AVENEL Paul

Par Philippe Darriulat

Né à Chaumont-en-Vexin le 9 octobre 1823, mort à Bougival 14 avril 1902, auteur dramatique et chansonnier.

Paul Avenel
Paul Avenel
Cliché fourni par Philippe Darriulat

Petit-fils d’un riche fermier du pays de Caux, fils d’un notaire reconnu et cofondateur du Journal du notariat, Paul Avenel, à qui l’on promet une carrière dans le commerce ou le notariat, préfère s’engager dans des études de médecine. À l’université il s’implique dans la vie étudiante dans ses aspects « bons vivants » - il donne en 1857 un témoignage du quotidien des « écoles » à la fin de la monarchie de Juillet - comme dans ses aspects plus politiques. Il fréquente alors les milieux républicains et collabore, avec Louis Blanc, à L’Avant-garde, journal des écoles qui parait de janvier 1848 à mars 1850. À ce titre, il participe aux manifestations de solidarité avec Michelet et Quinet de février 1848. Il est donc toujours étudiant lorsque surviennent les journées de février 1848, on le voit sur les barricades et il est même blessé lors de la prise des Tuileries. Ces événements lui inspirent deux chansons : Le vingt-quatre février ou le maître et le valet et La Liberté de l’Europe. Avec six de ses camarades il décide d’aller les interpréter le soir dans les rues de Paris : quatre étudiants jouant d’un instrument pendant que les trois autres, dont Paul Avenel, chantent. À partir de cette date il abandonne ses ambitions médicales et se consacre presque exclusivement à l’écriture de pièces de théâtre, de poèmes et de chansons. Il est encouragé dans cette voie par ses nouveaux amis : Pierre Dupont et Lachambeaudie. À partir de 1849, et jusqu’au 26 février 1851 il est rédacteur en chef du Daguerréotype théâtral, un bimensuel « reproduisant les principaux types, costumes et tableaux des pièces à succès ». Ces activités ne sont pas suffisantes pour lui permettre de vivre et il doit devenir employé dans une banque. Il participe alors à la Lice chansonnière et compose de très nombreuses chansons. Pendant le Second Empire il propose ses productions aux principaux cafés-concerts, notamment les Folies Bergères, à l’Eldorado, à l’Alcazar. Il s’agit de chansons légères et facétieuses comme Le Nez creux, Les Oranges, La Femme au chic et surtout Le pied qui r’mue, une paysannerie normande de 1863 qui connut un succès considérable et qui fut très sévèrement jugé par certains de ses contemporains. Jean-Baptiste Clément, notamment, voit dans ce titre le type de la chanson vulgaire écrite par un auteur ayant renoncé aux ambitions poétiques des chansonniers ouvriers de la monarchie de Juillet : « Nos pères nous ont laissé la Carmagnole et la Marseillaise, nous laisserons à nos fils Le Pied qui r’mue et les Pompiers de Nanterre… Nous allons bien : la chanson des lupanars fait oublier Béranger, Ponson du Terrail met Balzac dans sa poche, Offenbach fait siffler Wagner » (La Carmagnole, revue politique et satirique, Paris 1868. Les Pompiers de Nanterre est un succès de Philibert, Burani et Antonin Louis présenté à l’Alcazar en mars 1868). À la même époque il écrit, dans le même esprit « léger », plusieurs vaudevilles représentés dans les salles parisiennes. Il continue cependant de faire des chansons politiques d’inspiration républicaine qu’il présente en petit comité et publie au lendemain de la chute de l’Empire dans un recueil dont nous n’avons conservé qu’une seconde édition de 1872. Il s’agit essentiellement de titres témoignant de son opposition radicale à l’Empire. Il dénonce la personnalité de l’empereur et de ses courtisans (La Cour du roi Pétaud, L’homme décembre, Sedan la culbute du Second Empire, L’Aigle-vautour…), les folles dépenses et l’immoralité de la fête impériale (Nini chignon, L’Empire c’est la paix, Les Comptes fantastiques d’Haussmann), les libertés étouffées et la répression (Martin Bidauré, Le Chant du père Giraud, Le Retour du déporté, Le Candidat officiel, Les Casse-têtes…), salue les martyrs de la cause républicaine (Les Funérailles de Victor Noir, La Vache à Gambon, La Mort d’Armand Barbès…), s’affirme libre-penseur (La libre-pensée), se moque des bourgeois (Le bon bourgeois), du ralliement d’Émile Ollivier (Le Plébiscite, Émile au cabinet) et écrit des couplets pour servir de propagande électorale lors des élections de 1869 (Le Réveil : « L’ouvrier rit et le bourgeois a peur » quand « un peuple se réveille »). Pendant la guerre franco-prussienne et le siège il écrit plusieurs chansons patriotiques (Les Maris du plateau d’Avron, Paris livré), mais reste silencieux sur le Commune. Il est alors propriétaire à Bougival et suffisamment fortuné pour avoir un jardinier à son service. Ce dernier, François Debergue, un ancien sergent de ligne, est fusillé par les Prussiens pour avoir coupé les fils télégraphiques dans le but d’interrompre les communications de l’occupant (Les Prussiens à Bougival, mémoire d’un pillé, Paris, A. Sagnier, 1873). Paul Avenel écrit une élégie en son honneur. Il est aussi un des premiers chansonniers de cette époque à avoir osé remettre en cause La Gloire de Béranger à qui il reproche son rôle dans la construction de la légende impériale (Les Statues, Le poète national). Sous la IIIe République, il continue d’écrire des vaudevilles, quelques romans ou contes, et publie ses chansons dans plusieurs recueils. En 1878 il compose une cantate à la gloire de Voltaire pour le centenaire de la mort du philosophe. Cette composition intéresse le directeur de l’Eldorado qui souhaite la faire interpréter dans ce célèbre café-concert. Il finit cependant par y renoncer après que les commémorations en l’honneur de Voltaire ont été l’objet de violents polémiques menées par Mgr Dupanloup qui souhaite empêcher des manifestations aux évidentes tonalités anticléricales. Finalement, le 30 mai, la cantate d’Avenel, sur une musique de Charles Hubans, est interprétée par neuf-cents orphéonistes, au cirque Myers place de la République, à l’occasion de l’inauguration d’une statue de Voltaire. Paul Avenel est, à peu près à la même époque, président de la SACEM pour un mandant de quatre ans et préside à la fin de sa vie La Lice chansonnière, une société chantante à laquelle il est fidèle depuis de très nombreuses années. Son fils adoptif Henri Avenel est l’auteur, notamment, d’une Histoire de la presse française depuis 1789 et surtout d’une histoire biographique des principaux chansonniers du XIXe siècle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136129, notice AVENEL Paul par Philippe Darriulat, version mise en ligne le 13 janvier 2011, dernière modification le 25 septembre 2018.

