qui à Barcelone démoralisaient les brigadistes et les incitaient à déserter.

Une mission plus périlleuse lui fut confiée, infiltrer les trotskistes et le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) et particulièrement son comité exécutif militaire.

Ceux-ci étaient soupçonnés d’avoir organisé des brigadistes de la XIIe et XIVe Brigade internationale. Léon Narvitch avait réussi à se faire passer pour un sympathisant du POUM de la XIIe Brigade sous le nom de Léon Druan, il recevait du courrier du POUM à une adresse fictive. De fait, il jouait le rôle d’agent provocateur. Pour cette mission, outre Vlajko Begović dit Vladimir Stefanović, il était aussi en liaison avec Luigi Longo dit Gallo, inspecteur général des Brigades internationales. Léon Narvitch fut démasqué grâce à une photo publiée dans la presse où il était près d’Enrique Lister, l’un des organisateurs de la Ve armée formée sous l’impulsion du parti communiste d’Espagne.

Le 10 février 1938, vers 22 heures 30, la police espagnole découvrait dans une rue de Barcelone, le corps sans vie de Léon Narvitch. Il avait été révolvérisé, touché à plusieurs reprises à la tête. Ce qu’il portait sur lui, documents personnels, argent, arme, rien n’avait disparu. Il était au moment de sa disparition membre de la XIIIe Brigade Internationale, 4e bataillon, 1ère compagnie. Un fonctionnaire du Ministère de la Justice espagnole informa le 12 février, la Délégation des Brigades internationales du meurtre La police espagnole arrêta une douzaine de membres du POUM. Plusieurs furent relâchés, faute de preuves ; pour trois autres la peine de mort fut requise mais ils réussirent à s’évader lors de la débâcle. Voir Domenico Sedran, dit Carlini et Munis.

Le 5 août 1940, Eduardo D’Onofrio dit Edo, commenta sobrement dans un rapport le parcours de Léon Narvitch par ces mots : « est tombé comme un combattant victime de son devoir dans un travail important, mais très dangereux ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136173, notice NARVITCH Léon par Daniel Grason, version mise en ligne le 26 janvier 2011, dernière modification le 25 juin 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : RGASPI 545.6.748, BDIC mfm 880/39 ; RGASPI 545.2.39, BDIC mfm 880/46. - Pierre Broué, Staline et la révolution. Le cas espagnol, Fayard, 1993. Pierre Broué, Histoire de l’Internationale communiste. 1919-1943, Fayard, 1997. — Sous la direction de Roger Bourderon, La guerre d’Espagne. L’histoire, les lendemains, la mémoire, Tallandier 2007.

Version imprimable Signaler un complément