REVÉREAULT Antonin, Émile

Par Maurice Rouzier

Né le 3 avril 1902 à Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai (Deux-Sèvres), fusillé le 3 décembre 1942 au champ de tir de Biard, près de Poitiers (Vienne) ; cheminot ; militant communiste ; résistant.

Antonin Revéreault
Antonin Revéreault

Antonin Revéreault était le troisième d’une famille de dix enfants. Ses parents étaient des paysans pauvres et il alla très jeune travailler dans les fermes des environs. Puis la famille quitta le Bressuirais et s’installa dans une petite ferme située à Morton, dans le nord de la Vienne. Elle y élevait des chèvres et fabriquait des fromages.
Il rencontra Maria Guilbault, fille unique d’un couple d’agriculteurs des Trois-Moutiers (Vienne). Il se maria dans cette commune le 16 février 1924. Il travailla chez son beau-père, mais à la suite d’un différend entra dans les chemins de fer (1926) et partit à Achères (Seine-et-Oise, Yvelines) où son épouse le rejoignit. Le couple Revéreault y resta quatre ans, il eut deux enfants. De retour dans les Deux-Sèvres, à Thouars, en 1930, Antonin Revéreault adhéra au Parti communiste ; il milita avec Henri Barthélémy, figure emblématique du Thouarsais, et parraina l’adhésion de jeunes cheminots. Dès octobre 1939, il participa aux réunions du Parti communiste clandestin ; en 1941, il était l’un des responsables du triangle à l’organisation avec René Rouget et Marcel Maillet. Il eut la charge d’assurer la liaison et d’accompagner le groupe de la Jeunesse communiste constitué à l’usine d’aviation Rusz, dont les responsables étaient Maxime Bacquet et Jean Brunet ; d’autres jeunes y adhérèrent : Édouard Chénier, René Drapeau, Roger Gaucher, Jacques Marolleau, Jean Richet, etc. – groupe qui fut à l’origine de l’Organisation spéciale (OS) 680. Par ailleurs, il participa à la résistance des cheminots thouarsais dans Résistance-Fer. Son travail – il était roulant – lui permettait de transporter des armes et des tracts ; il participa également au sabotage d’une locomotive avec Jean Pouant.
Après le procès du groupe de l’OS en juillet 1942 devant le tribunal spécial près de la cour d’appel de Poitiers, il fut arrêté le 3 août. Selon sa fille, il s’y attendait, en raison de l’emprisonnement des jeunes, mais il avait refusé de se cacher pour éviter des représailles sur sa famille. Il fut incarcéré à Niort (Deux-Sèvres) le 10 août, puis transféré à Poitiers le 17 novembre pour le second procès, qui s’ouvrit le lendemain, devant le tribunal militaire de la Feldkommandantur 677 de Poitiers. Le procès dura jusqu’au 24 novembre.
Le 23 novembre, à la sortie de l’audience, Maria Revéreault put échanger un baiser avec son mari entre deux camions. Le 24 novembre, le tribunal prononça onze condamnations à mort : avec Antonin Revéreault furent condamnés Joseph Berthou, Yves Berthou, Jean Brunet, Germaine Brunet, Édouard Chénier, René Drapeau, Marcel Marolleau, Jean Richet, Simone Thibault, Julienne Wadoux. Maria Revéreault entrevit une dernière fois son mari le 2 décembre. La fusillade eut lieu le 3 décembre 1942 au champ de tir de Biard. Les trois femmes virent leur peine commuée et furent déportées avec huit autres membres du groupe.
Maria Revéreault ne reçut pas de « dernière lettre ». Selon Simone Thibault, qui fut la dernière à croiser Antonin Revéreault dans les couloirs de la prison et qui témoigna à son retour de déportation, il lui aurait confié : « Je vais mourir ; ils vont me tuer. Et mes gosses et ma femme que je laisse ; c’est bon quand on n’a plus personne et à soixante-dix ans. »
Il fut inhumé à Croutelles (Vienne).
Sa femme fut embauchée au dépôt de Thouars des chemins de fer en janvier 1943. Un an plus tard, le 3 décembre 1943, les cheminots observèrent une minute de silence sur le lieu de travail à la mémoire d’Antonin Revéreault, ce qui provoqua une enquête. Maria Revéreault fut interpellée et incarcérée, mais fut relâchée huit jours plus tard.
Le 18 novembre 1944, la dépouille d’Antonin Revéreault fut rapatriée au cimetière des Trois-Moutiers (Vienne), lors d’une cérémonie officielle, en présence d’une assistance nombreuse.
Il reçut la Légion d’honneur à titre posthume.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136093, notice REVÉREAULT Antonin, Émile par Maurice Rouzier, version mise en ligne le 2 janvier 2011, dernière modification le 16 octobre 2018.

Par Maurice Rouzier

Antonin Revéreault
Antonin Revéreault
Affichette manuscrite réalisée par André Rousseau et affichée à la gare de Thouars, en l’honneur des fusillés du 4 décembre 1943.
Affichette manuscrite réalisée par André Rousseau et affichée à la gare de Thouars, en l’honneur des fusillés du 4 décembre 1943.
Maurice Rouzier, op. cit.
Carte hommage éditée à la Libération par la section de Thouars du Parti communiste
Carte hommage éditée à la Libération par la section de Thouars du Parti communiste

SOURCES : Mémoire d’André Forestier, résistant de l’OS 680 (CRRL de Thouars). – Lettre de Marinette Delvaux à Raoul Bétin (archives Raoul Bétin). – Rapport récapitulatif des arrestations établi par le commissaire de police judiciaire après le 7 juin 1942 (Arch. Dép. Vienne, document communiqué par Jean-Yves Pineau et Jacky Berge, Parthenay). – Registre des écrous de la prison de Niort (information transmise par Viviane Favreau-Chaigneau). – Témoignage de Marcel Maillet (Le Semeur, hebdomadaire du Parti communiste à la Libération, extrait non daté, archives de la Fédération des Deux-Sèvres du PCF). – Articles d’A. Olivier (presse locale, octobre 1944, CRRL Thouars). – Journal intime de Maria Revéreault (archives familiales, Hélène Roux ; fille d’Antonin et de Maria Revéreault). – Entretiens avec Hélène Roux, 24 avril, 17 juin et 24 octobre 2010. – Maurice Rouzier, Jeunes résistants en Nord Deux-Sèvres. Au cœur de l’OS 680, 1941-1942, La Crèche, Geste Éd., 2012. – État civil.

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