LAFON Albert, écrit parfois LAFONT Albert

Par Daniel Grason

Né le 28 novembre 1909 à Paris (XVe arr), mort le 21 juin 1944 à Fontaine-Mâcon (Aube) ; ouvrier serrurier, métallurgiste ; militant communiste ; secrétaire de la région Paris Ouest des Jeunesses communistes ; membre du comité central de la Fédération des Jeunesses communistes de France ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant FTPF.

Albert Lafon, photographie de sa fiche de police pendant l’Occupation
Albert Lafon, photographie de sa fiche de police pendant l’Occupation

Fils de Jean Lafon, palefrenier et de Constance, née Pavaut, Albert Lafon habitait 3, rue Frédérik-Magisson Paris XVe arr. (Seine). Ouvrier serrurier, il travaillait en 1928 aux établissements Jacquemet et Mesnet 92-98 rue de la Convention (XVe arr.). Il adhéra au Parti communiste en 1930, mais il avait été arrêté le 4 août 1928 lors d’une manifestation suivant un meeting du PC au cirque de Paris et avait été relaxé.
Il effectua son service militaire dans les services auxiliaires de l’infanterie et fut été rendu à la vie civile en octobre 1932. Inscrit au bureau du chômage du XVe jusqu’au 4 janvier 1933, il fut embauché chez Citroën comme manœuvre spécialisé, mais fut licencié le 31 mai suivant pour fait de grève.
Le 10 novembre 1933 vers 15 heures une manifestation des chômeurs d’une vingtaine de chômeurs du XVe qui s’étaient rendu en délégation à l’usine La Précision moderne, 15 rue des Berges. Une délégation de trois militants syndicalistes de la CGTU dont Albert Lafon, conduite par Jean-Pierre Timbaud demanda à être reçue par la direction. Celle-ci refusa, l’identité des trois militants Henri Loué, Henri Carron et Albert Lafon fut contrôlée au commissariat de Javel. Cette arrestation n’eut aucune suite judiciaire. Albert Lafon était secrétaire de la cellule Letellier du XVe arrondissement.
Il alterna ensuite divers emplois et des périodes de chômage jusqu’à son embauche comme cantonnier auxiliaire par la municipalité de Gennevilliers le 3 juin 1935.
Il intervint à la conférence de la banlieue ouest du Parti communiste des 4 et 5 janvier 1936 à Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Il rappelait que la Fédération des Jeunesses communistes de France faisait des propositions d’unité à la Jeunesse socialiste. Il faisait part des difficultés rencontrées en Région parisienne où, selon lui, les éléments trotskistes sabotaient l’unité d’action réalisée. Il appelait à « unir tous les jeunes de notre pays pour la conquête de leur avenir ».
Métallurgiste de profession, Il fut élu membre du comité central des Jeunesses communistes lors du VIIIe congrès tenu à Marseille, en mars 1936 et secrétaire régional pour Paris-Ouest.
Lors des grèves de 1936, il déploya une grande activité pour implanter l’organisation des Jeunesses communistes dans les villes conquises par le Parti communiste lors des élections municipales de 1935 et des législatives d’avril et mai 1936.
Dans un éditorial de septembre 1936 du Prolétaire d’Argenteuil, il condamnait le blocus dont était victime l’Espagne républicaine. Il appelait à développer la solidarité : « Nous ne connaissons aucun ennemi dans les rangs de la jeunesse laborieuse, et nous travaillerons de tout notre cœur à réaliser l’union de la jeunesse française, cette admirable et généreuse jeunesse à qui les glorieuses traditions du passé dictent l’impérieux devoir de s’unir au peuple pour combattre les représentants du vieux monde qui rêvent d’instaurer en France, une bestiale dictature fasciste ».
Lors du IVe Congrès des Jeunesses communistes de Paris Ouest, tenu en décembre 1936, Albert Lafon fit part d’un début d’implantation de la JC dans les entreprises, sous la forme d’amicales. De jeunes délégués de Renault, Farman à Boulogne-Billancourt, Bloch à Courbevoie et Chausson à Asnières en faisaient part.
Albert Lafon, dans un éditorial de La Voix Populaire, en janvier 1937, définissait le « trotskisme agent du fascisme international », comme étant « l’allié du fascisme le plus dangereux parce que caché bien souvent dans les rangs des organisations ouvrières », ceci au moment où se déroulait le deuxième procès de Moscou « des saboteurs et trotskystes assassins » (quatorze condamnations à mort).
Il fit partie des cadres permanents de la Fédération des Jeunesses communistes de France envoyés en Espagne où il arriva le 27 février 1937. Il fut affecté comme commissaire politique adjoint de la Base d’Albacete, puis commissaire politique du 9e bataillon à la XVe Brigade. Une courte appréciation était portée sur son activité : « A déjà démontré de quoi il est capable, vit en très bonne harmonie avec le commandant du bataillon ».
Albert Lafon épousa Suzanne, Marie, Pierrette Apied le 8 janvier 1938 en mairie d’Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), le couple eut un enfant et habita avec les parents de la mariée 27 rue de la Justice à Argenteuil. Mobilisé au 503e Régiment de Chars d’assauts, à Versailles (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), il avait été arrêté en compagnie de René Liénart le 13 mai 1940 à Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine) pour diffusion et distribution de tracts et reconstitution de cellules du parti dans la région de Nanterre. Des tracts édités par le parti communiste furent saisis à son domicile, il reconnut en avoir distribué. Il avait été mis à la disposition de la justice militaire le 29 mai.
Sa fiche de police de l’Occupation indiquait : « dernier domicile connu : 27, rue de la Justice à Argenteuil. Ex-membre du bureau de la Fédération des Jeunesses communistes. Ex. membre du groupement de jeunes Gardes antifascistes. Ex-commissaire politique de la 14e Brigade Internationale en Espagne. Arrêté le 14 mai 1940 pour propagande communiste. A été libéré sur l’ordre des Autorités Allemandes le 26 juin 1940. »
Il quitta son domicile et passa dans la clandestinité en octobre 1941. La police le suspecta un moment d’avoir été envoyé comme responsable régional JC dans la région de Marseille, le confondant avec Pierre Georges.
Pendant la guerre, Albert Lafon, dit Rivoire, participa à la Résistance dans le département de l’Aube. Il commanda l’éphémère maquis FTPF de Rigny-la-Nonneuse, à une douzaine de kilomètres, au sud de Romilly-sur-Seine (Aube).
En mai 1944, des éléments venant de Romilly-sur-Seine et de Sauvage sous le commandement du lieutenant Impérial (Joseph) constituérent un maquis dans la forêt de Traconne. Le maquis fut reconstitué le 3 juin 1944 à Rigny-la-Nonneuse sous la responsabilité du capitaine Lafon, du lieutenant Claude et du sous-lieutenant Maurice Camuset dit Ariel, futur maire de Romilly, des éléments du maquis des Vignaux (lieutenant Guérin) les rejoignirent et l’ensemble prit le nom de Compagnie France. Le 14 juin, ils étaient cent vingt-deux lorsque les Allemands attaquèrent, appuyés par les Groupes mobiles de réserves (GMR). Albert Lafon fut grièvement blessé. Aussitôt évacué, il fut recueilli par un couple de cultivateurs et soigné. Il décéda le 21 juin 1944 » au domicile de Paul Gilbert des suites des blessures reçues le 14 juin dans un combat contre les Allemands. » Le couple de cultivateurs qui avait recueilli Lafon l’enterra dans le jardin.
Le 19 septembre 1944, son corps fut exhumé lors d’une cérémonie officielle.
Le nom d’Albert Lafon, orthographié « Lafont » figure sur la liste « Maquis Compagnie France » du monument dédié aux FTPF-FFI qui a été érigé à Rigny-la-Nonneuse (Aube). Au-dessus de l’inscription « Aux FTPF-FFI de la région morts pour la France 1940-1944 » se dresse une sculpture de pierre représentant deux maquisards équipés de mitraillettes.
Albert Lafon a été déclaré « Mort pour la France » et homologué au titre des FFI.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136159, notice LAFON Albert, écrit parfois LAFONT Albert par Daniel Grason, version mise en ligne le 9 décembre 2017, dernière modification le 16 octobre 2018.