Par Philippe Darriulat

Paul Avenel
Paul Avenel
Cliché fourni par Philippe Darriulat

ŒUVRES : Chants et chansons politiques de Paul Avenel, 2e édition, Paris, G. Guérin, 1872 . — Nouvelles chansons politiques de Paul Avenel, Paris, A. Le Chevalier, 1878 . — Chansons de Paul Avenel, 4e édition, Paris, chez tous les libraires, 1875. — Chants et chansons de Paul Avenel, 8e édition avec cinquante chansons nouvelles, Paris : Librairie moderne, 1889, Les Étudiants de Paris (1845-1847). La Société des malins. L’Homme sans tête, ou le Guillotiné stupéfait. La Tête d’âne, Paris, Charlieu, 1857.

SOURCES : AN : ABXIX 707(collection Bachimont), F18 1557, F18*(I) 62, F18*(I) 64. Henri Avenel Chansons et chansonniers, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1890. — Brécy Robert, La Chanson de la Commune, chansons et poèmes inspirés par la Commune de 1871, Paris Les Editions ouvrières 1991 . — Jean Touchard, La Gloire de Béranger, Paris Armand Collin, 1968 . — Jean-Claude Caron, Générations romantiques. Les étudiants de Paris et le quartier latin (1814-1851), Paris, Armand Colin, 1991.

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