GUÉRIN Alexandre

Par Philippe Darriulat

Né à Troyes le 21 février 1824, mort à Paris le 7 septembre 1888. Chansonnier.

Fils d’un tisserand de Troyes, il fait ses études à l’école mutuelle où il s’illustre particulièrement, ce qui lui permet, lorsqu’il arrive à Paris, de prendre un emploi de comptable. Il fréquente tout de suite les goguettes, notamment les Amis de la vigne et surtout les Animaux, où il se fait remarquer et se lie avec Charles Gille. Il entre à la Lice chansonnière en 1845. A cette époque il fait surtout des romances mais ne dédaigne pas la chanson d’actualité. Dans La Chanson personnifiée, il affirme la nécessité pour le chansonnier de chercher le succès populaire en distrayant ses auditeurs : « Veux-tu vraiment te montrer populaire,/ N’écoute point les conseils vaniteux ;/ Au carrefour, bon ange tutélaire,/ Matin et soir, va faire des heureux. » Au lendemain de la Révolution de 1848, comme la plupart de ses confrères, il concentre toute son attention créative sur les événements en cours. Il publie alors notamment dans La Voix du peuple ou les républicaines de 1848 (« Le Soleil s’est levé », « Le Peuple et le Christ » « Les Soldats de la République »). Il y développe les thèmes habituels des chansonniers proches des démocrates-socialistes, en se distinguant cependant par une sympathie très appuyée pour les insurgés de juin. Dans Les Soldats de la République il s’en prend aux « z’héros » qui ont écrasé les émeutiers, et traite de « grands coquins » les soldats « de la mobile ». Dans Boichot aux femmes du peuple, il qualifie les soldats qui ont assuré la répression de « pantins qui tournent à tous vents », de « prétendus braves », de « mannequins vivants » et lance « Le soldat-peuple, en valet déguisé/ Porte lui-même une main criminelle/ Sur notre front que son arme a brisé ». Cette dernière chanson est saisie, mais Guérin n’est pas inquiété outre mesure. Il écrit aussi des couplets en l’honneur des ouvriers qui consacrent leurs loisirs à écrire des vers (L’Artiste-ouvrier), mais aussi pour fêter les élections complémentaires du 10 mars 1850 considérées comme un succès de l’extrême gauche (Au peuple la victoire électorale, 10 mars 1850, Paris, Cassanet, 1850). Un petit recueil de ses œuvres est imprimé en 1851 (Album populaire, chansons et poésies d’Alexandre Guérin (de Troyes), extrait de ses différentes publications et de son répertoire inédit). Il n’est pas poursuivi au lendemain du coup d’Etat, et continue de vivre de ses revenus de comptable tout en écrivant des chansons où la note politique et maintenant bannie. Du 30 décembre 1855 au 7 décembre 1856, il dirige avec Louis Lavedan, L’Aigle, journal non politique, un hebdomadaire dont cinquante numéros voient le jour et qui prétend traiter d’à peu près tous les sujets (« histoire, biographies, poésie, sciences, voyages, nouvelles, satires, chroniques, musique, théâtres, nouvelles à la main, industrie, beaux-arts, modes. ») Guérin y assure la promotion de ses camarades chansonniers et Joseph Lavergne publie même un de ses articles comme introduction à La Muse plébéienne de 1856. Le directeur de L’Aigle s’y lance dans un long plaidoyer en faveurs des chansons des ateliers qu’il juge supérieures à tous les autres genres. D’après Bachimont il aurait alors renoncé à ses idées révolutionnaires et serait devenu un peu religieux comme en témoignerait une chanson de 1859.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136147, notice GUÉRIN Alexandre par Philippe Darriulat, version mise en ligne le 15 janvier 2011, dernière modification le 24 août 2017.

Par Philippe Darriulat

SOURCES et bibliographie : AN, ABXIX 718 (collection Bachimont). — Philippe Darriulat, La Muse du peuple, chansons sociales et politiques en France 1815-1871, Rennes, PUR, 2010. — Pierre-Léonce Imbert, La Goguette et les goguettiers, étude parisienne, 3e édition, Paris 1873. — Joseph Lavergne, La Muse plébéienne, quatrième volume, Paris 1866.

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