Par Daniel Grason

Albert Lafon, photographie de sa fiche de police pendant l’Occupation
Albert Lafon, photographie de sa fiche de police pendant l’Occupation
Albert Lafon en juin 1936 au bal des travailleurs de l’entreprise Centre Tirage Maurice (CTM) à Gennevilliers.
Albert Lafon en juin 1936 au bal des travailleurs de l’entreprise Centre Tirage Maurice (CTM) à Gennevilliers.
Sur le monument de Rigny-la-Nonneuse
Sur le monument de Rigny-la-Nonneuse

SOURCES : Arch. dép. Bouches-du-Rhône 1269 W 1, rapport de la préfecture de police de Paris du 14 novembre 1941 et rapport de la police judiciaire du 9 janvier 1942. – Arch. PPo. CB 90.30 (main courante du commissariat de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine), 1W 771. – Compte rendu de la sixième conférence régionale Paris-ouest des Jeunesses communistes, Argenteuil, 4-5 décembre 1937. – Jacques Varin, Jeunes comme JC, op. cit. – Le Travailleur de la banlieue-Ouest 12 décembre 1936. – Le Prolétaire d’Argenteuil 10 janvier 1936. – la Voix populaire (édition de Colombes, Courbevoie) 11 septembre 1936, 29 janvier 1937. L’Avant-Garde, décembre 1938 (liste des membres des Jeunesses communistes en Espagne). – La Dépêche de l’Aube, n° 1084 du 1er juillet 2010. – Site CRDP Champagne Ardennes, lieux de mémoire (photographies), Jean-Pierre Husson. – « La Résistance dans l’Aube », CRDP de Champagne-Ardenne et AERI, 2010, fiche rédigée par Sylvain Boulouque et Sébastien Touffu (avec photographie). – Arch. RGASPI, le dossier 495 270 1026 au nom de Lafont Albert doit correspondre à Lafon Albert (pas encore consulté) ; Arch. RGASPI 545.6.1255, BDIC mfm 880/1 ; RGASPI 545.6.1255, BDIC mfm 880/21 ; RGASPI 545.6.1039 liste des Brigadistes français en Espagne républicaine. – SHD, Caen AC 21 P 67477. – Bureau Résistance GR 16 P 329292. – État civil de Fontaine-Mâcon. – État civil numérisé Paris XVe arr. 15 N 200 acte 3448. – Notes de Jean-Pierre Besse et Jean-Marie Guillon.

PHOTOGRAPHIE : Arch. Municipales de Gennevilliers.

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