LABARRE Roland, Emile.

Par Jacques Girault

Né le 26 juin 1925 à Montredon-des-Corbières (Aude) ; professeur ; militant communiste ; secrétaire général de France-Cuba.

Fils d’un petit viticulteur, propriétaire à partir de 1937, radical-socialiste, Roland Labarre reçut les premiers sacrements catholiques. Il cessa très vite toute pratique et se considéra « comme agnostique ». Après avoir fréquenté l’école publique de son village et obtenu le certificat d’études primaires, boursier à l’école primaire supérieure de Limoux (Aude), il fut reçu au concours de l’école normale et effectua sa scolarité d’élève-maître au lycée de Carcassonne. Elève au lycée Pierre de Fermat à Toulouse, il fut reçu, en 1945, aux concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure de l’enseignement technique et à l’ENS de Saint-Cloud qu’il choisit. A la Sorbonne, il obtint une licence d’espagnol en 1947 après un séjour d’un an en Espagne, puis un diplôme d’études supérieures d’Espagnol (1948) et un DES d’Histoire (1949) sur « La presse française et le projet d’intervention en Espagne de 1833 à 1836 ». Il fut reçu en 1949 au Certificat d’aptitude à l’enseignement dans les lycées et collèges, puis à l’agrégation d’espagnol en 1953. Il fut dispensé de service militaire comme toute la classe 1945, mais effectua en septembre 1953 sur la base de Cazaux une période militaire obligatoire d’un mois à la suite de laquelle il fut nommé sergent dans l’Armée de l’Air.

Labarre fut nommé professeur certifié à l’Ecole normale d’instituteurs de Foix (Ariège) en octobre 1950. En congé sans traitement en 1951-1952 pour préparer l’agrégation d’histoire, il échoua à l’oral et reprit son poste, puis, fut muté successivement comme professeur agrégé d’espagnol aux lycées Lakanal de Foix (1953-1955), Jacques Decour (1955-1960) à Paris, Marcel Roby (1960-1962) à Saint-Germain-en-Laye et au lycée mixte de Drancy (1962-1964). Il fut ensuite détaché comme assistant d’espagnol à la Faculté des lettres de Poitiers d’octobre 1964 à décembre 1968, puis il participa à la fondation de l’Université de Vincennes en janvier 1969, devenue Université de Paris VIII à Saint-Denis où il termina sa carrière comme maître de conférences d’Espagnol en 1990.

Labarre adhéra au Syndicat national de l’enseignement secondaire en entrant à l’ENS. Il milita par la suite activement dans les sections de ses établissements puis dans les rangs du SNESup.

Labarre se maria religieusement, « par simple complaisance » pour son épouse, en octobre 1948 à Saint-Cloud avec Louise Gaillard, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Fontenay-aux-Roses (1944, lettres). Le couple eut deux filles, se sépara en 1960 et divorça. Labarre se remaria en septembre 1968 à Poitiers (Vienne) avec Françoise Treil, ancienne élève de l‘ENS de Fontenay-aux-Roses (1960, lettres), assistante de littérature comparée à l’Université de Poitiers. Ils eurent deux fils.

En 1943, Labarre se rapprocha des communistes « par admiration pour le rôle de l’Union soviétique dans la lutte contre le nazisme ». Il rejoignit les jeunesses communistes au lycée de Toulouse pendant sa préparation au concours d’admission à l’E N S et adhéra au Parti communiste français à la cellule de l’école. A Foix, il devint un des dirigeants de la section départementale du Mouvement de la Paix, fut élu secrétaire de la section communiste de Foix du PCF en 1951 et fit partie du comité de la fédération communiste de 1954 jusqu’à son départ pour Paris en septembre 1955.

À Paris, Labarre milita dans la cellule communiste du lycée Jacques Decour et « accepta » de transporter clandestinement du matériel de propagande antifranquiste en Espagne par solidarité avec le Parti communiste espagnol. Puis, de 1958 à 1962 il assuma la direction de la section communiste de Saint-Germain-en-Laye, où il était domicilié, et assista notamment « avec ses adhérents au massacre du métro Charonne », le 8 février 1962.

Labarre fut candidat à des élections municipales à Foix et à Saint-Germain-en-Laye.

Labarre fut admis dans la section de politique extérieure du PCF de 1958 à 1964, sur la recommandation de Georges Fournial*, ami d’Emile Daraud, un des principaux dirigeants de la fédération communiste de l’Ariège. A l’été 1960, il renonça à rejoindre l’Université Humboldt à Berlin pour préparer la fondation de l’Association France-Cuba et s’en vit confier le secrétariat général, le 10 février 1961. Dès lors son activité militante se concentra sur cette Association : publication du périodique Cuba sí à partir d’avril 1961, organisation de la coopération, conférences à travers la France, articles de caractère politique ou culturel, traductions de textes politiques, direction de deux brigades de solidarité avec Cuba en 1973 et 1990. Il poursuivit son militantisme à France-Cuba dans le bureau national puis comme « simple collaborateur » à la rédaction de Cuba sí.

En 1962, Labarre collabora à l’ouvrage collectif Éveil aux Amériques, publié par les Éditions sociales avec une préface de Jacques Duclos. En 1964, il traduisit avec Georges Fournial, pour les Éditeurs français réunis, Bertillon 166, roman de José Soler Puig sur la lutte clandestine contre Batista à Santiago de Cuba. Il publia avec Georges Fournial De Monroë à Johnson, la politique des Etats-Unis en Amérique latine, aux Editions sociales en 1966. En 1968, Il participa à l’ouvrage collectif consacré à Cuba dans la collection « Les portes de la vie » aux Éditions du Burin. En 1972, il fit paraître, aux Éditions sociales, Fidel Castro au Chili. En 1975, il contribua à Cuba socialiste de A à Z, publié par André Carrel et Georges Fournial aux Éditions sociales. Il publia également des articles sur l’Amérique latine dans l’Humanité et les Cahiers du communisme.

Labarre quitta le PCF en 1996, « au terme de nombreux désaccords rentrés sur sa ligne politique depuis 1956 ». Il précisait dans son témoignage, « J’ai toujours été attaché au marxisme-léninisme et désapprouvé toutes les dérives qui ont conduit le PCF à y renoncer. »

Pendant son activité professionnelle, puis sa retraite, Labarre prépara en collaboration avec son épouse, Françoise Labarre, les éditions bilingues d’œuvres littéraires espagnoles des XVIe et XVIIe siècles : Le Timide à la Cour de Tirso de Molina (Paris, Aubier, 1983 et réédité en 1994), Le Chevalier d’Olmedo et Le Duc de Viseu de Lope de Vega, (Paris, Flammarion, GF 2003), Lazarillo de Tormes (satire anonyme du XVIe siècle qu’il a proposé d’attribuer à l’hétérodoxe espagnol Francisco de Enzinas), édité à Genève chez Droz en 2009. Il a également publié, outre une contribution à des documents sur l’Amérique latine, édités par EDESCO à Chambéry en 1955, plusieurs mises à jour sur l’Amérique latine dans l’Encyclopédie Universalis, des études critiques sur des écrivains de langue espagnole (Jorge Manrique, Cervantès, Lope de Vega, Tirso de Molina, José Martí, Alejo Carpentier) et sur des questions d’histoire (Phalange espagnole, missions jésuites du Paraguay, carrière mouvementée du sans-culotte Brutus Magnier, prétendue conspiration des esclaves de Cuba en 1844, échos de la révolution cubaine de 1933 dans la presse française et la Correspondance internationale).

Labarre contribua à fonder en 1985 à Morsang-sur-Orge, où il habitait depuis 1974, une Association de défense de l’environnement contre les nuisances aériennes qu’il dirigea jusqu’en 2008.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136119, notice LABARRE Roland, Emile. par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 janvier 2011, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Jacques Girault

SOURCES : Archives du Comité national du PCF. – Presse nationale. – Site Internet de France-Cuba. – Renseignements fournis par l’intéressé.

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